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Victime d'agression sexuelle, il manifeste devant une église depuis un an

Un homme avec des lunettes rondes, une casquette sur la tête et une longue barbe regarde la caméra. On voit une rue qui s'allonge derrière lui.

William O'Sullivan vit à St. Catharines, mais se rend chaque dimanche à Welland pour manifester devant l'église de la paroisse St. Kevin.

Photo : Radio-Canada / Colin Côté-Paulette

Colin Côté-Paulette

C’est dimanche, jour du Seigneur. Avec son t-shirt sur lequel on peut lire #churchtoo, William O’Sullivan ou Sully, fait les cent pas devant l'église de la paroisse St. Kevin à Welland, en Ontario. 

AVERTISSEMENT : le contenu de cet article pourrait choquer certains internautes.

Victime d’agression sexuelle commise par un prêtre, il manifeste chaque dimanche depuis un an devant l'église, afin de recevoir des excuses publiques du diocèse de St. Catharines. Sans le vouloir, l’homme de 48 ans est devenu un symbole dans la région.

Beau temps, mauvais temps, William O’Sullivan arrive chaque dimanche vers 8 h, installe ses multiples pancartes et quitte le site en début d’après-midi.

Le rituel a commencé il y a un an, lorsque William a voulu profiter d'une visite de l'évêque Bergie à St. Catharines pour lui faire part de sa demande.

Sully ne veut qu’une chose du diocèse et de l’évêque de la région : Des excuses publiques pour toutes les victimes [d’abus sexuels à l’église]. Aucun évêque n'en a jamais formulé ici

S’ils s’excusent ou admettent leur tort, je m’en irai. Ils ont ma parole.

William O'Sullivan, manifestant et victime

M. O’Sullivan a été agressé sexuellement dès l’âge de 9 ans par Donald Grecco, alors prêtre à la paroisse St. Kevin. Ce dernier a été condamné pour agressions sexuelles en 2010.

Il explique qu'il manifeste aussi devant l'église de la paroisse pour sensibiliser le public aux agressions sexuelles contre des enfants.

C’est quelque chose que les gens lisent dans les journaux sans y penser davantage. Moi je leur remets en pleine face, ajoute M. O’Sullivan.

Un homme pose devant une église avec une pancarte sur laquelle on peut lire "Quit hiding child rapist Vatican".

William O'Sullivan avec l'une de ses pancartes devant l'église de la paroisse St. Kevin à Welland en Ontario.

Photo : Radio-Canada / Colin Côté-Paulette

Descente aux enfers

William O'Sullivan revient de loin. Sobre depuis neuf ans maintenant, il a fait plusieurs séjours en prison et a lutté contre la dépendance aux drogues.

Au fil de sa vie, l'homme a reçu plusieurs sentences pour divers crimes comme des vols.

Je crois que la facteur principal a été mon traumatisme, bien que j’assume mes mauvais choix, raconte-t-il.

Ce traumatisme a pris naissance à la paroisse St. Kevin. Pendant trois ans, William O'Sullivan dit avoir vécu l'enfer en étant agressé sexuellement.

On voit une pancarte de William placée sous l'affiche qui indique que les locaux du Diocèse sont près.

William O'Sullivan a aussi manifesté devant le diocèse de St. Catharines.

Photo : William O'Sullivan

Comme plusieurs enfants de sa génération, il ne voulait pas révéler son secret, ne voulant pas décevoir sa mère pieuse.

Sully affirme qu’il sera encore agressé sexuellement plus tard dans sa vie, par d’autres frères à l’école de formation St. John’s à Uxbridge. 

Il a d'ailleurs déposé une poursuite de 3,1 millions de dollars contre le diocèse de St. Catharines, l’Église catholique romaine et la province de l'Ontario . 

Son avocat, Robert Thalac, un habitué des cas d’agression sexuelle dans un contexte religieux, affirme qu’un comportement criminel n’est pas rare chez les victimes.

Les victimes d’agression sexuelle ont tendance à avoir des problèmes avec la loi, surtout quand ça arrive lorsqu’elles sont jeunes, parce qu’elles se font souvent agresser par une figure d’autorité, explique celui qui a représenté plus de 400 victimes en Ontario depuis le début des années 2000.

Un homme de dos lève un poing fermé. On voit un camion de type pick-up passer devant lui.

William O'Sullivan brandit un poing alors qu'un camion passe devant l'église de la paroisse St. Kevin.

Photo : Radio-Canada / Colin Côté-Paulette

Le jour où tout a changé

En 2010, alors qu’il est en prison, William O’Sullivan reçoit le journal du jour dans sa cellule. En première page, on parle de la condamnation de son premier agresseur, Donald Grecco. 

En voyant qu’une des victimes du prêtre a décidé de s’adresser aux médias, il décide d'avouer à son entourage qu'il a aussi été violé par le prêtre et porte plainte à son tour.

Il demande également à la cour de lever l’ordonnance de non-publication sur son identité afin de pouvoir aider d'autres victimes.

Si d’autres gens mettent un nom sur mon visage, ils pourront aller de l’avant avec [la dénonciation de] leur agression.

William O'Sullivan

Après avoir fait de la prison en 2010, le cas de Donald Grecco revient devant les tribunaux. L'ancien prêtre plaidera encore coupable à des accusations d'agressions sexuelles pour faire un deuxième séjour en prison avant d'obtenir une libération conditionnelle après six mois, en 2018.

Ç’a été une pilule difficile à avaler, mais je comprends le système correctionnel et que [Donald Grecco] n’est plus une menace pour la société, soutient M. O’Sullivan. 

Un homme prend un selfie avec un jeune homme devant un bâtiment. On voit que c'est l'hiver derrière eux.

William O'Sullivan avec un de ses supporteurs, alors qu'il manifestait, l'hiver dernier.

Photo : William O'Sullivan

Un confident pour plusieurs victimes

Durant les quelques heures que dure notre rencontre, des dizaines d’automobilistes klaxonnent ou brandissent le poing en guise de soutien lorsqu’ils passent devant M. O’Sullivan. 

Des résidents lui apportent aussi du café et de la nourriture, même si l’homme semble être prêt pour un siège avec sa boîte à lunch bien remplie. Et c’est sans parler de tous les messages qu’il reçoit via les réseaux sociaux. 

Beaucoup de gens s’arrêtent pour me partager leur histoire. On pleure ensemble parfois, c’est vraiment une leçon d’humilité. 

William O'Sullivan

Il raconte qu’un adolescent de 14 ans l’a même accosté une fois pour lui faire part des abus qu’il vivait à la maison. D'autres présumées victimes du père Grecco, qui n’ont jamais porté plainte, lui ont aussi fait des confidences. 

Je serai là pour eux lorsqu’ils seront prêts. [...] Des victimes de toutes les sphères de la société viennent me voir, affirme-t-il. 

Lors de notre rencontre, à un certain moment, une femme s’approche timidement de Sully. La dame lui explique qu’elle l’observe depuis plusieurs semaines et qu’elle a pris son courage à deux mains pour venir le rencontrer. 

Elle se prépare à distribuer une pétition pour demander à Ottawa de lancer une commission d’enquête nationale sur la façon dont les autorités gèrent les crimes sexuels. 

La femme voulait absolument que Sully soit le premier à y apposer sa signature. Il la signe sur-le-champ, visiblement très ému.

C’est un honneur, me dira-t-il. 

Un homme avec un genou au sol est entouré de trois femmes avec ses pancartes pour une photo de groupe.

William O'Sullivan et des supporteurs.

Photo : Marina O'Sullivan

Même parmi les paroissiens de l’église St. Kevin, certains s’arrêtent pour parler avec lui. 

Au début, je me demandais c’était qui ce gars avec toutes ses pancartes, puis on s’est parlé et je pense qu’il fait une bonne chose, soutient Justin Larson, un homme qui se rend à l’église St. Kevin chaque dimanche avec sa famille. 

Le paroissien raconte que les klaxons d'encouragement le dérangeaient durant la messe lorsque Sully a commencé à manifester, mais qu’il s’y est habitué. Il fait une bonne chose. On ne veut pas de ça dans notre église, indique M. Larson.

Bien qu’il ait ses supporteurs, William O’Sullivan a aussi ses détracteurs. Il raconte s’être déjà fait lancer des crevettes et affirme qu’un homme l’a déjà suivi pendant des heures pour l’insulter.

Certaines personnes font un signe de croix et me font ensuite un doigt d’honneur. Au moins, ils reconnaissent ma présence ici, dit M. O’Sullivan en souriant.

Ces obstacles ne sont toutefois pas suffisants pour arrêter William O’Sullivan, qui dit se sentir mieux que jamais depuis qu’il manifeste devant l'église de la paroisse.  

Des excuses un jour? 

Sully dit qu’il changera peut-être sa formule, pour commencer à manifester devant le diocèse de St. Catharines chaque lundi matin. 

L’homme croit qu’il pourrait ainsi obtenir une réponse à ses multiples demandes auprès du diocèse.

Le diocèse de St. Catharines a refusé nos demandes d’entrevue, parce que la poursuite de William O’Sullivan est toujours devant les tribunaux.

Sully a un message pour toutes les victimes d’agression sexuelle comme lui: Il y a toujours de l’espoir, même dans vos moments les plus sombres. Il y aura toujours à un endroit quelqu’un comme moi qui sera prêt à vous écouter.

Selon Statistique Canada, près de 28 700 plaintes pour agression sexuelle ont été rapportées à la police en 2018 à travers le pays, ce qui représente un bond de 15 % par rapport à l’année précédente.

Si vous êtes victimes d'agression sexuelle, les organismes suivants peuvent vous venir en aide :

  • Femaide
    Ligne d’aide et de soutien pour femmes violentées
    1 877 336-2433 (sans frais) 1 866 860-7082 (ATS)
    Ligne en service du Lundi au Vendredi, 24h sur 24.
  • Le ministère du Procureur général de l'Ontario
    Les survivants ont accès à une ligne téléphonique sans frais, 24 heures sur 24, pour des services d'aide immédiate et d'orientation, au 1 866 887-0015.
  • CALACS francophone d'Ottawa
    613 789-8096
    calacs@calacs.ca
  • Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (Québec)
    région de Montréal : 514 529-5252
    extérieur de Montréal (sans frais) : 1 877 717-5252
    info@rqcalacs.qc.ca

Crime sexuel

Justice et faits divers