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Hong Kong recule et retire son projet de loi contesté

Le reportage de Valérie-Micaela Bain

Photo : Reuters / Kai Pfaffenbach

Radio-Canada

L'exécutif de Hong Kong recule et va retirer le projet de loi sur les extraditions vers la Chine, qui est à l'origine de la contestation dans l'ancienne colonie britannique.

La cheffe du gouvernement, Carrie Lam, en a d'abord fait l’annonce mercredi lors d’une réunion interne avec des députés favorables à l’autorité chinoise et des délégués du Congrès national chinois.

Elle a annoncé publiquement sa décision peu de temps après dans une vidéo dans laquelle elle déclare que le texte du projet de loi sur les extraditions vers la Chine va être définitivement abandonné en octobre prochain, lors de la prochaine réunion du Conseil législatif (LegCo), qui fait office de parlement à Hong Kong.

Il s'agit d'une concession majeure du pouvoir prochinois aux puissants mouvements de manifestants qui réclament depuis des mois la fin de ce projet de loi et davantage de démocratie.

Le gouvernement retirera officiellement le projet de loi afin d'apaiser complètement les inquiétudes de la population.

Carrie Lam, cheffe de l'exécutif de Hong Kong
Un manifestant rejette une bombe lacrymogène pendant un affrontement avec la police antiémeute lors d'une manifestation à Hong Kong, le 24 août 2019.

Un manifestant rejette une bombe lacrymogène pendant un affrontement avec la police antiémeute lors d'une manifestation à Hong Kong, le 24 août 2019.

Photo : Reuters / Tyrone Siu

J'espère que cette annonce va aider la société à avancer, a déclaré la dirigeante imposée au Hongkongais par la Chine en 2017.

Nous nous devons de trouver des moyens de répondre au mécontentement, a ajouté Carrie Lam en dénonçant les violences qui ont ébranlé les fondations de la société ces derniers mois. Ce qui, selon Mme Lam, a placé Hong Kong dans une situation de vulnérabilité et de danger.

Remplaçons les conflits par les conversations et recherchons des solutions, a demandé la cheffe de l'exécutif aux manifestants sur un ton conciliant qui tranchait avec la fermeté démontrée ces derniers mois par le régime.

La dirigeante a toutefois indiqué que le gouvernement ne céderait sur aucune autre demande des manifestants, incluant celle sur la tenue d'une enquête indépendante sur les allégations de comportements violents des policiers envers les manifestants. À la place, deux nouveaux membres ont été nommés au sein de l'agence qui supervise l'enquête sur ces allégations.

La bourse de Hong Kong a réagi positivement au changement de position du gouvernement : l'indice a augmenté de 4 % à la suite de l'annonce.

Un pas de plus

Ce texte de loi controversé qui a plongé Hong Kong dans une vague de contestation populaire sans précédent depuis la rétrocession de l’île à la Chine par le Royaume-Uni, en juillet 1997, avait été suspendu par la cheffe de l’exécutif prochinois en juin dernier pour tenter d’apaiser la colère des manifestants, mais en vain. Les manifestants réclamaient son abolition pure et simple.

Les manifestations ponctuées de violence et d’affrontements avec les forces de l’ordre se sont poursuivies tout l’été, transformant l'opposition au projet de loi en lutte contre l'influence grandissante de Pékin sur l'île qui jouit d'un statut administratif spécial depuis sa rétrocession.

Il n'est par ailleurs pas certain que l'abandon du projet de loi annoncé mercredi par Carrie Lam suffise à calmer les tensions dans les rues de Hong Kong. Chauffé à bloc par des semaines de manifestations, le mouvement de contestation réclame maintenant la démission de la cheffe de l'exécutif et l'organisation d'élections libres et démocratiques dans l'île.

Trop peu, trop tard, disent les contestataires

Une foule de jeunes manifestants portant des masques chirurgicaux manifestent dans les rues de Hong Kong. Derrière la foule, les édifices illuminent le ciel.

Des manifestants ont encore envahi les rues de Hong Kong afin de demander à la cheffe de l'exécutif de démissionner.

Photo : Getty Images / Anthony Kwan

Joshua Wong, une des figures de proue du mouvement des parapluies de 2014, précurseur de la contestation actuelle, a déclaré sur sa page Facebook : Trop peu, trop tard, après l'annonce de la fin du projet de loi sur les extraditions.

Même son de cloche chez plusieurs élus hongkongais. L'élu Michael Tien, qui était présent à la rencontre entre le gouvernement de Hong Kong et des membres du Congrès national chinois, affirme que l'annonce ne changera pas l'opinion publique si elle n'est pas accompagnée d'autres concessions.

La plupart des gens ne se souviennent pas des détails du projet de loi d'extradition. La population est plus préoccupée par l'escalade de la violence et les allégations de brutalité de la part des policiers envers les manifestants.

L'élu hongkongais Michael Tien

De son côté, l'élue prodémocracie Claudia Mo a moqué les efforts de la dirigeante Carrie Lam de construire un dialogue avec la population. C'est absurde : Carrie Lam a somnolé durant ces trois derniers mois, a-t-elle déploré. Les blessures n'ont pas encore été cicatrisées et elle pense qu'elle peut simplement utiliser un jet d'eau pour éteindre un feu de forêt. C'est inacceptable.

Le texte de loi qui a mis le feu aux poudres visait à l'origine à faciliter l’extradition de suspects hongkongais vers d’autres territoires pour y être jugés. Or, la perspective que des citoyens de Hong Kong puissent être extradés vers la Chine continentale a inquiété une large partie de la population de Hong Kong.

La raison en est que ce projet de loi érode le droit de Hong Kong de disposer de son propre système judiciaire, mais aussi que la transparence et l’équité du système judiciaire chinois sont fortement contestées. On craint par exemple que cette loi ne serve à extrader des opposants à la doctrine du pouvoir chinois pour les juger et les emprisonner en Chine.

La Chine, de son côté, soutient toujours la cheffe de l'exécutif de Hong Kong et a démenti récemment des informations voulant que Pékin ait refusé sa démission.

Selon un enregistrement rendu public par Reuters, Carrie Lam a déclaré la semaine dernière à des chefs d'entreprise qu'elle était impardonnable d'avoir provoqué un tel chaos à Hong Kong.

Avec les informations de Reuters

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