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Faute de main-d'œuvre, l'industrie aérospatiale du Québec ne suffit plus à la demande

Le reportage de Jérôme Labbé

Photo : Radio-Canada

Jérôme Labbé

Malgré les vagues de compression chez Bombardier, l'industrie aérospatiale de la région de Montréal se porte très bien. Cependant, le manque de personnel empêche plusieurs entreprises de prendre de l'expansion.

On est obligés de faire un petit plus d'heures dans nos semaines, raconte Christophe Bélanger, mécanicien et chef d'équipe chez Nolinor.

Les employés de cette entreprise familiale de Mirabel ne chôment pas ces temps-ci. Surtout depuis que le gouvernement canadien a cloué au sol les Boeing 737 MAX, en mars dernier. Pris au dépourvu, le voyagiste Sunwing s'est tourné vers Nolinor, qui lui a prêté deux avions de capacité similaire : des Boeing 737-200.

On avait les aéronefs disponibles, explique Marjorie Lafrance, directrice des ressources humaines de Nolinor. Mais ce qui nous manque en ce moment, pour continuer notre expansion, c'est la main-d'oeuvre, qui est difficile à aller chercher.

Pour poursuivre sa croissance, l'entreprise est à la recherche de mécaniciens, de techniciens en structure, en finition d'intérieur, en avionique, mais également de pilotes.

En fait, la pénurie est telle que Nolinor offre à ses employés qui souhaitent devenir commandants ou copilotes de payer la formation nécessaire pour obtenir leur licence commerciale – un investissement qui oscille entre 60 000 $ et 100 000 $.

En échange, les candidats retenus doivent s'engager à rester cinq ans dans l'entreprise.

Nolinor prépare également une journée portes ouvertes samedi prochain. L'entreprise offrira notamment aux candidats intéressés de monter à bord d'un de ses avions à l'aéroport de Saint-Hubert pour se rendre à ses installations de Mirabel.

Un problème généralisé

Si l'industrie aérospatiale doit rivaliser d'imagination pour recruter et garder ses employés, c'est que les centres de formation ne fournissent plus. L'École des métiers de l'aérospatiale de Montréal (EMAM), par exemple, accueille ces jours-ci 350 élèves, alors qu'elle pourrait facilement en former trois fois plus.

Est-ce qu'on répond à la demande? Pas du tout, admet son directeur, Éric Dionne. On aimerait ça avoir davantage de jeunes, c'est sûr..., poursuit-il.

Car les besoins en main-d'œuvre demeurent criants, et ce, même si Bombardier, le joueur le plus important de l'industrie, s'est débarrassé de plusieurs programmes ces dernières années.

Dès qu'il y a une mauvaise nouvelle qui sort dans les médias, nous, on voit un impact, déplore Nathalie Paré, directrice générale du Comité sectoriel de main d'oeuvre en aérospatiale du Québec (CAMAQ).

On voit un 10 % quasiment d'abandon dès le lendemain ou le surlendemain de la nouvelle, parce que les gens pensent qu'il n'y a pas d'emploi.

Nathalie Paré, directrice générale du CAMAQ

Pourtant, l'industrie aérospatiale se porte plutôt bien. Rien qu'au Québec, plus de 65 000 postes devront être pourvus d'ici 10 ans, estime le CAMAQ.

C'est une industrie qui va continuer à se développer, insiste Mme Paré, qui voit l'arrivée d'Airbus comme une preuve que les entreprises québécoises spécialisées en aérospatiale conservent un important pouvoir d'attractivité à l'international.

Le seul enjeu, qui est pour moi critique, c'est d'attirer la main-d'oeuvre dans le secteur pour continuer à avoir l'avantage de la qualité du Québec, ajoute-t-elle.

Dans le cas contraire, l'industrie aérospatiale québécoise pourrait voir lui échapper d'importants contrats aux mains d'entreprises étrangères, craint Mme Paré.

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