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Le Québec rend hommage à Pierre Nadeau, un journaliste de la trempe des géants

Pierre Nadeau s'entretient avec un homme non identifié qu'on voit presque hors cadre.

Retour sur la carrière de Pierre Nadeau et les réactions avec Alexandra Szacka et entrevue avec Denise Bombardier et Bernard Derome

Photo : Radio-Canada / Jean-Pierre Karsenty

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Communicateur charismatique à la voix unique, vulgarisateur hors pair, homme intense, maître des entrevues serrées : le milieu journalistique et la classe politique se souviennent de ce journaliste d'exception qu'était Pierre Nadeau.

En après-midi, c'est le cœur brisé, que sa fille Pascale Nadeau, chef d'antenne à Radio-Canada, a rendu hommage sur Twitter à son courageux, résilient et combatif père.

Sur les ondes de Radio-Canada, où le reporter puis animateur, décédé mardi matin, a passé l'essentiel de sa carrière, les hommages rendus par d'anciens collègues, vantant tout autant son talent de vulgarisateur que ses entrevues coup de poing, ont fusé.

Le journaliste et ex-chef d'antenne du Téléjournal Bernard Derome n'a pas lésiné sur les mots pour parler de son ancien collègue, dont le départ l'a atterré.

C'est un très grand journaliste, affirme-t-il. Pierre était un gars bouillant, c’était un gars impulsif, mais en même temps charmant. C’était un gars de terrain, c’était un fonceur.

Nadeau [et] René Lévesque sont probablement les deux plus grands communicateurs que le Québec ait connus.

Une citation de :Bernard Derome

C'est la référence, c'est un mentor, c'est le plus que parfait, a-t-il dit.

Le reporter Pierre Nadeau s’est éteint

Je rêvais de faire ce qu’il faisait, raconte l'ex-chef d'antenne Simon Durivage, qui, adolescent, admirait le journaliste vedette.

Lui aussi a rendu hommage à son mentor, un homme d'une grande rigueur avec qui il a coanimé l'émission Le Point pendant quatre ans – les plus belles années de ma vie – et avec qui il a partagé des fous rires quotidiens.

Il avait aussi en plus cet énorme charisme, Pierre Nadeau, cette allure princière, dit-il de celui que ses collègues surnommaient d'ailleurs le prince.

M. Durivage a aussi vanté sa façon de capter l'attention de son auditoire dès le début d'un reportage.

Le journaliste Pierre Nadeau, derrière le micro, à la tribune du bulletin de nouvelles « Le Point ».

Pierre Nadeau, à l'animation du Point, en octobre 1969

Photo : Radio-Canada / Jean-Pierre Karsenty

Dans un courriel transmis à Radio-Canada, Madeleine Poulin, qui a elle aussi coanimé Le Point avec M. Nadeau, a exprimé sa grande tristesse devant la disparition de cet homme exceptionnellement doué.

Avant lui, l’information à la télévision se faisait dans un cadre strict, avec une certaine raideur. Pierre, authentiquement passionné par l’actualité, y a apporté sa grande aisance, son style décontracté, tout en étant absolument rigoureux, tant dans son langage que dans la connaissance et la présentation des faits, indique-t-elle.

Cela, avec sa belle prestance et sa voix admirable, pouvait le rendre intimidant pour la journaliste novice que j’étais au début des années 70. Mais au contraire, je me rappelle qu’il faisait tout pour m’aider à surmonter le trac, et sans aucune trace de la condescendance que d’autres collègues manifestaient à l’endroit des rares femmes de l’information, ajoute-t-elle.

L'homme vêtu de bleu regarde l'animatrice.

Denise Bombardier revient sur les années de Pierre Nadeau à Radio-Canada

Photo : Radio-Canada / Christian Côté

C'était aussi un grand séducteur, estime la chroniqueuse et auteure Denise Bombardier.

Je vous assure qu’il en imposait, même aux chefs d’État qu’il interviewait, ajoute-t-elle.Il rentrait dans une pièce, tout le monde le voyait, mais il savait quand même, de toutes les façons, s’effacer devant le contenu.

C'était un sanguin, mais, en même temps, c'était un homme qui incarnait l'élégance journalistique. Et en ce sens-là, il a très, très bien incarné cette grande période de l'information à Radio-Canada, soutient-elle.

Une source d'inspiration

De nombreux journalistes ont avoué avoir voulu faire ce métier en voyant Pierre Nadeau à l'oeuvre.

C'est une des plus belles voix qu'on a eues à Radio-Canada, rappelle le journaliste à la retraite Frédéric Nicoloff. Il improvisait avec une grâce et une facilité magnifique, ajoute-t-il.

C'était un type absolument impressionnant, qui avait une capacité d'analyse [...], de vulgarisation dans ses textes, tout en gardant un français absolument extraordinaire, qui a servi d'exemple, je pense, à une grande génération de jeunes journalistes par la suite, a confié M. Nicoloff. C’est un peu grâce à lui que je suis devenu journaliste.

Ma première pensée, ce n'est pas une pensée, c'est une émotion, a de son côté réagi l'animateur et journaliste Stéphan Bureau, qui a résumé l'impact qu'il a eu sur des générations de journalistes.

Quand j’étais jeune, je ne voulais pas être journaliste, je voulais être Pierre Nadeau.

Une citation de :Stéphan Bureau

Lui aussi en parle comme d'un mentor, dont il se remémore les encouragements et le soutien, et souligne qu'au-delà du journaliste rigoureux se trouvait un homme drôle et boute-en-train.

Guy Gendron en entrevue sur le plateau de RDI.

Guy Gendron voyait en Pierre Nadeau un modèle

Photo : Radio-Canada

Ma mère me raconte – je ne m’en souviens pas – qu’à 9 ou 10 ans j’ai vu Pierre Nadeau à la télé et j’ai dit : "C’est ça que je veux faire quand je serai grand", a indiqué l'ombudsman de Radio-Canada, Guy Gendron, pour qui ce grand journaliste était un symbole de rigueur journalistique.

Ses entrevues avec [l'ancien premier ministre du Québec] Robert Bourassa, par exemple, étaient épiques. Et, en même temps, [il a remporté le titre de] plus bel homme du Canada », un concours de beauté masculine organisé par Lise Payette. « Il était capable de concilier ces deux côtés-là, illustre-t-il.

Dans un studio de télévision, l'animateur Pierre Nadeau est assis. À l'arrière-plan, un écran affiche le titre de l'émission.

Pierre Nadeau à l'animation de Télémag, en septembre 1978

Photo : Radio-Canada / Jean-Pierre Karsenty

À l'adolescence, c’était mon idole, se rappelle l'ex-chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée. La première fois que j’ai mangé avec lui, j’étais dans la vingtaine, j’avais déjà derrière moi quelques années de journalisme. J’étais tellement impressionné que je balbutiais, dit l'ancien journaliste, pourtant connu pour sa verve.

Il était l’incarnation de l’intégrité, de l’information, de la crédibilité. Si c’était Pierre Nadeau qui le disait, c’était crédible.

Une citation de :Jean-François Lisée, ex-chef du PQ

Martine Lanctôt, qui a été journaliste, réalisatrice et rédactrice en chef, loue un homme inspirant, attachant, qui avait du plaisir à faire ce métier , avait le sens de la répartie et aimait ses collaborateurs.

C’était un journaliste de la joute politique, dit au sujet de son mentor celle qui a été sa recherchiste. Elle se souvient notamment d'une entrevue avec le premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau. Il avait une telle aisance, une telle rigueur intellectuelle, il savait où il s’en allait, souligne-t-elle.

Un journaliste d'exception

Pierre était un homme de liberté et de vérité, qui n’avait pas la langue dans sa poche, affirme Gilles Gougeon, journaliste retraité de Radio-Canada.

Je ne suis pas d’accord pour dire que c’était un monument, je dirais plutôt que c’était un aigle. Pierre a survolé le métier et c’est un gars qui n’hésitait pas à fondre sur une proie dont il se doutait que cette proie cachait la vérité, fait-il valoir.

On était toujours fasciné soit de le croiser, soit de le voir à la télé, a confié sur les ondes de Radio-Canada la députée libérale Christine St-Pierre, une ancienne journaliste qui a côtoyé M. Nadeau.

Il n'y a personne encore, je pense, qui ait pu arriver à ce degré de perfection dans le métier de journalisme.

Une citation de :Christine St-Pierre, députée libérale et ex-journaliste

L'animateur et ex-journaliste Bernard Drainville a souligné sur Twitter l’excellence, la rigueur et la grâce qu'il incarnait. Sa carrière aura été une longue et inspirante démonstration qu’on pouvait pratiquer le meilleur journalisme au monde, en français, en terre d’Amérique, a-t-il écrit.

Le journaliste à la retraite Raymond Saint-Pierre dit avoir été marqué par ses reportages superbes pour lesquels il arrivait à parler aux gens dans des contextes des fois complètement difficiles, que ce soit au Proche-Orient, en Afrique et partout.

Il ne pouvait pas y avoir meilleur exemple, meilleur idéal à atteindre que de voir travailler Pierre Nadeau, de voir ce qu'il arrivait à faire en télévision. C'était quelqu'un d'absolument exceptionnel, fait-il valoir.

C’était un homme qui savait expliquer des situations extrêmement complexes et faire connaître le monde, poursuit-il.

Jean-Luc Mongrain en entrevue sur le plateau de RDI.

« Un modèle » : Jean-Luc Mongrain se remémore Pierre Nadeau

Photo : Radio-Canada

Jean-Luc Mongrain, qui a recruté Pierre Nadeau comme chroniqueur aux affaires nationales et internationales au réseau TQS, au début des années 2000, abonde dans le même sens, soulignant sa capacité à vulgariser l'actualité.

Souvent, quand c’est ailleurs, on sent que ça ne nous concerne pas, mais lui, il amenait ça comme si c’était dans notre cour et que le Québec faisait partie de ce monde, dit-il.

Pierre Nadeau au magazine Le 60 en 1973.

Pierre Nadeau au magazine Le 60 en 1973

Photo : Radio-Canada / André Le Coz

Un départ souligné par la classe politique

Les politiciens québécois ont convergé vers Twitter pour saluer unanimement son apport à l'information et offrir leurs condoléances.

Le premier ministre François Legault s'est dit triste d’apprendre le décès d’un grand du journalisme québécois. Pierre Nadeau était un homme cultivé, un intervieweur hors pair, a-t-il écrit.

Le chef intérimaire du Parti libéral du Québec, Pierre Arcand, a vanté un communicateur hors pair qui a su allier rigueur et prestance, dont les émissions ont toujours été d’une grande qualité.

Pour sa part, le chef intérimaire du PQ, Pascal Bérubé, a dit conserver de beaux souvenirs de cet homme de rigueur et d’une grande éloquence, qu'il classe parmi les plus grands.

Une voix familière de notre vie collective, il était l’incarnation même de la nécessité du journalisme professionnel pour notre démocratie.

Une citation de :Pascal Bérubé, chef du PQ par intérim

Pierre Nadeau a longtemps fait partie de mon quotidien alors qu'il était au cœur du journalisme au Québec, a commenté la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, saluant son dévouement.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, s'est dit attristé par le décès de Pierre Nadeau, un grand journaliste qui posait toujours les vraies questions. À travers ses reportages, il nous a aidés à mieux connaître et comprendre notre monde. Sa passion et son intégrité continueront de nous inspirer, a-t-il écrit sur Twitter.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, s'est déclarée peinée d’apprendre le décès d’un grand reporter montréalais et d’un pionnier de la télé francophone. Le regard unique de Pierre Nadeau a marqué notre histoire et va nous manquer, a-t-elle ajouté.

Son prédécesseur, Denis Coderre, a parlé d'un homme d’exception à la voix superbe.

Il a su être [un] modèle de ce type de journalisme d’ouverture sur le monde que l’on admire tant. Tous les drapeaux devraient être en berne pour ce géant.

Une citation de :Denis Coderre, ex-ministre fédéral et ex-maire de Montréal

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