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  • Un correspondant de Radio-Canada témoigne depuis 30 ans de la déforestation en Amazonie

    À vol d'oiseau, on voit les dégâts provoqués par les incendies sur la forêt amazonienne.

    L'Amazonie est la proie de très nombreux incendies chaque année depuis déjà plusieurs décennies.

    Photo : Radio-Canada

    Radio-Canada

    Cet été, le monde s’indigne des très importants incendies qui ravagent l’Amazonie. Le phénomène n’est pas inédit, comme nous le rappellent des reportages du correspondant de Radio-Canada, Jean-Michel Leprince.

    Un phénomène déjà constaté il y a 30 ans...

    Des milliers d’hectares de forêt tropicale ont déjà été brûlés en Rondonia. Pour faire l’élevage du bétail d’abord. Pour produire un steak d’un quart de livre, il faut défricher six mètres carrés de forêt.

    Jean-Michel Leprince, 1989

    Pendant la durée de ce reportage (8 minutes 41 secondes), l’équivalent de 62 terrains de football de forêt a été détruit. À ce rythme, d’ici 2030, il ne restera plus que la moitié de la forêt amazonienne.

    Jean-Michel Leprince, 2008

    En l'espace de 20 ans, le correspondant de Radio-Canada Jean-Michel Leprince a constaté la progression de la destruction de la forêt amazonienne. 

    Pour décrire la forêt de l’Amazonie, il faut utiliser des superlatifs.

    Elle couvre 6,7 millions de kilomètres carrés. Elle représente 50 % des forêts tropicales du monde entier.

    Elle produit 15 % de toute l’eau des rivières et l'on y retrouve 10 % de tous les animaux et des plantes qui existent sur Terre.

    Cette immense forêt constitue un des grands puits de CO2 du monde. La végétation séquestre ce dernier.

    En revanche quand elles brûlent, les plantes libèrent le CO2 dans l'atmosphère, aggravant ainsi le réchauffement climatique.

    Et l’Amazone flambe depuis des décennies...

    Il y a 30 ans, le journaliste Jean-Michel Leprince s’est déplacé au Brésil pour y produire une série de reportages : Le Brésil au-delà de la samba.

    Téléjournal, 2 novembre 1989

    Un de ces reportages, présenté au Téléjournal le 2 novembre 1989, analyse les raisons qui expliquent les incendies dans la forêt amazonienne.

    Jean-Michel Leprince s’est rendu à Porto Veilho, capitale de l’État brésilien de Rondonia près de la frontière avec la Bolivie.

    Neuf pays se partagent la forêt de l'Amazonie, mais plus de 60 % de cette dernière se trouve sur le territoire du Brésil.

    Dans l’État de Rondonia, c’est la ruée sur les terres pour produire principalement du bétail.

    Les fermiers coupent et brûlent la forêt, une pratique qui est autorisée par le gouvernement brésilien sur 50 % des parcelles.

    Puis, il y a toute l’activité illégale qui contribue grandement à la destruction de la forêt.

    Jean-Michel Leprince rapporte cependant qu’en 1989, les incendies avaient diminué.

    Les inspections avaient augmenté et les amendes imposées aux contrevenants étaient très salées.

    Le pire, suggère le journaliste, c’est qu’avec la déforestation on est entré dans un cercle vicieux.

    Sous la forêt amazonienne, le sol est très pauvre. Les fermiers peuvent y faire une ou deux récoltes.

    Après, il n’y a plus grand-chose qui pousse. Alors les fermiers cultivent ailleurs.

    On pourrait presque ajouter à l'analyse du journaliste « en brûlant au passage de nouvelles parcelles de forêt ».

    … et qui n’est pas qu’un feu de paille

    Presque 20 ans plus tard, en 2008, Jean-Michel Leprince retourne en Amazonie.

    Il se rend cette fois-ci dans l’État du Mato Grosso limitrophe de celui de Rondonia.

    Téléjournal, 12 décembre 2008

    Le reportage qu’il produit est diffusé au Téléjournal le 12 décembre 2008.

    Dans ce reportage, Jean-Michel Leprince nous présente Victoria Da Riva Carvalho qui possède un centre écotouristique en pleine jungle.

    « Ils occupent les terres publiques, volent le bois et le vendent. Puis ils rasent la forêt et mettent les vaches sur ces terrains. » « Ces illégaux sont le plus grand problème de l’Amazonie », affirme-t-elle.

    À l’époque, le gouvernement brésilien tente bien de contrer toutes les activités illégales. Les moyens sont cependant limités.

    L’Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables (IBAMA), le bras administratif du ministère de l’environnement national, a peu d’inspecteurs sur le terrain.

    De plus, ces inspecteurs ne travaillent pas la fin de semaine.

    Les contrebandiers transportent donc les bois précieux coupés illégalement les samedis et les dimanches sans être inquiétés!

    La crise de la déforestation amazonienne pourrait-elle être résolue?

    Deux intervenants dans le reportage de Jean-Michel Leprince nous proposent des pistes de solution.

    Le premier est Gustavo Müller. Il est inspecteur pour l’IBAMA.

    Gustavo Müller souligne que c’est la pression exercée par la demande intérieure et internationale pour les bois précieux qui encourage la contrebande.

    L’imposition d’une certification des ressources serait une amorce de solution selon lui.

    La deuxième piste est suggérée par Milton Braga. C’est un gros exploitant agricole de l’État du Mato Grosso.

    Selon lui, il n’y a pas assez d’aide de la part du gouvernement brésilien pour les petits et moyens producteurs pour augmenter leur productivité.

    Il faut rappeler aussi qu’à l’époque, seulement 36 % des terres arables du Brésil étaient exploitées.

    En 2008, malgré toutes ces agressions, la forêt amazonienne possédait un allié : le gouvernement fédéral brésilien.

    Le Brésil était même à l’époque le seul pays en voie de développement qui avait pris des engagements chiffrés en matière de protection de l’environnement.

    Quel contraste avec l’administration du président Jair Bolsonaro qui a pris le pouvoir le 1er janvier 2019.

    Le budget d'IBAMA a été amputé de 25 %, selon des documents internes du gouvernement brésilien.

    Celui pour la prévention des incendies a été réduit de 23 %.

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