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analyse

Les plus démunis, premières victimes des catastrophes

Des bateaux sont submergés dans la marina de Port Saint Joe, en Floride, et les vents agitent le feuillage des arbres.

La marina de Port Saint Joe, en Floride, avait été endommagée par le passage de l'ouragan Michael, en octobre 2018.

Photo : Associated Press / Douglas R. Clifford

Les catastrophes, comme l’ouragan Dorian ces jours-ci, prennent de l’ampleur et font de plus en plus de dommages. Les changements climatiques sont visibles, selon les experts, et les conséquences sociales et économiques ne vont que s’amplifier.

De 1980 à 2018, aux États-Unis, on a compté en moyenne, 6,3 événements météorologiques majeurs dont les pertes dépassaient 1 milliard de dollars américains, des sommes ajustées à l’inflation. De 2014 à 2018, la moyenne est montée à 12,6 événements majeurs par année. Au 9 juillet dernier, nous étions déjà à six événements majeurs en 2019 aux États-Unis, bien avant la tempête Dorian. 

L’année 2018 a été la quatrième en importance en matière de tempêtes météorologiques de grande ampleur et en termes de coûts économiques. Des pertes de 91 milliards de dollars américains ont été calculées en raison, en partie, des ouragans Michael et Florence. En 2017, les pertes se sont élevées à 306 milliards de dollars en raison des ouragans Harvey, Irma et Maria. En fait, ce sont 4 des 5 dernières années qui ont été les plus coûteuses du point de vue des dommages matériels aux États-Unis.

Les événements météorologiques sont de plus en plus intenses et destructeurs en raison, selon les experts, des changements climatiques et de la densité de population dans des zones côtières. Selon Gary W. Yohe, professeur d’économie à la Wesleyan University, si le rythme d’événements météo des cinq dernières années est soutenu pour la prochaine décennie, le produit intérieur brut des États-Unis sera 3,6 % plus faible que ce qu’il aurait été autrement.

C’est 1000 milliards de dollars américains en moins dans l’économie. Or, selon les prévisions d’un groupe d’experts, dont fait partie le professeur Yohe, qu’on retrouve dans le 4e rapport d’évaluation du gouvernement américain publié en 2018, les changements climatiques entraîneront une réduction de 6 % à 14 % du PIB en 2090, au rythme où vont les choses. 

Le PIB ne dit pas tout

Maintenant, on peut faire toutes les projections économiques possibles en mesurant les effets sur l’économie, il est important de comprendre que le PIB ne dit pas tout. En fait, il ne dit pas grand-chose sur les inégalités et le bien-être des populations. Les dommages qu’entraînent les catastrophes naturelles sont mal captés par les comptes économiques traditionnels. Le PIB, le produit intérieur brut, calcule la production et laisse en plan une bonne partie de la destruction. 

Cette destruction, attribuable aux ouragans, n’est pas entièrement captée par les données, mais la reconstruction l’est. Ryan Sweet, du site economy.com de Moody’s Analytics, écrivait en août 2017 que l’ouragan Harvey allait causer des dommages de 30 à 40 milliards de dollars américains aux maisons et aux véhicules et que les entreprises allaient enregistrer des pertes de 10 à 15 milliards. Les dommages aux infrastructures étaient évalués à 5 à 10 milliards.

En retour, le nettoyage, la reconstruction de maisons endommagées, le remplacement de celles qui ont été détruites allaient entraîner des investissements. Le PIB capte la reconstruction, mais ne calcule pas toute la destruction, à moins qu’elle ralentisse la production d’une activité économique. 

Les dommages ont finalement été évalués à 125 milliards de dollars américains pour l’ouragan Harvey, mais les pertes de production économique à seulement 8,5 milliards. La croissance américaine s’est établie à 2,8 % au 3e trimestre 2017, alors que la tempête Harvey a frappé de plein fouet le Texas. Le PIB n’a pratiquement pas bronché. 

Même chose pour Katrina en 2005 : 161 milliards de dommages, 31 milliards en réduction de production économique, croissance trimestrielle aux États-Unis de 3,6 % en variation annualisée, un excellent trimestre! Or, plus de 200 000 maisons ont été détruites. L’effet sur la vie de millions de familles a été épouvantable. 

Les plus vulnérables sont les plus touchés

Et il est là le coût socioéconomique réel et très mal calculé par nos données habituelles. Non seulement la hausse des températures de l’eau, particulièrement de l’océan Atlantique, augmente l’intensité des tempêtes et favorise des ouragans de catégories 4 et 5, mais la hausse démographique ajoute aux conséquences grandissantes des catastrophes. 

« Les catastrophes touchent en premier lieu les personnes les plus vulnérables, celles qui sont évidemment moins nanties d’un point de vue socioéconomique, mais aussi celles qui ont des problèmes de santé parce que la mobilité est l’un des facteurs qui va faire en sorte qu’on va pouvoir échapper [ou non] à un événement qui se produit », selon le professeur de géographie Philippe Gachon, de l’UQAM, qui était l’invité de RDI économie lundi soir. 

« On l’a vu avec Katrina, on l’a vu avec Irma, ajoute-t-il, ce sont surtout les personnes les plus pauvres qui sont affectées [...] par tous les stress et les chocs post-traumatiques. Qui dit vulnérabilité sociale dit un stress plus important pour être capable de se rétablir, de se reconstruire et avoir les moyens de continuer à vivre dans les endroits qui ont été affectés. »

Selon le professeur, les aléas de la météo, la vulnérabilité de beaucoup de gens et l’exposition grandissante aux tempêtes augmentent les risques de catastrophes.

« Les populations les plus pauvres, la sécurité alimentaire, les zones notamment côtières, les populations autochtones et l’agriculture et la foresterie font partie des secteurs économiques qui vont être énormément affectés par les changements climatiques », affirme Philippe Gachon. C’est vrai aux États-Unis, mais c’est aussi le cas au Canada, où les autorités publiques sont mal préparées à faire face aux effets dévastateurs des changements climatiques. 

Sources : 

National Centers for Environmental Information (NCEI)

Wall Street Journal 

The Conversation 

Fourth National Climate Assesment - gouvernement des États-Unis 

Moody’s Analytics

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