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Stratégie d'Ottawa contre l'itinérance : aussitôt présentée, aussitôt décriée au Québec

Profil d'une femme emmitouflée dans ses vêtements et assise dans un escalier.

Ottawa et Québec ont conclu une entente pour assurer la mise en oeuvre du programme Vers un chez-soi.

Photo : iStock

Radio-Canada

Des groupes d’aide aux personnes itinérantes craignent que la stratégie d’Ottawa, qui a présenté mardi l'entente conclue avec le gouvernement du Québec pour son programme Vers un chez-soi, n’entrave les mesures déjà en place pour lutter contre l’itinérance.

La conclusion de l’entente Canada-Québec, assortie d'une enveloppe budgétaire de 175 millions de dollars sur 5 ans, suscitait des inquiétudes depuis l'annonce, dans un communiqué de presse, la semaine dernière.

Les groupes d'intervention sur le terrain craignent que la distribution des sommes se fasse selon les orientations fédérales, qui visent surtout à réduire l’itinérance chronique de moitié d’ici 2027-2028.

C’est une orientation louable, mais ce qui nous inquiète, c’est ce qu’elle ne permet pas de financer comme l'itinérance cachée, pourtant présente dans toutes les régions du Québec, déplore Laury Bacro, du Réseau solidarité itinérance Québec (RISQ).

L’intervention doit plutôt se faire, selon elle, dans une approche plus globale, qui cible aussi des clientèles spécifiques, comme les jeunes et les femmes.

Nous, on milite pour une diversité d’actions en itinérance pour éviter la rue et en sortir.

Laury Bacro, RISQ

La conférence de presse convoquée par Ottawa, où étaient présents le RISQ ainsi que le Réseau pour l'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) et le Regroupement pour l'aide aux itinérants et itinérantes de Québec (RAIIQ), n'a pas permis de les rassurer.

Laury Bacro craint même que les orientations promues par le fédéral « entravent » des actions qui sont déjà à l’oeuvre au Québec.

C’est un peu comme une camisole de force, appuie Jimena Michea du RAIIQ. On n’a pas la liberté de mouvement qu’on souhaite.

Le diable est dans le détail dans ces ententes-là, poursuit-elle. Comment ça va s’appliquer? Qu’est-ce qu’on va nous demander de faire?

Jimena Michea explique par exemple que les efforts de son organisation, à Québec, ont ciblé avec succès la prévention de l'itinérance. Les groupes d'intervention comme le sien souhaitent plutôt conserver leur autonomie dans les actions déployées sur le terrain.

Nous, ce qu'on dit, c’est que cet argent-là ne doit pas cibler une approche unique, mais plutôt une diversité d’actions, réitère Laury Bacro.

Le ministre Jean-Yves Duclos en conférence de presse.

Le ministre Duclos a insisté sur le fait qu'Ottawa serait un « partenaire » de la communauté.

Photo : Radio-Canada

En conférence de presse, mardi, le ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, Jean-Yves Duclos, a tenté de se faire rassurant. Il a notamment insisté sur l’approche collaborative d’Ottawa pour son programme Vers un chez-soi.

C'est une approche communautaire, communauté d'abord, a-t-il insisté, rappelant que les orientations du programme fédéral avaient été guidées par plusieurs groupes d'intervention sur le terrain.

Il a souligné que ceux-ci bénéficieront de flexibilité dans leur utilisation du financement, pour tenir compte des besoins prioritaires des populations vulnérables. Un comité conjoint de gestion orientera par ailleurs les stratégies en matière d’itinérance.

Une hausse du financement

Le ministre Jean-Yves Duclos, qui avait convoqué la presse à la Fondation de Lauberivière, dans sa circonscription de Québec, s’est aussi réjoui d’un financement rehaussé pour lutter contre l’itinérance.

Le programme fédéral Vers un chez-soi prévoit un investissement de 2,2 milliards de dollars sur 10 ans dans l'ensemble du Canada.

Entre 2015 et 2021, le financement du fédéral va doubler, a-t-il rappelé.

C’est une bonne nouvelle, parce qu’entre 1998 et 2015, il était resté constant. Constant durant 17 ans, c’est préoccupant, parce que le coût de la vie a augmenté considérablement et les besoins eux aussi ont augmenté considérablement.

Au Québec et au Canada, il est totalement inacceptable que des gens vivent en situation d’itinérance.

Jean-Yves Duclos

La nouvelle entente conclue avec le Québec prévoit des investissements annuels d’environ 35 millions de dollars pour lutter contre l’itinérance. Une somme bien accueillie par les groupes d’intervention sur le terrain, qui la jugent malgré tout encore insuffisante.

Le directeur général du RAPSIM, Pierre Guadreault, estime qu'il s'agit d'une première bonne nouvelle, mais il s'inquiète lui aussi de la redistribution des fonds. On a encore des questions après la conférence de presse sur comment vont être appliquées les orientations du fédéral, a-t-il lui aussi soutenu.

Il faut soutenir une diversité d’actions. Pour agir contre itinérance, il faut agir sur différentes réalités : le monde qu’on voit, le monde qu’on ne voit pas, ceux qui n'ont pas l'assurance d’un toit.

Pierre Guadreault, RAPSIM

Le ministre Duclos a précisé, en mêlée de presse, que les sommes serviront notamment à financer des refuges pour itinérants, des services d'accompagnement ainsi qu'un logement abordable pendant quelque temps.

Le programme Vers un chez-soi a été lancé en avril, près d’un an après avoir été annoncé.

Il succède à la Stratégie nationale des partenariats de lutte contre l'itinérance. Au Québec, cette stratégie s’était déployée depuis 2001 grâce à la conclusion de cinq ententes avec Ottawa visant à distribuer les sommes en fonction des objectifs gouvernementaux de la province et du fédéral.

La cinquième entente est arrivée à échéance cette année, et les groupes d’aide aux personnes itinérantes, dont le RAPSIM, pressaient Ottawa et Québec de conclure une nouvelle entente avant l’élection fédérale, dont le déclenchement est imminent.

Environ 235 000 Canadiens se retrouvent à un moment dans la rue chaque année. De ce nombre, 35 000 personnes sont en situation d'itinérance chronique et vivent depuis plusieurs mois, voire des années, dans la rue.

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