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Brexit : revers cinglant pour Boris Johnson au Parlement britannique

Le reportage de Sylvain Desjardins

Photo : Getty Images / Chris J Ratcliffe

Radio-Canada
Mis à jour le 

Le premier ministre britannique Boris Johnson a essuyé un revers au Parlement, où les députés ont adopté mardi une motion visant à obtenir un report du Brexit, prévu le 31 octobre.

La motion a été approuvée par 328 voix (contre 301 votes opposés à la mesure) provenant de députés de l'opposition, mais aussi de 21 conservateurs hostiles à une sortie de l'Union européenne sans accord, tel que prôné par Boris Johnson qui est foncièrement contre un report.

Ce vote permettra à l'opposition de contrôler l'ordre du jour et de présenter mercredi une proposition de loi pour contraindre le premier ministre à demander un report de la sortie de l'Union européenne, à moins qu'un accord ne soit approuvé.

C'est comme brandir le drapeau blanc, s'est indigné le premier ministre avant le vote.

C’est une proposition de loi qui, si elle était adoptée, me forcerait à aller à Bruxelles pour demander un report. Elle m'obligerait à accepter les conditions proposées. Cela ruinerait toute possibilité de négociation d’un nouvel accord, a-t-il ajouté.


Une réflexion de notre correspondant en Europe, Yanik Dumont Baron

Yanik Dumont Baron de Radio-Canada.

Le correspondant de Radio-Canada à Paris, Yanik Dumont Baron

Photo : Radio-Canada / Jean Bernier

Il y a peut-être du bon dans ce cuisant revers infligé hier au gouvernement britannique.

En réagissant à sa première défaite comme premier ministre, Boris Johnson n’avait pas du tout l’air d’un politicien battu, humilié. Au contraire.

Combatif et frondeur, il semblait plutôt optimiste. Énergique comme celui pour qui les choses vont du bon côté.

La rébellion d’une vingtaine de membres de son propre parti, alliés pour l’occasion à l’opposition, ne fait qu’accentuer le contraste que le nouveau premier ministre s’emploie à peindre.

Boris Johnson, comme défenseur infatigable de la volonté du peuple, celui qui fera tout pour que le Brexit devienne rapidement réalité.

Une très bonne image à projeter aux électeurs. Surtout que son principal adversaire, Jeremy Corbyn, est un chef de l’opposition controversé, hésitant.

Boris Johnson assure qu’il ne veut pas de campagne électorale anticipée. Pourtant, il a déjà le slogan, le programme et l’énergie d’un chef en campagne.

Il ne lui manque plus qu’une date pour le scrutin.

Cette date, les partis d’opposition pourraient bien lui permettre de la fixer dans quelques jours, une fois la menace d’un Brexit dur, sans accord de sortie, écartée.


Le premier ministre britannique Boris Johnson prend la parole à la Chambre des communes à Londres, en Grande-Bretagne, le 3 septembre 2019.

Boris Johnson est déterminé à ce que le Royaume-Uni quitte l'Union européenne le 31 octobre - avec ou sans accord de divorce.

Photo : Reuters / Handout .

Boris Johnson ne s’avoue pas vaincu

Malgré ce revers, le premier ministre a annoncé qu'il allait déposer une motion au Parlement pour convoquer des élections anticipées.

Son ministre des Finances Sajid Javid a allongé l’équivalent de 3,2 milliards de dollars supplémentaires pour financer les préparatifs du Brexit. Ces fonds seront notamment destinés à la police aux frontières et aux ports.

Cela porte ainsi à plus de 13,3 milliards de dollars le montant total consacré à sa sortie de l'Union européenne.

La journée avait déjà mal commencé pour le premier ministre britannique qui a perdu sa majorité au Parlement, mardi, après la défection d'un député conservateur à quelques heures seulement d'un vote déterminant sur l'avenir du Brexit.

Le gouvernement conservateur poursuit de manière agressive un Brexit aux conséquences dommageables. Il met en danger des vies [...] et menace de manière injustifiée l'intégrité du Royaume-Uni, a spécifié Phillip Lee, qui a rejoint le Parti libéral démocrate, europhile.

Le député a rejoint les bancs de l'opposition, alors que Boris Johnson faisait une déclaration devant un Parlement en ébullition.

« J'en suis arrivé à la conclusion qu'il n'est pas possible de servir au mieux mes intérêts en tant que membre conservateur du Parlement », a finalement déclaré Phillip Lee dans un communiqué.

Sortir de l'Union européenne « quoi qu'il en coûte »

Un Brexit sans accord ferait perdre aux Britanniques près de 20 milliards de dollars, soit 14,6 milliards d'euros, d'exportations vers l'Union européenne, et plusieurs autres milliards vers les autres pays, a alerté mardi l'ONU.

Le gouvernement de Boris Johnson se dit pourtant prêt à sortir le Royaume-Uni de l’Union européenne dès la fin octobre « quoi qu'il en coûte ».

Boris Johnson, qui a prévenu à maintes reprises qu’il n'accepterait aucun report du Brexit, a fait savoir lundi soir par la voix d’un responsable gouvernemental que si les partisans du no deal l'emportent au Parlement mardi il présentera à son tour une motion pour le déclenchement d’élections anticipées pour le 14 octobre prochain.

Or, pour que d’éventuelles élections soient déclenchées, cette motion devrait recueillir l’assentiment des deux tiers des 650 députés qui siègent aux Communes.

L'opposition prête à des élections anticipées

De l’autre côté de la Chambre, le chef de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn, a assuré mardi qu’il disposait d’assez d’appuis à la Chambre des communes pour obliger le gouvernement à reporter la date du Brexit.

En cas de refus du gouvernement Johnson, Jeremy Corbyn s’est dit tout à fait prêt à sauter dans l’arène d’une élection anticipée.

Le chef du Parti travailliste a fait cette déclaration à l'issue d'une réunion avec les représentants d'autres partis hostiles à la perspective d'un divorce sans accord avec l’Union européenne. Une réunion qui s’est très bien passée, a souligné M. Corbyn.

Nous voulons des élections générales, à l'instar de tous les autres partis.

Jeremy Corbyn, chef de l'opposition officielle

La priorité est d'empêcher une sortie sans accord de l'UE le 31 octobre et nous verrons ce qui se passera après, a poursuivi Jeremy Corbyn.

Brexit : le débat se poursuit

Des conservateurs mécontents

Boris Johnson s'était déjà attiré les foudres de ses députés en décidant de suspendre pendant cinq semaines les travaux du Parlement, comme il en a le droit, jusqu'au 14 octobre, leur laissant très peu de temps pour aller à l'encontre d'un Brexit dur.

L'ancien ministre conservateur des Finances, Philip Hammond, farouchement opposé à un divorce brutal avec l'UE, a déclaré mardi à la BBC qu'il y aurait suffisamment de soutiens au Parlement pour bloquer une sortie sans accord.

Sa collègue Justine Greening, ancienne ministre de l'Éducation, a pour sa part annoncé qu'elle ne se représenterait pas sous la bannière des conservateurs aux prochaines élections.

La tension était aussi palpable dans les rues de Londres, près de Westminster, mardi matin, où des manifestants anti-Brexit agitaient des drapeaux européens tandis qu'un homme déguisé en Boris Johnson faisait mine d'actionner une bombe.

De leur côté, les pro-Brexit arboraient des pancartes proclamant : On a voté pour partir.

La crise politique qui secoue le pays s’est aussi fait sentir sur les marchés boursiers, où la valeur de la livre sterling a atteint son niveau le plus bas en trois ans, passant sous la barre des 1,20 $ US.

Le 23 juin 2016, les Britanniques se sont prononcés à 52 % en faveur d’une sortie de leur pays de l’Union européenne.

La première ministre de l’époque, Theresa May, avait tenté à trois reprises de faire adopter au Parlement un plan de sortie négocié avec Bruxelles, mais en vain. Vaincue par une crise de confiance au sein de son propre parti, elle a remis sa démission le 24 mai dernier.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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