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Il y a 50 ans, une université était fondée à Rimouski grâce à la ténacité de la communauté

Photo d'époque du monastère des Ursulines et du terrain vague à avant-plan.

Le monastère des Ursulines, dans les années 1950, qui allait devenir le Centre d'études universitaires de Rimouski et par la suite, l'UQAR, en 1973 (archives)

Photo : UQAR

Laurence Gallant

Alors que l'Université du Québec à Rimouski occupe aujourd'hui une place considérable dans le paysage bas-laurentien, certains ont peut-être oublié les luttes qui ont dû se jouer en coulisses pour que sa fondation se concrétise, il y a 50 ans.

L'UQAR, autrefois nommée Centre d'études universitaires de Rimouski (CEUR), fait ses premiers pas en 1969. Mais sa création aurait pu se faire bien plus tard, sans l'obstination et la mobilisation de plusieurs acteurs de la communauté.

Les prémices d'une université dans l'Est-du-Québec

Des décennies avant l'époque bouillonnante de la fin des années 1960, l’idée d’avoir une université rurale à Rimouski est déjà rêvée à partir des années 1930 par des membres du milieu ecclésiastique, dont Monseigneur Antoine Gagnon.

Lorsque les recommandations de la Commission Parent sont publiées en 1964, entraînant un grand bouleversement dans le système d’éducation, les institutions d’enseignement de Rimouski doivent, comme de nombreuses autres de la province, se moderniser et se laïciser. C'est dans ce contexte que la création de l’Université du Québec (UQ) est annoncée, en 1968.

Si le gouvernement faisait auparavant miroiter quelque possibilité pour Rimouski, la petite ville de 30 000 habitants ne figure pas dans les grands plans du gouvernement… du moins, pas pour l’instant. L'État s’engage seulement à fonder des constituantes de l'UQ à Montréal, à Trois-Rivières, puis à Chicoutimi.

Au départ, le ministère de l’Éducation n’était pas très chaud à l’idée d’avoir une université ici. On aimait bien la centralisation.

Richard Saindon, historien et journaliste à la retraite

De nombreux établissements d’enseignement, comme le Grand Séminaire et le Petit Séminaire (devenu cégep en 1967), font de Rimouski un pôle important en éducation, mais sa situation géographique et le manque de ressources de niveau universitaire compliquent à l'époque la création d’une université, malgré la forte volonté du milieu.

Certains fonctionnaires croyaient que Rimouski pouvait attendre, estime Charles-E. Beaulieu, premier directeur général du Centre d’études universitaires de Rimouski.

Portrait en noir et blanc de Pascal Parent

Pascal Parent, appuyé de plusieurs acteurs importants du milieu, est parvenu à convaincre le gouvernement de doter Rimouski d'un centre d'études universitaires.

Photo : UQAR

En 1966, l’abbé Pascal Parent se charge de mettre en place un comité formé d’élus, de directeurs d’institution et de gens d’affaires. L’acharnement de Pascal Parent et de son comité est remarquable, se rappellent plusieurs.

[Pascal Parent] a piloté le dossier et fait des pressions auprès du ministre de l’Éducation du temps, le ministre [Jean-Guy] Cardinal, indique Charles-E. Beaulieu.

C’est une période épique qui témoigne du courage et de l’acharnement des bâtisseurs, écrit Nicole Thivierge en 1994 dans l’ouvrage Savoir et développement : pour une histoire de l’UQAR, publié par le Groupe de recherche interdisciplinaire sur le développement régional de l’Est du Québec (GRIDEQ).

Les membres du comité d’action s'appuient sur les propositions faites par le Bureau d’aménagement de l’Est-du-Québec (BAEQ) dans les années 1960 pour améliorer le sort de la région et éliminer les disparités entre l’Est-du-Québec et le reste de la province.

[D’après ces recommandations], on voulait tripler le salaire moyen des gens de la région, on voulait créer 28 000 nouveaux emplois, on voulait quintupler le nombre de touristes qui venaient ici. [...] Ça a donc créé un climat très favorable à la naissance, par exemple, d’une université, explique Richard Saindon.

Coupure de journal datant du 2 mai 1969

Le recrutement allait bon train au printemps 1969, malgré l'absence de confirmation officielle que Rimouski allait bel et bien avoir un établissement affilié à l'Université du Québec.

Photo : BAnQ/Le Progrès du golfe du 2 mai 1969

Un centre universitaire entraînerait l’immigration de spécialistes de différents domaines, serait une source accrue de vitalité pour le milieu et freinerait l’exode rural, prônent les promoteurs de l’époque, bien au fait du taux d'émigration préoccupant dans l’Est-du-Québec, considéré le plus élevé de la province entre 1951 et 1961.

1969, l'année charnière

Au printemps 1969, le ministre de l'Éducation Jean-Guy Cardinal se rend à Rimouski pour rencontrer les gens mobilisés pour la création d'une université. Il en est ressorti convaincu qu’il fallait, au même titre qu’à Trois-Rivières et Chicoutimi, donner suite à cette demande de créer un Centre d’études universitaires à Rimouski dans un premier temps. Il a donné ordre à son ministère et au président de l’Université du Québec de donner suite à cette demande, relate Charles-E. Beaulieu.

C’était une mobilisation exemplaire : du milieu des affaires, du milieu municipal, de toute la communauté.

Charles-E. Beaulieu, premier dg du Centre d’études universitaires de Rimouski
Photo en noir et blanc où trois hommes s'apprêtent à signer un livre d'or.

Inauguration du Centre d'études universitaires de Rimouski le 28 août 1969 avec Charles-E. Beaulieu, premier directeur du Centre d'études universitaires, Alphonse Riverin, président de l'Université du Québec et Maurice Tessier, président du Comité provisoire pour l'implantation d'un centre d'études universitaires.

Photo : Rita Chevron/Collection du Musée régional de Rimouski, don de Richard Saindon

Tout le monde a mis l’épaule à la roue et il y avait une collaboration et un enthousiasme très importants au début, c’est ce qui a permis son lancement aussi facilement, ajoute-t-il.

En quelques mois à peine, Pascal Parent et Charles-E. Beaulieu, arrivés en renfort pour assurer la direction du futur établissement, parviennent à tout organiser à temps pour la rentrée de l’automne 1969. Il faut notamment recruter des professeurs qualifiés et aménager les locaux de l’ancien monastère des Ursulines, en plein cœur d’une grève générale de la construction, se remémore M. Beaulieu.

C’était emballant. On travaillait 7 jours par semaine, pratiquement 15 heures par jour.

Charles-E. Beaulieu, premier dg du Centre d’études universitaires de Rimouski
Des lits à une place et des tables de chevet sont alignés dans une immense pièce.

Dortoir des étudiantes de l'École normale des Ursulines dans les années soixante

Photo : Photo tirée de l'ouvrage Savoir et développement : pour une histoire de l'UQAR (GRIDEQ,1994), auteur inconnu

Cette grève de la construction a aussi fait que les religieuses ont occupé une aile [du bâtiment] pendant pratiquement un an avant qu’elles puissent emménager dans leur nouvelle construction, raconte Charles-E. Beaulieu.

Le Monastère, pas le premier choix

Le choix du site du campus universitaire est toute une aventure. Le site de l’actuel complexe sportif Guillaume-Leblanc est pressenti pour y construire une cité universitaire. La possibilité d'établir le campus sur des terrains appartenant aux Sœurs du Saint-Rosaire et aux Ursulines, à l'ouest de la rue Huppé a aussi été évaluée. Mais le gouvernement achète finalement l’École normale des Ursulines pour loger le CEUR, en raison des coûts raisonnables et de l’espace permettant d’éventuels agrandissements. Pendant quelques années, on pensera que cette solution est temporaire, mais l’UQAR rachètera le bâtiment, cinq ans plus tard.

C’est en août 1969 que le Centre d’études universitaires de Rimouski obtient ses lettres patentes qui le confirment en tant que véritable université. La rentrée scolaire a lieu début septembre dans cette nouvelle institution qui offre d’abord des programmes en sciences, en lettres, en sciences de l’éducation et en sciences religieuses.

Moment historique : l'inauguration de l'UQ, c'est le titre de l'article. On voit trois hommes qui signent le livre d'or de l'UQ à Rimouski

Un article qui relate l'inauguration du Centre d'études universitaires de Rimouski le 28 août 1969.

Photo : BAnQ/Le Progrès du golfe du 29 août 1969

Rien de tout cela n'avait été prévu dans les stratégies politiques de Québec. Aussi tard qu'en juin 1969, on pouvait encore douter de sa réalisation, écrit l’historienne Nicole Thivierge en 1994.

Parmi les professeurs recrutés, on compte Marie-José Feller et son mari, Paul Demalsy. Originaires de Belgique, ils travaillent à Bathurst lorsqu’ils choisissent de postuler comme professeurs de biologie au CEUR.

Tous les professeurs étaient emballés! Construire une nouvelle université, vous vous rendez compte? C’est formidable!

Marie-José Feller, professeure retraitée de l’UQAR
Marie-José Feller pose dans son jardin.

Marie-José Feller, 93 ans, était de la première cohorte de professeurs à l'UQAR en 1969.

Photo : Radio-Canada / Laurence Gallant

À maintenant 93 ans, Mme Feller se rappelle qu'en 1969, sa classe n’a que quatre étudiants.

Malgré l’effervescence entourant la première année du Centre d’études universitaires de Rimouski, l’établissement connaît ainsi un taux d’inscription modeste.

À la rentrée de septembre 1969, les taux d'inscription sont décevants, nettement en deçà des prévisions. Seulement 139 étudiants s'inscrivent à temps complet aux programmes de niveau universitaire et 306 à temps partiel. Même les étudiants enregistrés à la formation des maîtres sont moins nombreux que prévu : comptant pour 85 % des effectifs totaux, ils sont inscrits à 80 % dans des cours terminaux; l'avenir est loin d'être prometteur, peut-on lire dans l’ouvrage dirigé par Nicole Thivierge, publié dans le cadre du 25e anniversaire de l'UQAR.

Pour augmenter la clientèle, on ouvre des centres régionaux un peu partout en Gaspésie et dans le Bas-du-Fleuve, dans la première année, indique Charles-E. Beaulieu.

L'Université du Québec à Rimouski dans les années 1970.

L'Université du Québec à Rimouski a obtenu ses lettres patentes en 1973.

Photo : UQAR

Le CEUR fait ses preuves dans les années suivantes, en élargissant l’offre de formations et en recrutant davantage d’étudiants. Dès ses débuts, l'orientation axée sur l’océanographie a été adoptée.

Plus de 1500 étudiants sont inscrits à la session d'automne 1970, dont 308 à temps complet, relève Nicole Thivierge.

L'Université du Québec à Rimouski obtient ses lettres patentes en 1973, et remplace alors le Centre d'études universitaires.

Recruté par Charles-E. Beaulieu pour le relayer à titre de directeur, Alcide C. Horth assure par la suite le rôle de premier recteur de l’université.

Mohammed El-Sabh et Alcide C. Horth dans les années 1970.

Le pionnier en océanographie Mohammed El-Sabh et le premier recteur de l'UQAR, Alcide C. Horth

Photo : UQAR

Cinquante ans plus tard, l’Université du Québec à Rimouski a remis plus de 50 000 diplômes dans ses 157 programmes d’études, et compte maintenant plus de 6700 étudiants, dans ses différents campus.

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