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chronique

Mile Ex End : la clientèle familiale intergénérationnelle des Cowboys Fringants

Des spectateurs assistent à une prestation des Cowboys Fringants.

Des spectacles sous le viaduc Van Horne, c'est ce que propose le Mile Ex End Montréal. Les Cowboys Fringants se sont produits sur scène le 31 août 2019.

Photo : Courtoisie La Tribu / Caroline Bergevin

Philippe Rezzonico

Le geste – bras tendu, index pointé vers la foule massée au parterre – était aussi impératif que la demande de Karl Tremblay – grosse voix : « Toi, Yannick (le nom de famille m’a échappé)! C’est ton 100e show à soir! Viens! Monte sur scène ».

C’est survenu au rappel pas vraiment prévu du concert des Cowboys Fringants, samedi, au festival Mile Ex End, quand ces derniers ont réalisé qu’ils avaient encore le temps d’interpréter deux chansons.

Amusante coïncidence, une amie qui était dans la jeune vingtaine à la période de Break Syndical (2002) et qui a un peu perdu de vue le groupe depuis qu’elle a une famille et des enfants, me demandait il y a quelques jours si les Cowboys étaient toujours aussi populaires de nos jours. Quand tu as un amateur dans une foule qui a vu un groupe 100 fois dans sa vie et qui monte sur scène pour Le Shack à Hector, ça répond un peu à la question.

Ils sont comme ça, les Cowboys. Ils forment une famille à plus d’un égard et peu de groupes sont aussi proches de leurs fans. On pourrait parler ici de famille élargie. La famille, c’était d’ailleurs un peu le thème indirect de la journée. À sa troisième présentation, ce jeune festival annuel ressemble de plus en plus au quartier dont il porte le nom.

Elisapie, en spectacle lors du Mile Ex End Montréal

Elisapie, en spectacle lors du Mile Ex End Montréal le 31 août 2019

Photo : Courtoisie La Tribu / Caroline Bergevin

En milieu d’après-midi, lorsque la voix d’Elisapie nous berçait sous les rayons de soleil qui nous réchauffaient la peau, on se disait que l’on ne voulait pas être ailleurs : ambiance relaxe de vie de quartier autour des tables de pique-nique, bonne bouffe – la paella, ça change des hot-dogs –, et enfants à perte de vue. Charmant.

Ce qui n’empêchait pas une certaine gravité dans le propos de la chanteuse autochtone qui s’exprime en français, en anglais et en inuk. Mais l’ensemble – la musique, l’humanisme, l’interprétation – se fondait dans quelque chose qui ressemblait à du ravissement. Clin d’œil sympathique : récupérer une demi-heure plus tard la balle de plastique d’un petit garçon qui commence tout juste à marcher, lui remettre… et réaliser que c’est le fils de la chanteuse qui était avec son père. Familial, le Mile Ex End. Pour les festivaliers et pour les artistes.

Un chanteur est accompagné d'un bassiste et d'un claviériste.

Daniel Lanois, accompagné de son bassiste et de son claviériste lors de son concert à Mile Ex End Montréal le 31 août 2019.

Photo : Courtoisie La Tribu / Caroline Bergevin

Cette ambiance chaleureuse s’est poursuivie avec Daniel Lanois qui, comme d’habitude, s’est pointé avec une bande de musiciens du tonnerre. Transportés, étions-nous, par cette interprétation poignante du classique The Maker, tiré de l’album Acadie (1989). Émus, étions-nous, par toutes les scènes de baiser de films légendaires d’Hollywood, intercalées et mises bout à bout, pour illustrer le propos de I Love You. Touchés en bas du ventre, étions-nous, pour l’interprétation de la bien nommée Fire. Vous avez compris le principe... On en aurait pris plus que 67 minutes.

Les Cowboys Fringants – Karl Tremblay, Jean-François Pauzé, Marie-Annick Lépine et Jérôme Dupras – et leurs trois musiciens accompagnateurs depuis quelques années – famille musicale, ici – sont arrivés un peu après 20 h sur la plus petite scène extérieure sur laquelle je les ai vus se produire depuis une scène secondaire aux FrancoFolies de Montréal en 2000, pour la tournée de Motel Capri.

Conséquemment, ils avaient devant eux la plus petite foule – quand même quelques milliers de spectateurs – que j’ai vue en 20 concerts durant deux décennies. C’est là que je me suis souvenu que l’on assistait à la dernière prestation à Montréal de la tournée de l’album Octobre depuis celle du premier concert au Métropolis (2016), à celui sur la Place des festivals – bondée – pour le 375e anniversaire de la ville (2017), à la demi-douzaine de concerts à la Maison symphonique (2018) et à une autre demi-douzaine en périphérie immédiate de la métropole (Lachine, Brossard, Sainte-Thérèse, Saint-Eustache, etc.) durant cette période.

Mais foule modeste – selon les standards des Cowboys – ou pas, ça ne change rien à l’offre : avec la bande fringante, c’est toujours le pied au plancher et la ferveur collée au plafond. Ou plutôt, dans ce cas, collée dans le viaduc. C’était d’ailleurs magique de voir les lumières des cellulaires éclairer le dessous du viaduc Van Horne durant Les étoiles filantes.

On joue sous un viaduc pour la première fois, a lancé Tremblay, quelques secondes avant d’interpréter Bye Bye Lou, qui a été la chanson d’ouverture de presque tous les concerts depuis trois ans.

Un bon indicatif de la popularité, c’est de mesurer l’impact des nouvelles chansons face aux classiques. On s’entend que les monuments que sont La manifestation et Joyeux calvaire! ont, disons, une longueur d’avance sur Bye-Bye Lou, mais la chanson tirée d’Octobre (2015) s’affiche désormais sans gêne aux côtés des brûlots d’antan. On écoute ensuite Octobre en on se dit que c’est une mélodie aussi belle que celles concoctées naguère par Pauzé et Lépine. Et quelle belle image quand les quatre Cowboys, tels des Daltons de la musique, concluent la chanson, collés les uns contre les autres.

Le chanteur porte une chemise noire à manches courtes et une cravate.

Karl Tremblay, des Cowboys Fringants, lors du Mile Ex End Montréal, le 31 août 2019.

Photo : Courtoisie La Tribu / Caroline Bergevin

On entend la foule chanter le refrain de La Dévisse et on se dit qu’elle pourrait avoir dix ans d’âge plutôt que quatre, tant les amateurs connaissent les paroles. Et quant à Marine Marchande, elle est déjà devenue un jeune classique. Il le faut, pour que deux jeunes femmes montent sur scène à la demande de Tremblay et viennent interpréter la portion chantée sur disque par Frannie Holder pour le « seul duo des Cowboys », dixit le chanteur.

En intercalant les nouvelles chansons avec des versions frénétiques de La Reine, 8 secondes, Ti-Cul, les Cowboys Fringants s’assurent que l’amateur moyen ne fasse plus de distinction entre le passé et le présent. Bon. Il y a bien « la chanson qu’on voudrait se débarrasser, mais elle est encore d’intérêt partout sur la planète. On emmerde tous les bouffons qui nous gouvernent! » Et, ça va de soi, En Berne provoque le même effet jouissif qu’en 2002, peu importe le nombre de fois que tu l’as entendue.

Avec Tremblay, en voix, Lépine, en feu avec violon et son archet, Pauzé, sautillant sans cesse, et le « Docteur Dupras » qui commence le concert en complet-cravate pour le conclure en bedaine, les Cowboys et leurs collègues traitent chaque chanson comme si c’était un succès et l’offrent comme si c’était pour la dernière fois.

Pas de temps mort, sauf quand la petite fille de Karl et de Marie-Annick arrive entre deux chansons pour dire à son papa qu’elle a pété sa balloune. Cute. Famille personnelle, famille musicale, famille rapprochée... Mmm... On en oublie? Si.

Famille internationale, aussi, lorsque Jérôme dit à Karl que le plus grand fan des Cowboys venant d’Allemagne est dans la foule. Un autre qui monte sur la scène pour la finale de Tant qu’on aura de l’amour avec tant d’enfants, que l’on se pensait à la garderie. Brouillon et magique, tout à la fois.

Finalement, je vais pouvoir dire à mon amie qu’elle peut renouer avec les Cowboys, et ce, avec ses enfants, si elle le désire. Ce groupe, après tout, attire désormais une clientèle familiale intergénérationnelle.

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