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analyse

Andrew Scheer, entre religion et politique

M. Scheer regarde la caméra en applaudissant.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur du Canada, le 7 mai 2019, à Montréal

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Michel C. Auger

Après un silence de plusieurs jours, le chef conservateur Andrew Scheer a finalement pris la parole, jeudi, pour essayer de clarifier la controverse entourant sa position et celle de son parti sur la question de l’avortement. Il a tout fait, sauf de mettre la controverse derrière lui.

En fait, M. Scheer s’est borné à dire que rien n’avait changé au Parti conservateur : un gouvernement conservateur ne va pas rouvrir le débat sur l’avortement ou le mariage entre conjoints de même sexe. Mais il ne va pas empêcher ses députés de proposer des projets de loi privés sur de telles questions morales et de permettre aux députés de voter selon leur conscience sur ces projets de loi.

Une chose est certaine, un gouvernement Scheer ne va pas criminaliser de nouveau l’avortement ou interdire le mariage des conjoints de même sexe.

Mais ce qui aurait mis fin au débat aurait été que M. Scheer indique que cela était devenu, pour lui, une question de principe.

La conciliation entre les convictions personnelles, morales ou religieuses et la politique est aussi vieille que le monde. Mais, depuis un demi-siècle au moins, un principe s’est imposé : les politiciens ne doivent pas gouverner en fonction de leurs croyances morales ou religieuses, si sincères peuvent-elles être, mais en fonction de l’intérêt de tous les citoyens.

L’intérêt national

Celui qui a sans doute le mieux résumé la situation fut John F. Kennedy, catholique et candidat à la présidence des États-Unis — c’était une grosse controverse à l’époque — dans un fameux discours à Houston, devant une assemblée de ministres protestants, en 1960 : Je ne parle pas au nom de l’Église sur les questions d’intérêt public, et l’Église ne parle pas pour moi. Quelles que soient les questions que j’aurai à trancher comme président […] je le ferai selon ce que ma conscience me dit être l’intérêt national, sans égard aux pressions ou convictions religieuses.

Depuis, c’est pratiquement devenu la norme. Quand des politiciens ont eu à s’expliquer sur ces questions dans des sociétés démocratiques, ils ont tenu des discours similaires.

Au Canada, un exemple récent est l’ancien premier ministre Paul Martin.

Catholique pratiquant, il avait voté contre le mariage des couples de même sexe lors d’un vote libre au début de ce débat, ne cachant pas que cela allait contre ses convictions religieuses.

Il fut, quelques années plus tard, le premier ministre qui fit adopter la loi légalisant le mariage gai en disant que la seule chose qu'il devait considérer était de donner à tous des droits égaux devant la loi.

On pourrait donner encore plusieurs exemples de politiciens qui ont ainsi établi une distinction claire et nette entre leurs valeurs personnelles et l’intérêt général.

Mais c’est exactement ce que M. Scheer a choisi de ne pas faire jeudi dernier. Jamais il n’aura dit que la raison pour laquelle un gouvernement conservateur ne rouvrirait pas le débat sur l’avortement ou le mariage de même sexe est, pour lui, une question de principe.

Ces questions sont réglées, dit-il, et les Canadiens sont passés à autre chose. Ce qui n’est, au fond, qu’une simple reconnaissance qu’il ne serait pas dans son intérêt politique de revenir là-dessus.

Droite religieuse

Ce qui est dans son intérêt politique cependant, c’est de ne pas aliéner ses partisans au sein de la droite religieuse canadienne, qui a fortement contribué à son élection comme chef conservateur.

Les lois ne changeront pas, mais un député pourrait forcer le Parlement à tenir un débat sur un projet de loi restreignant l’accès à l’avortement ou donnant une nouvelle définition de ce qu’est un fœtus.

Le seul fait de tenir un tel débat serait considéré comme une grande victoire pour le mouvement pro-vie.

M. Scheer avait le choix, il aurait pu dire qu’il allait utiliser son pouvoir de chef pour empêcher la tenue d’un tel débat. Il aurait ainsi évité que cette question revienne le hanter en campagne électorale. Il en a décidé autrement.

Voyant que tout ce débat ne tournait pas à son avantage, M. Scheer, dans une entrevue à La Presse, disait vendredi qu’il voterait personnellement contre tout projet de loi sur l’avortement et qu’il s’attendait à ce que ses ministres en fassent autant.

C’est une bien petite concession qui a surtout un effet pervers : dans les circonstances, il est à peu près inévitable que, sous un gouvernement Scheer, il faille se préparer à un débat au Parlement sur l’avortement. En tout cas, le chef du parti, lui, l’envisage déjà.

Notre dossier Élections Canada 2019

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