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Richard Hébert : du salon funéraire à la Chambre des communes

Richard Hébert à l'extérieur.

Richard Hébert a été élu député libéral de la circonscription de Lac-Saint-Jean en octobre 2017.

Photo : Radio-Canada / Mélyssa Gagnon

Mélyssa Gagnon

« La politique, ça me donne le sentiment d’être utile. La vie a été bonne avec moi et j’ai la chance de redonner un peu aux gens. »

Sur un bateau au beau milieu du lac Saint-Jean, non loin de son chalet de Péribonka, Richard Hébert aime remplir ses poumons d’air.

C’est au bruissement des vagues qu’il ressent un sentiment profond de bonheur et de liberté. En ces moments, de plus en plus rares en raison de son emploi du temps chargé, il se trouve au cœur de sa circonscription, la troisième plus vaste du Canada.

C’est mon havre de paix. Quand je suis sur le lac, je ne suis plus le politicien. Je suis un simple riverain. Dans ces moments-là, je suis le seul député qui peut dire qu’il a son comté tout autour de lui, signale-t-il.

À l’approche de la campagne électorale fédérale, nous vous proposons un regard sur le travail des trois députés de la région.

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Lac-Saint-Jean, c’est une circonscription regroupant 38 municipalités, aussi grande que la Belgique.

Des fois, il y a des gens qui me disent : “On ne te voit pas souvent”. Je peux faire jusqu’à trois événements dans une journée. Les rencontres sont nombreuses. Il faut faire des choix, explique le député, élu il y a 18 mois lors d’une partielle tenue à la suite de la démission de Denis Lebel.

Le 23 octobre 2017, il a mis fin à une disette libérale de 37 ans. Depuis, la vie file à vitesse grand V pour Hébert, qui se définit comme volubile, intense et pugnace.

L’ex-conseiller municipal, plus tard devenu maire de Dolbeau-Mistassini, croit qu’il faut beaucoup d’humilité pour être politicien. Il y a résolument pris goût, lui qui briguera bientôt les suffrages pour une cinquième fois, tous paliers confondus.

De thanatologue à politicien

Richard Hébert, 60 ans, a de l’énergie à revendre et peut aisément être qualifié de livre ouvert. Au cours d’un entretien s’échelonnant sur presque une heure trente à son bureau de Mistassini, un minimum de questions a été nécessaire pour que le Dolmissois se livre.

Il a expliqué avec candeur que les années passées au sein de l’entreprise funéraire familiale Hébert et Fils ont été, pour lui, une porte d’entrée vers l’humanisme.

Dans le monde funéraire, il faut y aller délicatement. Chaque poignée de main est un contrat. Ce bagage-là, je m’en sers aujourd’hui en politique, met-il en relief.

Quand tu as servi du monde dans le domaine funéraire pendant une trentaine d’années, tu te rappelles des faces. En politique, il faut faire des liens, mais aussi s’intéresser à la personne.

Richard Hébert

Il y a deux ans, Richard Hébert avait trois cartes dans son jeu : il pouvait demeurer maire de sa municipalité, devenir président du Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ) ou tenter sa chance comme député fédéral. Il a arrêté son choix sur la troisième option. Pour la petite histoire, il raconte qu’on l’avait courtisé pour le poste au CIFQ. Au final, c’est son prédécesseur, le député démissionnaire Denis Lebel, qui a obtenu l’emploi.

Les habits derrière

Dès son arrivée au Parlement, Richard Hébert s’est fait remarquer. En guise d’anecdote, il confie que le jour de l’assermentation, le nouveau député est arrivé à Ottawa pour se rendre compte qu’il avait laissé complet et cravates des kilomètres derrière, chez lui à Dolbeau-Mistassini.

J’ai dit à ma blonde : ‘’J’ai oublié mes habits!’’. Il a fallu aller magasiner sur Sparks pour m’acheter des complets, que je porte encore d’ailleurs aujourd’hui, raconte-t-il, rieur.

Lors de l’assermentation, Richard Hébert se rappelle avoir vécu de grandes émotions. Comme le veut la tradition, le nouveau député a été traîné de force à la Chambre des communes par des gardes.

Je n’oublierai jamais ce moment. J’ai regardé ma femme, Andréanne, et ma fille, Éva, et je l’ai savouré pleinement, se souvient celui qui a vu, en cette cérémonie symbolique, le début d’une aventure palpitante.

Richard Hébert avait cependant sous-estimé le temps d’adaptation à son nouveau rôle.

J’ai cru à tort que dans les premières semaines, j’allais pogner ça rapidement. Mais il faut prendre le temps. Je dis ça à la blague, mais juste trouver les toilettes, spatialement, où tu te situes, c’est quelque chose, dit celui qui se rappelle d’avoir été reconnu et félicité à plusieurs reprises dans les rues d’Ottawa, peu après son élection.

Sur son X

Comme le veut l’expression populaire, Richard Hébert se sent sur son X. Malgré la lourdeur de son agenda et le fait qu’il soit constamment loin des siens, Richard Hébert est animé de la conviction qu’il est au bon endroit, au bon moment.

J’aborde la campagne avec confiance, mais aussi avec réalisme. C’est l’électorat qui décide. J’ai l’impression d’avoir fait un bon travail comme député, croit Richard Hébert.

Participer à l’histoire, c’est important pour moi. S’intéresser à la personne, mettre un peu d’huile humaine dans cette grosse machine-là, c’est pour ça que je fais de la politique, confie le député sortant.

Celui qui est passé de député d’arrière-ban à secrétaire parlementaire de la ministre de la Petite Entreprise et de la Promotion des exportations a eu un baptême du feu, avec les épineux dossiers de la réforme du ministre des Finances, Bill Morneau, et la saga Netflix, qui ont fait couler beaucoup d’encre. Projeté à travers le cyclone, il croit donc en avoir appris énormément sur les rouages politiques en un court laps de temps.

Gagner en sagesse

Au début, j’étais un peu fendant. Maintenant je suis plus sage, concède Hébert, en relatant les jours qui ont précédé sa victoire. Il raconte l’appel d’un journaliste anglophone du Hill Times, un journal politique, qui lui demandait de se prononcer sur ses propres chances de se faire élire comme député.

J’ai dit 100 %! Ce n’est pas trop long que ç’a fait le tour de tous les corridors à Ottawa. Le lendemain, je reçois un appel du parti. On me demande si je sais c’est quoi le Hill Times. Je dis non. On me dit que c’est une feuille de chou, c’est comme l’Écho vedette de la Colline parlementaire, mais que tout le monde la lit et que j’ai fait la première page!, fait-il valoir, sourire en coin.

Silence, on roule

Richard Hébert parcourt 1600 kilomètres par semaine entre sa résidence de Dolbeau-Mistassini et son appartement d’Ottawa. Autant que possible, il privilégie la voiture à l’avion, ce qui lui permet de mettre de l’ordre dans ses idées.

J’aime la conduite automobile et j’ai une voiture électrique depuis 2014. Ça me prend presque huit heures. J’allume la radio toutes les heures pour écouter les nouvelles. Pour le reste du trajet, mes oreilles sont libres de tout bruit. Je n’écoute pas de musique. L’automobile me permet de réfléchir, de me poser des questions, de voir venir les questions qu’on va me poser, exprime-t-il.

Avec ces nombreuses heures sur la route, ses activités à Ottawa et celles au Lac-Saint-Jean, l’ex-hockeyeur du dimanche souligne qu’il manque dorénavant de temps pour faire de l’exercice.

Même s’il lui arrive d’emporter des chocolats des Pères trappistes et du fromage en grains du Lac-Saint-Jean à ses collègues libéraux, incluant le premier ministre Justin Trudeau, il tâche de ne pas en abuser personnellement et de surveiller sa ligne.

Passionné d’histoire, le regard droit devant

Richard Hébert, qui a notamment étudié en animation culturelle à l’université, se décrit comme un homme hybride aux multiples affinités. Politique, sport et culture le passionnent. D’aucuns savent qu’il est aussi féru d’histoire.

Je disais à mon père que j’aurais voulu être comédien. Il me disait : ‘’Les comédiens, c’est du bien bon monde, mais ils ont de la misère à manger à leur faim’’.

Cela ne l’a pas empêché de jouer dans des opérettes. J’ai joué le rôle de Lorenzo Surprenant dans Maria Chapdelaine, se rappelle-t-il.

Sa prise de parole en public est d’ailleurs arrivée tôt. J’ai commencé l’école de bonne heure. On m’a dit : ‘’Vu que t’es le plus jeune de la classe, c’est toi qui vas faire le speech’’. C’est la première fois que je me suis adressé devant une foule, dit-il.

Le petit Richard y a pris goût et a développé un penchant pour les relations humaines. À son avis, cette facette de sa personnalité lui servira lors de la prochaine campagne.

Reste qu’avec l’expérience qu’il a acquise, même si la confiance règne, il ne laissera plus entendre que la bataille est gagnée comme il l'a fait à ses débuts.

C’est l’électorat qui décide. J’ai la conviction d’avoir fait un bon travail. Moi, je ne regarde jamais derrière, ni à gauche ni à droite. Je regarde toujours devant, termine-t-il.

Saguenay–Lac-St-Jean

Politique fédérale