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analyse

L’équilibre précaire d’Andrew Scheer sur l’avortement

Le chef conservateur Andrew Scheer lors d'une conférence de presse.

Andrew Scheer n’a pas réussi à mettre le couvercle sur la marmite, constate notre analyste Madeleine Blais-Morin.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Madeleine Blais-Morin

« C’est le jour de la marmotte », me faisait valoir un député conservateur plus tôt cette semaine, pas trop nerveux de voir les libéraux brandir la question de l’avortement à la veille d’une campagne électorale. Mais si l’attaque était à ce point prévisible, pourquoi la réponse d’Andrew Scheer n’était-elle pas mieux ficelée? Retour sur une hebdomas horribilis chez l’opposition officielle.

Le silence d’Andrew Scheer aura duré des jours. Des jours pendant lesquels toute une équipe aurait eu le temps d’élaborer à la virgule près la réponse de leur chef à la délicate question de l’avortement.

Permettrait-il à ses députés d’arrière-ban de présenter des projets de loi qui en limiterait l’accès? Voterait-il pour ou contre, lui dont les convictions personnelles sont anti-avortement?

Il a répondu aux questions, mais les libéraux voient dans ses réponses assez de flou pour réclamer plus de précisions.

Par exemple, lorsque Andrew Scheer déclare qu’il va opposer les mesures qui essaient de rouvrir ces débats, ses adversaires doutent que le verbe opposer soit synonyme de voter contre un projet de loi anti-avortement.

Ce mot opposer irrite aussi au sein des groupes anti-avortement, qui y voient une entrave à leur liberté d’expression.

Andrew Scheer n’a donc pas réussi à mettre le couvercle sur la marmite.

Quand le constat vient de l’intérieur de la famille conservatrice, il a encore plus de poids.

Si j’étais à la place des libéraux, je parlerais de ces enjeux [l’avortement et le mariage entre personnes de même sexe] chaque jour durant la campagne, a affirmé sur les ondes de la CBC Rachel Curran, l’ancienne directrice des politiques de Stephen Harper. Je pense qu’il s’agit d’un échec en gestion des enjeux de la part des conservateurs.

Les conservateurs pensaient-ils que le seul fait de poursuivre la même politique sur l’avortement que sous l’ancien premier ministre Harper allait servir de bouclier contre les attaques? Avaient-ils négligé de considérer les convictions personnelles d’Andrew Scheer qui a appuyé, dans le passé, les projets de loi qui auraient rouvert le débat sur l’avortement?

Pendant la course à la succession de Stephen Harper, Andrew Scheer avait d’ailleurs insisté sur le fait qu’il a voté pro-vie, sans exception. C’était une façon pour lui de courtiser les conservateurs sociaux.

Même si ses convictions avaient depuis changé (nous n’avons aucune indication en ce sens), il serait difficile pour lui de renier ce passé sans s’aliéner cette frange de la base de son parti.

L’équipe Scheer est placée sur la défensive au moment où elle procéde justement à une opération charme auprès de l'électorat féminin, encore majoritairement indécis, selon un récent sondage Angus Reid.

La semaine s’annonçait pourtant bien pour les conservateurs. L’annonce de la candidate vedette Sylvie Fréchette visait à montrer que le parti était en mesure de recruter de grosses pointures féminines.

Plus du tiers des candidats conservateurs déclarés au Québec sont des femmes, mais la candidature de Sylvie Fréchette brillait un peu plus que les autres.

Il aurait mieux fallu que sur l’avortement, les messages de Mme Fréchette et du lieutenant du Parti conservateur au Québec, Alain Rayes, aient été synchronisés avec celui de leur formation politique.

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