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  • Ontario francophone : il y a 40 ans, Penetanguishene ouvrait son « école de la résistance »

    Présentateur Jean Ducharme, avec en mortaise une carte de l'Ontario situant Penetanguishene

    En 1979, les Franco-Ontariens de Penetanguishene ouvraient une école secondaire parallèle de langue française, l'école de la Huronie.

    Photo : Radio-Canada

    Radio-Canada

    Il y a 40 ans, la communauté franco-ontarienne de Penetanguishene ouvrait une école parallèle pour les francophones de la région. Il aura fallu six années de lutte contre le conseil scolaire de Simcoe, composé à majorité de conseillers anglophones, pour faire valoir leur droit à une éducation en français. Nos journalistes ont suivi cette saga très médiatisée.

    Une école envers et contre tous

    Le 3 septembre 1979 au Téléjournal, le journaliste Jean-Yves Michaud se rend à Penetanguishene dans le centre-ouest de l’Ontario pour l’inauguration de l’école secondaire de la Huronie.

    Téléjournal, 3 septembre 1979

    Il revient sur ce qui a mené des parents et des enseignants francophones à mettre sur pied cette école parallèle qu’on a surnommée « l’école de la résistance ».

    En 1968, l’unique école française de la région fut fermée et on érigea une école bilingue. Dès le début des années 1970, la minorité francophone a commencé à exprimer le souhait d’étudier dans sa langue maternelle uniquement.

    Les francophones se sentant de plus en plus assimilés ont demandé la construction d’une école secondaire française en 1976.

    Jean-Yves Michaud, journaliste

    Il faut savoir que la communauté franco-ontarienne de Penetanguishene a essuyé plus de trois refus de la part du conseil scolaire de Simcoe, avant d’en venir à construire cette « école de la résistance ».

    Le gouvernement conservateur de William Davis à l’époque se dit prêt à financer à 95 % la construction d’une nouvelle institution, mais le conseil scolaire de Simcoe voit les choses autrement. Il faut préciser que, dans la loi qui régit le système scolaire ontarien, le conseil scolaire est autonome.

    Devant ces refus du conseil, les Francos-Ontariens décident d’édifier leur propre école.

    L’école s'installe dans l’ancien bureau de poste de Penetanguishene. L’Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens (AEFO) en gère l’aspect pédagogique. Les enseignants sont bénévoles. C’est Jeannine Séguin, ancienne présidente de l’AEFO devenue présidente de l’Association canadienne des Franco-Ontariens, qui dirige cet établissement scolaire devenu symbole de la lutte des Franco-Ontariens.

    Une cinquantaine d’étudiants de l’école bilingue décident de s’y inscrire. L’établissement est baptisé « École de la Huronie ».

    Lors de l’inauguration, au lieu de couper un ruban, les responsables scient une bûche, qui symbolise les difficultés rencontrées pour faire valoir les droits de la minorité.

    Le gouvernement laisse aller les choses. Plusieurs réclament une loi spéciale pour les francophones de partout en Ontario afin de dénouer l’impasse et d’obliger le conseil scolaire à reconnaître les besoins des francophones.

    Ça devient obligatoire pour le gouvernement de s’en mêler. Il y a plus que simplement l’école à Penetang qui est en jeu […] Davis parle de la confédération, des droits des francophones en Ontario, alors que chez lui il y a des problèmes de discrimination.

    Raymond Desrochers, coordonnateur du comité d’action

    Le gouvernement décidera finalement d’intervenir dans le dossier afin que les francophones qui le désirent puissent étudier dans une école de langue française en bonne et due forme.

    Une école légale, dans un établissement temporaire

    Le 24 avril 1980 au Téléjournal, la journaliste Chantal Hébert présente un reportage sur la fin du conflit scolaire de Penetanguishene.

    Téléjournal, 24 avril 1980

    Les francophones obtiennent finalement gain de cause. Une école secondaire de langue française ouvrira ses portes. Les étudiants recevront leurs cours dans un immeuble temporaire pour une durée de deux ans.

    La ministre de l’éducation ontarienne, Bette Stephenson, est directement intervenue à trois reprises dans le conflit opposant les Franco-Ontariens et le conseil scolaire de Simcoe pour en arriver à un compromis.

    Alors que le Québec est à l’aube de son premier référendum, le gouvernement ontarien se doit de faire bonne figure sur les questions d’unité nationale.

    La solution adoptée en est une de compromis, mais elle respecte finalement les principales aspirations des francophones. […] Une école démontable peut-être, mais qui n’aura plus rien de parallèle et qui pourra espérer se transformer un jour en immeuble permanent.

    Chantal Hébert, journaliste

    Crier victoire en restant vigilants

    Le 17 décembre 1981 au Téléjournal, Jean-Yves Michaud est présent pour l’ouverture officielle de l’école secondaire Le Caron à Penetanguishene. Une école française, légale et permanente.

    Téléjournal, 17 décembre 1981

    Les premiers étudiants sont entrés à l’école secondaire Le Caron ce matin après une lutte acharnée de plusieurs années pour son obtention par les francophones de la région.

    Jean-Yves Michaud, journaliste

    Lors de la rentrée de 1981, une centaine d’étudiants fréquentent l’école, mais la direction en espère plus de 250 pour l’année suivante. Les adolescents qui ont combattu affichent un grand enthousiasme en parcourant leur nouvelle demeure.

    Le conseil scolaire de Simcoe a été contraint par le gouvernement de financer ce nouvel établissement à hauteur de 25 000 $. Le coût total de la construction s’élève à un million de dollars.

    Le journaliste explique qu’avec des conseillers scolaires si peu enclins à leur accorder des droits, les gestionnaires francophones de l’école Le Caron devront se comporter en véritables « chiens de garde ».

    La présidente du Conseil consultatif de la langue française (CCLF), Claudette Paquin, abonde dans le même sens :

    Il faut s’assurer que l’école fonctionne bien, qu’elle a les budgets qu’elle doit avoir, que l’argent qui est mis de côté au ministère pour l’école française arrive à l’école française. Qu’elle puisse fonctionner comme une école tout à fait normale, comme n’importe où ailleurs en province

    Claudette Paquin, présidente du CCLF

    Une école qui développe un sentiment de fierté

    Le 16 mai 1982, à Hebdo dimanche, le journaliste Claude Deschênes se rend à l’école Le Caron pour recueillir les commentaires des élèves et des gestionnaires de Penetanguishene.

    Hebdo Dimanche 16 mai, 1982

    Claudette Paquin estime que l’école a eu un effet bénéfique sur le nombre d’inscriptions aux activités du centre culturel francophone. Pour la présidente du CCLF, les temps orageux entre les communautés anglophones et francophones à Penetanguishene se sont un peu apaisés.

    Par contre, comme elle le craignait dans le reportage du journaliste Jean-Yves Michaud, le droit des francophones pour une éducation en français demeure une bataille de chaque instant.

    Je ne pense pas même qu’on ait le temps de s’asseoir sur nos lauriers.

    Claudette Paquin

    Le journaliste rencontre ensuite des gens de la communauté de Penetanguishene. Certains anglophones estiment que l’école n’était pas nécessaire, puisqu’une école bilingue existait déjà.

    Chez les francophones, on perçoit une plus grande liberté et même une plus grande assurance à s’exprimer en français. Comme l’explique ce commerçant interviewé dans la rue :

    Certaines personnes que je connaissais depuis trois, quatre ans comme clients m’avaient toujours adressé la parole en anglais et à un moment donné on entrait au magasin et on s’adressait à moi en français. Il semblait y avoir une perte de cette gêne, cette fausse gêne qu’un grand nombre de gens avaient ici.

    Commerçant franco-ontarien

    Les luttes des Franco-Ontariens pour une éducation en français continuent de faire les manchettes 40 ans après cet épisode.

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    Société