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chronique

Rentrée scolaire : budgets et programmes incertains

Un enfant avec un sac à dos sort d'un autobus scolaire et se dirige vers d'autres enfants.

Rentrée scolaire dans une école canadienne.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

Jean-Marie Yambayamba

Comme d'autres parents d'élèves albertains, je renoue avec l'accompagnement scolaire la semaine prochaine. Cette année, deux questions m'habitent. La première : que deviendra le financement des écoles francophones de la province alors que le nouveau gouvernement a clairement indiqué son intention de réduire les dépenses du secteur public? La deuxième : à quoi doit-on s'attendre pour l'éducation francophone en Alberta alors que la province a annoncé une révision des programmes scolaires qui devait entrer en vigueur cette année?

Budgets incertains

Cet été, les Albertains ont beaucoup entendu parler du bras de fer entre les syndicats des employés de la province et le gouvernement Kenney au sujet du report des discussions sur les salaires. Le gouvernement veut d'abord évaluer les finances provinciales avant de débattre d'une telle question. Les syndicats refusent ce report, qui irait, selon eux, à l'encontre des ententes conclues avec le gouvernement précédent.

Des indices font croire que le parti porté au pouvoir le 16 avril préparerait les Albertains à des compressions. Les enseignants, comme d'autres employés de la fonction publique l'appréhendent. Les craintes sont encore plus fortes du côté de l'éducation francophone à l'équilibre encore fragile.

« L'inquiétude dans les conseils scolaires, c'est qu'on n'a pas le budget. Habituellement, on aurait un budget en ce temps de l'année, mais on n'en aura pas jusqu'en novembre », note Kevin Bell, directeur général de la Fédération des conseils scolaires francophones de l'Alberta (FCSFA).

L'incertitude est réelle pour ces conseils scolaires, même si le nombre de leurs élèves (qui seront précisés à la fin septembre) semble avoir légèrement augmenté.

« On essaie de fonctionner au statu quo, en attendant des nouvelles. Les montants sont versés, mais ne sont pas ajustés en fonction d'un budget. Le problème, c'est de savoir si on est capable de faire le boulot avec le même budget qu'en 2018-2019. Ce n'est pas tout à fait évident », explique-t-il.

Des hommes et des femmes posent, à l'extérieur, pour une photo.

De la gauche : Paul Bourassa, Conseil Francosud, Sylvianne Maisonneuve, Conseil scolaire du Nord- Ouest, Leela Aheer, ministre de la Culture, du multiculturalisme et Statut de la femme, Nathalie Lachance, Conseil Scolaire Centre-Nord, Réginald Roy, Conseil Scolaire Centre-Est, Kevin Bell, directeur général, Fédération des conseils scolaires francophones de l’Alberta.

Photo : Fédération des conseils scolaires francophones de l'Alberta

Une réforme repoussée

L'autre souci, c'est le recul des dirigeants actuels de la province pour mettre en vigueur le nouveau programme scolaire de la maternelle à la 12e année, adopté sous le gouvernement néodémocrate.

« Le problème du curriculum tourne en rond depuis très longtemps. On était très content d'avoir pour la première fois un curriculum développé en français », précise le directeur de la FCSFA.

La nouvelle ministre de l'Éducation, Adriana LaGrange, a annoncé une révision du nouveau programme par un comité qui ne comprend pas de représentant francophone.

« On a tendance à oublier les francophones comme minorité, pas nécessairement par méchanceté, mais si on n'est pas à la table, notre voix n'est pas entendue », pense Kevin Bell qui regrette que la question de la réforme scolaire ait été politisée lors de la dernière campagne électorale provinciale.

Oubli?

Difficile, cependant, pour lui, de dire que l'initiative de la province relève de l'oubli ou qu'elle envoie un message sur la place que l'enseignement francophone va avoir en Alberta.

Le gouvernement a indiqué qu'une place vitale sera réservée à cette éducation et que la communauté scolaire francophone sera appelée à valider les changements qui résulteront du travail du comité. Cela dit, il reste à voir si cette bonne foi affichée va réellement se matérialiser pour le réseau francophone, avec ses 8400 élèves, une quarantaine d'écoles et d'importants besoins en infrastructures, à travers la province.

Veiller au grain

Bien entendu, des signaux positifs ne manquent pas. Non seulement l'Alberta peut compter sur un premier ministre qui s'exprime en français, elle a maintenant un secrétariat parlementaire aux affaires francophones, quelque chose que les francophones ont demandé au gouvernement précédent sans l'obtenir.

Dans tous les cas, la FCSFA nous promet de veiller au grain, en maintenant sa pression, quel que soit le gouvernement en poste. « La Fédération des conseils scolaires francophones va veiller à ses intérêts. Nous allons continuer de protéger le droit à l'éducation en français offerte aux enfants », assure Kevin Bell.

Avoir foi

Nous avons besoin de cette pression-là. Et alors que la gestion scolaire francophone en Alberta célèbre son 25e anniversaire, les familles francophones ont aussi l'occasion d'évaluer la pertinence de tenir à ce choix dans lequel je m'inscris pour l'éducation de mes quatre enfants. Dans mes conversations, j'ai parfois rencontré des parents qui formulaient des doutes à ce sujet.

À ceux qui hésitent pour envoyer leur enfant à l'école francophone, j'ai gardé cette réponse du directeur de la FCSFA : « Moi, je trouve que la crainte numéro un, c'est toujours que l'enfant ne va pas apprendre l'anglais. J'invite les gens à regarder les résultats en anglais pour nos écoles, ils sont supérieurs à ceux des écoles anglophones. Ensuite, je dirais que le fait d'être bilingue, ça pourrait être bénéfique sur le plan du travail, sur le plan académique. Je dirais aussi que le niveau du bilinguisme à la sortie d'une école francophone est nettement supérieur à celui d'une école d'immersion ».

Ces mots résonnent comme de la musique à mes oreilles!

Alberta

Éducation