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L’Amazonie « poumon de la Terre », vraiment?

Illustration d'un arbre prenant la forme de poumons humains.

Les forêts de l'Amazonie sont-elles les poumons verts de la Terre?

Photo : iStock / Surasak Suwanmake

L’expression « poumon de la Terre » est souvent associée à la forêt dense de l’Amazonie, qui s’étend sur plus de 5,5 millions de km2. Mais cette métaphore entre le corps humain et la Terre n’est pas tout à fait juste. Voici pourquoi.

Les poumons de la Terre s’embrasent. Les poumons de la Terre sont malades. Depuis quelques semaines, l’expression est utilisée sur toutes les tribunes par des politiciens, des journalistes et certaines célébrités alors que des dizaines de milliers de feux brûlent le bassin amazonien.

Gazouillis du président Macron sur les feux de forêt en Amazonie.

Le 22 août dernier, le président français Emmanuel Macron a twitté « L’Amazonie, le poumon de notre planète qui produit 20 % de notre oxygène, est en feu ».

Photo : Instagram

Par exemple, le 22 août dernier, à la veille du Sommet du G7, le président français Emmanuel Macron a twitté : L’Amazonie, le poumon de notre planète qui produit 20 % de notre oxygène, est en feu.

Gazoullis de l'acteur Leonardo Dicaprio.

Le gazoullis de l'acteur Leonardo Dicaprio sur la situation en Amazonie.

Photo : Instagram

Transplantation impossible

Si l’image illustre magnifiquement une idée, elle peut devenir une source d’écoanxiété, ce nouveau phénomène apparu depuis quelques années qui cause chez certains un mal de vivre, une tristesse ou encore une colère face à leur propre impuissance et face à l'inaction des autres face aux changements climatiques.

Et si, comme l’humain, la planète ne peut vivre sans ses poumons? Une transplantation est pour le moins difficilement envisageable.

Or, la comparaison, si efficace soit-elle sur l’esprit, reste une belle métaphore et ne survit pas au test du deuxième degré.

Chez l’humain, les poumons ont deux grandes fonctions. Celle de transférer dans le sang l'oxygène présent dans l'air et celle d'évacuer dans l'air le dioxyde de carbone présent dans le sang.

Illustration du système respiratoire humain.

Le système respiratoire humain.

Photo : iStock

Pour l’exercice, associons la première fonction à la photosynthèse des forêts amazoniennes qui produit de l’oxygène, et la seconde aux puits de carbone qui captent et entreposent le carbone présent dans l’atmosphère.

Repères

  • Le bassin amazonien occupe près de 40 % de la superficie de l'Amérique du Sud et se répartit sur neuf pays : le Brésil, la Bolivie, le Pérou, l'Équateur, la Colombie, le Venezuela, le Guyana, le Surinam, et la Guyane (France);
  • Pas moins de 60 % de sa surface se situe au Brésil;
  • L'Amazonie est la plus grande forêt tropicale de la planète.

La photosynthèse

L’essentiel de l’oxygène présent dans l’air que nous respirons est produit par les plantes par le processus de photosynthèse grâce auquel elles synthétisent de la matière organique en utilisant la lumière comme source d’énergie.

Dans leur ensemble, les forêts tropicales sont responsables de plus ou moins 34 % de la photosynthèse réalisée sur la terre ferme, estimait le professeur de sciences des écosystèmes Yadvinder Malhi, de l’Université d'Oxford, dans des travaux publiés en 2010.

Selon ces calculs, les forêts amazoniennes seraient responsables de plus ou moins 16 % de l’oxygène produit à partir de la terre ferme.

Vue aérienne de la forêt amazonienne brésilienne.

La forêt amazonienne

Photo : AFP/Getty Images / AFP

Mais il faut aussi considérer l’apport des océans qui participent encore davantage au processus, à hauteur d’environ 50 %, grâce aux phytoplanctons qu’ils contiennent.

En prenant les océans en compte, le scientifique évalue ainsi l’apport en oxygène de l’Amazonie à moins de 10 %, probablement autour de 5 %.

Un pourcentage très élevé à l’échelle planétaire, mais qui ne peut pas être comparé au rôle vital des poumons chez l’humain.

De plus, le Pr Scott Denning, spécialiste de l’atmosphère à l’Université d’État du Colorado, affirme que les feux en Amazonie ne menacent en rien l'oxygène atmosphérique. Le scientifique explique que presque tout l'oxygène que nous respirons provient des océans et qu'il y en a assez pour encore des millions d'années.

Même si toute la matière organique sur Terre brûlait au même moment, moins de 1 % de l'oxygène de la planète serait consommé.

Scott Denning

Donc, pas d’inquiétude pour l’air que nous respirons, et ce, même si la forêt amazonienne disparaissait complètement du jour au lendemain.

Absorption du carbone

Un puits de carbone est un réservoir qui capte et entrepose le carbone présent dans l’atmosphère.

Le plus important réservoir naturel est le puits océanique qui, grâce au corail et au plancton, absorbe entre deux et trois milliards de tonnes de carbone par an.

Les autres grands puits sont les forêts et les tourbières. Le bois et le feuillage des arbres captent de grandes quantités de CO2.

Le scientifique français Philippe Ciais, spécialiste des forêts au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE), estime que la forêt amazonienne représente 10 % à 20 % des absorptions mondiales de CO2 par la végétation et les sous-sols.

L’Amazonie est donc l’une des principales sources d’absorption du carbone de la planète sur les terres émergées, mais pas la plus grande.

Si l’Amazonie était déforestée, non seulement ce puits de carbone serait perdu, mais il serait transformé en une source de CO2 pour l'atmosphère.

Philippe Ciais

Un autre chercheur, le Français Jean-Pierre Wigneron, de l'Institut national de la recherche agronomique, rappelle que si les écosystèmes d’Amazonie capturent effectivement une quantité énorme de CO2, ils en émettent aussi une énorme quantité.

Selon lui, les données concernant uniquement les forêts amazoniennes n’existent pas, mais celles des forêts tropicales d’Amérique du Sud dans leur ensemble, sachant que l’Amazonie en représente 70 % à 80 %, montrent qu’elles émettent autant de carbone qu’elles n'en séquestrent.

Une vaste portion de l'Amérique du Sud, partiellement recouverte de nuages et de fumée.

La fumée produite par les feux de forêt qui font rage à travers le Brésil est visible depuis l'espace.

Photo : NASA/NOAA

Ces émissions, même si elles sont liées en grande partie ici à la déforestation et à la mortalité, souvent suite à des sécheresses, rendent le bilan carbone net des forêts tropicales d'Amérique du Sud globalement neutre sur les dix dernières années.

Le puits de carbone des surfaces terrestres actuellement serait dans les forêts boréales et tempérées. Ce sont elles qui nettoient l'atmosphère. Ces forêts [boréales et tempérées] absorbent plus de carbone qu’elles n’en rejettent.

Jean-Pierre Wigneron

On pense que le stock de carbone (la biomasse) des forêts boréales augmente et c'est lui qui nettoie l’atmosphère. En ce sens, l’Amazonie ne serait pas le premier poumon de la planète, ajoute M. Wigneron.

Il reste que cette capacité d’entreposage du carbone fait de l'Amazonie l’un des principaux stabilisateurs climatiques de la Terre. Sans cette capacité, les températures pourraient augmenter, et le cycle du réchauffement, s’amplifier.

Image satellite montrant du phytoplancton au large des côtes de la Nouvelle-Zélande.

Du phytoplancton au large des côtes de la Nouvelle-Zélande.

Photo : NASA/Robert Simmon et Jesse Allen

En conclusion, si le titre de poumon de la Terre devait être décerné à une entité géographique en particulier, les océans le mériteraient beaucoup plus que l’Amazonie.

Une biodiversité unique menacée

Un membre de la tribu des Dessana.

Un membre de la tribu des Dessana qui peuple l'Amazonie.

Photo : iStock / Rodolpho Reis

Les conséquences de ces feux de forêt en Amazonie sur la diversité ne sont pas moins désastreuses, tant sur les plans écologique et environnemental que sur les plans social et culturel.

Près de trois millions d'Autochtones peuplent l’Amazonie au sein de 420 tribus, dont une soixantaine vivent dans un isolement total, montrent les chiffres de l’Organisation du traité de coopération amazonienne, un groupe de huit pays ayant en commun la forêt amazonienne.

Pas moins de 86 langues et 650 dialectes y sont parlés.

Gros plan sur la tête d'un jaguar.

Les forêts de l’Amazonie sont l’un des derniers refuges du jaguar (Panthera onca).

Photo : iStock / tane-mahuta

La région, dont la biodiversité est unique au monde, compte quelque 30 000 espèces de plantes, 2500 espèces de poissons, 1500 d’oiseaux, 500 de mammifères, 550 de reptiles et 2,5 millions d’insectes.

Depuis 1999, pas moins de 2200 espèces de plantes ou d'animaux y ont été découvertes.

Par comparaison, la forêt boréale abrite environ 20 000 espèces végétales et animales.

Avec les informations de Agence France-Presse

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