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Hong Kong : coup de filet dans le camp prodémocratie

Le reportage de Mathieu Prost

Photo : Reuters / Tyrone Siu

Radio-Canada

Plusieurs figures du mouvement prodémocratie hongkongais ont été arrêtées vendredi, alimentant les soupçons que le gouvernement chinois cherche à museler l'opposition. Selon Reuters, une tentative de la cheffe de l'exécutif hongkongais pour calmer le jeu a été rejetée par Pékin.

Joshua Wong et Agnes Chow, âgés de 22 ans et très populaires au sein de la contestation actuelle, ont été arrêtés à l'aube pour avoir organisé un rassemblement interdit devant le siège de la police de Hong Kong le 21 juin.

Inculpés dans l'après-midi, ils ont finalement été libérés sous caution dans l'attente de leur prochaine audience, fixée le 8 novembre.

Nous poursuivrons le combat, nous ne nous rendrons pas, a promis M. Wong, qui a déjà passé cinq semaines en détention plus tôt cette année pour outrage au tribunal.

Tout ce que nous demandons aux gouvernements de Pékin et de Hong Kong, c'est de retirer le projet de loi d'extradition [à l'origine de la contestation, NDLR], de mettre fin aux brutalités policières et d'entendre notre demande d'élections libres.

Joshua Wong, militant prodémocratie

Un peu plus tôt, Andy Chan, fondateur du Parti national de Hong Kong (HKNP), petite formation indépendantiste interdite par les autorités en 2018, a aussi été arrêté à l'aéroport de l'endroit. Il est soupçonné d'avoir participé à des émeutes et à des violences contre la police.

Un quatrième manifestant prodémocratie, Rick Hui, un membre du conseil du quartier populaire de Sha Tin, a également été arrêté vendredi, de même que l'ancienne leader étudiante Althea Suen.

Et pour la première fois depuis le début de la mobilisation, en juin, un député, Cheng Chung-tai, a été arrêté, selon son parti, Passion civique.

La police, qui ne l'a identifié que sous le nom de Cheng, affirme qu'il est soupçonné de complot en vue de provoquer des dégâts criminels, en lien avec le sac du parlement en juillet.

Plus de 900 personnes ont été interpellées depuis le début de la contestation dans la région semi-autonome chinoise, née du rejet d'un projet de loi qui devait autoriser les extraditions vers la Chine.

Des hommes debout se cachent un oeil avec la main droite. L'un d'eux tient une affiche saluant l'engagement des Royal Rifles of Canada dans la bataille pour Hong Kong.

Des manifestants se sont rassemblés vendredi soir à Hong Kong pour souligner le 74e anniversaire de la libération du territoire, alors britannique. Plus tôt dans le conflit, des régiments canadiens avaient participé à la bataille de Hong Kong, menée contre l'armée japonaise impériale. Plusieurs participants se cachent un oeil en solidarité avec une manifestante prodémocratie qui a été blessée à un oeil lors d'une précédente manifestation.

Photo : Getty Images / Chris McGrath

Le mouvement a depuis élargi ses revendications pour dénoncer plus largement un recul des libertés et l'ingérence grandissante de Pékin dans les affaires de Hong Kong, en violation du principe un pays, deux systèmes qui avait présidé à sa rétrocession à la Chine en 1997.

La contestation, marquée par des manifestations et des actions quasi quotidiennes qui ont parfois dégénéré, constitue un défi sans précédent pour le président chinois Xi Jinping depuis son arrivée au pouvoir, en 2012.

Amnistie internationale a condamné les arrestations de M. Wong et de Mme Chow, les qualifiant de scandaleuses attaques contre la liberté d'expression et de réunion et de tactiques visant à semer la peur tout droit sorties des manuels chinois.

Pékin aurait rejeté une tentative de calmer le jeu

Selon Reuters, la cheffe de l'exécutif hongkongais, Carrie Lam, a récemment demandé à Pékin de considérer la possibilité de poser des gestes afin d'apaiser la grogne populaire, mais en vain.

Citant trois sources ayant une connaissance directe des faits, l'agence de presse indique que Mme Lam a présenté au gouvernement chinois un rapport évaluant l'opportunité de répondre aux cinq demandes principales des protestataires.

Elle aurait notamment plaidé que le retrait du projet de loi autorisant les extraditions aurait contribué à faire baisser la tension. Mme Lam a déjà dit que le projet était mort, mais a soigneusement évité d'utiliser le mot retrait, ce qui nécessite une procédure législative particulière à Hong Kong.

Pékin a refusé cette requête et lui a ordonné de ne céder à aucune demande des protestataires, selon les sources de Reuters.

La tenue d'une enquête indépendante sur la gestion des manifestations, l'abandon par les autorités du terme émeute pour les décrire et des accusations portées contre des participants étaient aussi au nombre des demandes des protestataires soumis à la réflexion du gouvernement chinois.

La tenue d'élections libres et démocratiques était la cinquième demande étudiée dans le rapport de Mme Lam.

Plusieurs manifestants défilent avec des parapluies noirs sur lesquels on peut lire des slogans. Plusieurs brandissent aussi des pancartes.

Des exilés tibétains manifestent en soutien au mouvement de contestation à Hong Kong, vendredi, à New Delhi, en Inde

Photo : Reuters / Adnan Abidi

Un rassemblement annulé

Les arrestations de leaders de la contestation sont survenues à la veille d'un nouveau rassemblement massif prévu samedi pour souligner le cinquième anniversaire du refus par Pékin d'organiser des élections au suffrage universel à Hong Kong.

Cette décision avait déclenché le Mouvement des parapluies de 2014, caractérisé par 79 jours d'occupation du cœur financier et politique de Hong Kong.

Après la confirmation de l'interdiction de ce rassemblement par la police, les organisateurs ont retiré vendredi leur appel à manifester pour ne pas jeter d'huile sur le feu.

Paradoxalement, la manifestation de samedi avait été convoquée par le Front civil des droits de l'homme (FCDH), une organisation non violente à l'origine des plus grands rassemblements de ces derniers mois.

Elle a notamment été derrière l'événement du 18 août, qui a réuni 1,7 million de personnes selon les organisateurs, sans aucun débordement.

Dans une lettre au FCDH, la police a justifié sa décision d'interdire la manifestation en avançant que certains participants commettent des violences ou des actes de destruction.

Le Front ayant été débouté dans son recours contre l'interdiction, une de ses responsables, Bonnie Leung, a dit qu'il n'avait pas d'autres options que d'annuler la manifestation.

Mais d'autres initiatives s'apprêtent à voir le jour pour remplacer la manifestation, certains militants prodémocratie proposant un match de soccer, une sortie de magasinage de masse ou encore un rassemblement religieux impromptu...

Il est probable que l'appel à la mesure du FCDH ne soit pas entendu par la frange la plus radicale, composée majoritairement d'étudiants très jeunes. Et le risque de nouvelles violences est bien réel.

La police croit qu'il y a des leaders dans le mouvement et que sa décision d'interdire la manifestation va nous arrêter, a confié à l'AFP sous couvert de l'anonymat une manifestante se faisant appeler Kelly.

Nous sommes nos propres chefs et nous continuerons de sortir. C'est ce que le gouvernement ne comprend pas, a-t-elle déclaré.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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