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Des Albertains inquiets du trop grand usage des pesticides

Des bouteilles de Roundup déposés sur du gazon et entourées de pissenlits.

L’herbicide Roundup de Monsanto, qui a été racheté en 2017 par Bayer

Photo : Getty Images / Scott Olson

Radio-Canada

L'Alberta devrait-elle bannir l’usage des pesticides à des fins esthétiques? C’est ce que demandent des citoyens et des médecins inquiets de l’impact de ces produits sur la santé humaine.

Pour Robin McLeod, la porte-parole du groupe Coalition for a Healthy Calgary, il est plus que temps que la province ou la ville impose des règles plus strictes sur l’usage des pesticides.

Ce qui m’inquiète le plus c’est que ces produits sont parfois utilisés pour des raisons purement esthétiques, alors qu’ils sont mauvais pour la santé et l’environnement, dit celle qui milite pour une interdiction depuis de nombreuses années.

Robin McLeod durant une entrevue dans un parc de Calgary.

Robin McLeod est inquiète de l'usage des pesticides à usage cosmétique à Calgary.

Photo : Radio-Canada

Pourquoi utiliser de tels poisons s’ils ne sont pas nécessaires?

Robin McLeod, résidente de Calgary

Cancérigène probable

Le Centre international de recherche sur le cancer de l'Organisation mondiale de la santé juge que le glyphosate est un « cancérigène probable ». Ce produit fait aussi l'objet de vifs débats en Europe, où certains pays ont décidé d'en interdire l'utilisation.

Pourtant, à Calgary, le glyphosate est un des herbicides utilisés régulièrement pour contrôler les espèces indésirables sur les 13 000 hectares de terrains que la Ville possède.

Chris Manderson pendant une entrevue.

Chris Manderson, responsable de la gestion des aires naturelles urbaines pour la Ville de Calgary.

Photo : Radio-Canada

« Nous utilisons une variété d’herbicides pour nous attaquer à des plantes comme le chardon des champs par exemple qui sont très difficiles à contenir. Souvent les herbicides sont les meilleurs outils pour s’en débarrasser », fait valoir Chris Manderson, le responsable de la gestion des aires naturelles urbaines pour la Ville de Calgary.

Des chèvres dans un parc de Calgary.

Des chèvres sont utilisées pour contrôler les mauvaises herbes à Calgary.

Photo : Radio-Canada / Anis Heydari

« Par contre, nous utilisons aussi d’autres méthodes comme des chèvres, nous arrachons des plantes à la main et nous passons les tondeuses régulièrement, mais ces solutions de rechange ne fonctionnent pas tout le temps et les herbicides sont des outils très utiles », ajoute Chris Manderson, qui note aussi que les alternatives coûtent parfois plus cher.

« Même si nous interdisons les pesticides à Calgary, les gens pourraient quand même les acheter et nous ne pourrions pas vérifier que les gens ne les appliquent pas. Pour cette raison, la Ville a jugé qu’un règlement interdisant l’usage de pesticides ne serait pas un règlement efficace sans une loi provinciale », ajoute Chris Manderson. 

Un plant d'herbe à poux.

Un plant d'herbe à poux.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Fortier

Pas de loi provinciale

Contrairement à l’Ontario ou au Québec, en Alberta il n’existe pas de loi provinciale restreignant l’usage de pesticides à des fins esthétiques. La province impose même aux municipalités de contrôler certaines espèces envahissantes.

Les lois en Ontario et au Québec sont nées après que plusieurs municipalités aient mis en place des règlements sur la question, indique Jess Sinclair, porte-parole du ministère de l'Environnement par courriel.

L'interdiction de la vente ou de l'usage de pesticides n'a pas été identifiée comme un enjeu et le gouvernement ne juge pas qu'il faille une loi restreignant leur usage. Nous allons continuer de nous fier aux homologations de ces produits par Santé Canada, ajoute Jess Sinclair.

Deux garçons jouent au soccer sur un terrain à Calgary.

Calgary utilise des herbicides pour contrôler les mauvaises herbes sur les terrains de soccer de la ville.

Photo : Radio-Canada

Le processus d'homologation mis en doute

À Calgary, les herbicides sont utilisés dans les zones très fréquentées comme Prince’s Island ou le parc Riley, sur les terrains de golf et sur les terrains de soccer où jouent régulièrement de jeunes enfants.

Cet aspect inquiète particulièrement le médecin Jean Zigby, de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement.

Ces produits sont particulièrement toxiques pour les enfants, surtout les plus jeunes et ceux qui sont prédisposés, dit Jean Zigby.

Le médecin et porte-parole de l'Association canadienne des médecins pour l’environnement, Jean Zigby.

Le médecin Jean Zigby est préoccupé que l'Alberta n'ait pas de règles plus strictes encadrant l'usage des pesticides.

Photo : Association canadienne des médecins pour l’environnement

On est déçu du niveau de protection de la population en Alberta et on aimerait que les politiciens à tous les niveaux prennent au sérieux les risques à la population, dit Jean Zigby.

Pulvérisation d'herbicide dans un champs de plantes de couverture.

Le glyphosate est l’herbicide numéro 1 au Canada et dans le monde.

Photo : Radio-Canada

Son association demande des lois limitant l’utilisation et l’exposition aux pesticides à des fins cosmétiques et dans le monde agricole.

Les pesticides sont liés à beaucoup, beaucoup de maladies. Le problème, c’est que comme ce sont des poisons, on ne peut pas les tester sur les humains en laboratoire. Malgré cela, nos populations sont des cobayes

Jean Zigby, médecin et porte-parole de l'Association canadienne des médecins pour l'environnement

Les gens exposés sont plus à risques d’avortement spontané, d’avoir des problèmes neurologiques et des cancers, précise le médecin.

Même si ces produits sont approuvés par Santé Canada, le médecin met en doute la rigueur du processus d’homologation. Selon lui, le processus actuel dépend trop des études venant de l’industrie et fait une analyse partielle des produits.

Ils demandent seulement aux compagnies de tester l’ingrédient actif, mais les produits que vous trouvez sur le marché contiennent des dizaines d’ingrédients chimiques mélangés et ils ne demandent pas d’études sur les effets combinés, affirme Jean Zigby qui déplore également que Santé Canada n’exige pas d’études sur l’effet à long terme de l’exposition à ces produits.

Santé Canada n'a pas pu voulu faire d'entrevues sur la question. Sur leur site web, l'organisme précise que :Les titulaires doivent fournir à Santé Canada les renseignements de tous les composés d'un pesticide, y compris les matières actives et les ingrédients de formulation. Ces derniers sont évalués lors du processus d'évaluation.

Une tondeuse à gazon

Une tondeuse à gazon

Photo : iStock

Des solutions naturelles

Robin McLeod rappelle que des options plus naturelles existent pour utiliser moins de pesticides, comme de laisser pousser le gazon plus longtemps, privilégier les plantes indigènes à la région et d’ajouter des fertilisants naturels au printemps et à l’automne.

Par exemple, le gazon que l’on trouve le plus à Calgary est du Kentucky bluegrass, qui est totalement inadapté pour notre climat, où il y a des épisodes de sécheresse en été. Les racines sont petites, donc il brunit ou meurt vite s’il n’est pas entretenu. Il faut du gazon avec des racines beaucoup plus longues, qui est indigène, cela va lui permettre de bien mieux supporter les sécheresses dit-elle.

Depuis 2015, la Ville d'Edmonton a mis en place une restriction de l'usage des pesticides sur son territoire.

Faune et flore

Environnement