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Colombie : d'anciens chefs des FARC reprennent les armes

Capture d'écran d'une vidéo diffiusée sur YouTube montrant Ivan Marquez, au centre, et Jesus Santrich (verres fumés) annonçant qu'ils reprennent la lutte armée en Colombie.

Capture d'écran d'une vidéo diffiusée sur YouTube montrant Ivan Marquez, au centre, et Jesus Santrich (verres fumés) annonçant qu'ils reprennent la lutte armée en Colombie.

Photo : AFP/Getty Images / -

Agence France-Presse

D'ex-chefs de la guérilla des FARC, qui se sont marginalisés du processus de paix en Colombie, ont réapparu jeudi en treillis et munis de fusils pour annoncer la reprise de la lutte armée, dénonçant « la trahison » par l'État du pacte de 2016.

Nous annonçons au monde qu'a commencé le deuxième Marquetalia [berceau de la rébellion marxiste en 1964, NDLR] au nom du droit universel des peuples à se lever en armes face à l'oppression, affirme l'ex-numéro deux des FARC, Ivan Marquez, dans une vidéo de 32 minutes diffusée sur YouTube.

En réaction, la Juridiction spéciale de paix (JEP), chargée de juger les crimes commis pendant la confrontation armée, a donné l'ordre d'arrêter ces anciens chefs rebelles. L'instance, qui peut décider d'autres peines que celles de prison pour ceux qui contribuent à la vérité, dédommagent les victimes et renoncent à la violence, avait enclenché plus tôt dans la journée la procédure qui pourrait aboutir à l'expulsion du processus des ex-guérilleros qui ont annoncé leur retour aux armes.

Le président Ivan Duque, qui a tenté de modifier l'accord de paix selon lui trop laxiste envers les anciens guérilleros, a réagi en annonçant une offensive contre ce qu'il a appelé une bande de narco-terroristes qui bénéfice de l'appui et de l'hébergement de la dictature de Nicolas Maduro au Venezuela voisin.

J'ai ordonné la création d'une unité spéciale afin de poursuivre ces criminels avec des capacités renforcées de renseignement, d'enquête et de mobilité sur tout le territoire colombien.

Ivan Duque, président de la Colombie

Il a promis 880 000 dollars de récompense pour la capture de chacun des dissidents apparus dans la vidéo.

Ivan Marquez y figure avec d'autres anciens chefs rebelles, également retournés à la clandestinité, dont son bras droit Jesus Santrich. Ils sont entourés de 17 hommes et femmes équipés de fusils, devant le sigle FARC-EP (Forces armées révolutionnaires de Colombie – Armée du peuple).

Il y annonce la poursuite des opérations de guérilla en réponse à la trahison par l'État des accords de paix de La Havane, qui ont permis le désarmement de quelque 7000 combattants des FARC, transformées depuis en parti politique sous le nom de Force alternative révolutionnaire commune.

L'ONU condamne « un groupe réduit d'ex-combattants »

L'ONU, qui supervise l'application du pacte, a condamné cette annonce, mais a souligné qu'il s'agissait d'un groupe réduit d'ex-combattants et que l'immense majorité des hommes et des femmes de l'ex-guérilla continuaient d'être engagés en faveur de la paix.

Il s'agit cependant d'un revers pour le processus de paix et pour M. Duque, par ailleurs déterminé à évincer du pouvoir son homologue vénézuélien Nicolas Maduro, qui avait déclaré à la fin de juillet qu'Ivan Marquez et Jesus Santrich étaient bienvenus au Venezuela voisin.

Le haut commissaire du gouvernement pour la paix, Miguel Ceballos, avait précédemment qualifié l'annonce de très préoccupante, mais pas surprenante.

Malheureusement, ces personnes avaient, par leur comportement, déjà clairement exprimé qu'elles tournaient le dos à l'accord de paix.

Miguel Ceballos

Par la voix d'Elliott Abrams, représentant spécial de la diplomatie américaine pour le Venezuela, les États-Unis ont exprimé de leur côté leur grande inquiétude au sujet du soutien, selon eux, du régime vénézuélien aux groupes armés colombiens. Un soutien démenti par le président de l'Assemblée constituante et incontournable du système chaviste, Diosdado Cabello, se désolant profondément de ce qui se passait en Colombie.

Considéré comme le leader de la ligne dure des FARC, Ivan Marquez était le chef de la délégation des rebelles aux négociations de paix.

Outre Jesus Santrich, recherché pour trafic de drogue présumé et passé à la clandestinité il y a trois mois, apparaît aussi l'ex-commandant Hernan Dario Velasquez, alias El Paisa.

La vidéo est hébergée sur le portail web FARC-ep.info (Nouvelle fenêtre) localisé au Venezuela, dans l'État d'Anzoategui (est), selon la base de données de la Corporation d'Internet pour l'assignation des noms et des numéros où il a été enregistré le 12 août 2019, a vérifié l'AFP.

Le chef de l'opposition vénézuélienne Juan Guaido, reconnu en tant que président par intérim par une cinquantaine de pays, dont la Colombie et les États-Unis, a dénoncé l'utilisation par ces ex-chefs des FARC du territoire vénézuélien comme base arrière pour proférer leurs « menaces ».

Alliance avec l'ELN

Ivan Marquez a précisé que le nouveau groupe coordonnerait ses efforts avec la guérilla de l'ELN.

Dernière guérilla active en Colombie, l'Armée de libération nationale (ELN) s'est renforcée ces dernières années. Uriel, commandant de son Front de guerre occidental, a salué jeudi l'annonce des ex-chefs FARC.  

Des pourparlers de paix, entamés en 2017, ont été enterrés par le gouvernement actuel, à la suite notamment d'un attentat contre l'école de police de Bogota, revendiqué par l'ELN et qui a fait 22 morts en janvier dernier.

Le chef du parti FARC, Rodrigo Londoño, alias Timochenko, a dénoncé un « coup bas », mais estimé que la grande majorité des gens restent dans le processus de paix.

Dans le même sens, l'ex-président Santos considère sur Twitter que 90 % des FARC restent dans le processus de paix et appelle à réprimer les déserteurs.

Processus de paix aux « soins intensifs »

Pour Michael Shifter, un expert du centre de recherche Dialogue Inter-américain établi à Washington, l'annonce est un coup et un revers terribles pour la Colombie. Le processus de paix n'est pas mort, mais il est en soins intensifs, a-t-il dit à l'AFP.

Ivan Marquez a pris ses distances à la mi-2018, reprochant déjà à l'État de ne pas tenir ses engagements, à la suite des démêlés judiciaires de Jesus Santrich, accusé par les États-Unis d'être impliqué dans une affaire d'expédition de cocaïne après l'accord.

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