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Infrastructures : des municipalités rurales « délaissées » par la province?

Le préfêt de la municipalité de Montcalm, Paul Gilmore, s'inquiète de ne pas avoir reçu de réponse de la province pour le remboursement des frais de réparations d'une route qui avait été détruite par les inondations printanières.

Photo : Radio-Canada / Chloé Dioré de Périgny

Chloé Dioré de Périgny

Pendant que la campagne éléctorale bat son plein, la Municipalité rurale de Montcalm attend toujours des fonds de la province pour la réparation d'une route détruite par les inondations, à la fin du mois d'avril. Les villes rurales ont-elles été oubliées par le gouvernement Pallister?

On se sent un peu délaissé de ne pas savoir ce qu’il se passe, peut-être qu’ils nous trouvent trop petits [pour prendre le temps de nous répondre], dit le préfet de la Municipalité rurale de Montcalm, Paul Gilmore.

Tous les ans, la Municipalité rurale de Montcalm subit les dégâts des inondations et reçoit de l’aide pour réparer des routes, grâce au Programme d'aide financière à la suite de catastrophes. Cette année, sa demande est toujours en attente.

En général, tout de suite après l’inondation, ces demandes-là sont approuvées, mais cette année, on est en suspens. On n’a aucune idée si on va être approuvé ou non, déclare Paul Gilmore.

La route provinciale 217 à l'est de Saint-Jean-Baptiste recouverte d'eau par endroits.

Au 24 avril 2019, plusieurs tronçons de la route provinciale 217 à l'est de Saint-Jean-Baptiste étaient encore sous l'eau.

Photo : Paul Sabourin

À la fin du mois d'avril, le chemin près du croisement des routes provinciales 217 et 246, à Saint-Jean-Baptiste, a été submergé à cause du débordement de la rivière Roseau.

Treize familles résidant sur ce tronçon de route avaient été évacuées. Elles ont attendu près de trois semaines que la route soit remise en état pour pouvoir retourner chez elles.

Les frais déboursés pour réparer cette route s’élèvent à 1 million de dollars, une part importante du budget annuel de la Municipalité, qui est d'environ 4,5 millions de dollars.

D'autres routes ont aussi nécessité un déboursement de 0,5 million de dollars supplémentaires. La demande de remboursement au programme d’aide a été déposée au mois de mai.

Pour eux, 1,5 million de dollars, ce n'est pas grand-chose, mais pour nous, c'est très important.

Paul Gilmore, préfet de la Municipalité rurale de Montcalm

Le préfet espère que la route restera en bon état jusqu'aux prochaines inondations. Les camions et tracteurs se succèdent sur ce tronçon qui manque de solidité, selon lui.

Il y a eu des gros trous, on les a simplement remplis avec du sable et des roches, ce n’est pas permanent. Le danger, c’est que ça va être trop mou s’il y a beaucoup de pluie, explique Paul Gilmore.

Si on n’a pas de solution permanente, je pense qu’on va essayer de rendre le chemin au moins praticable pour les autobus scolaires, dit Paul Gilmore.

Une route de gravier entre deux champs.

Presque tous les ans, cette route près du croisement des routes provinciales 217 et 246 subit des dégâts à cause des inondations printanières. Elle est remise en état pour être praticable, mais le préfet de Montcalm aimerait qu'elle soit réparée de façon durable.

Photo : Radio-Canada / Chloé Dioré de Périgny

Les autres années, explique le préfet, la province acceptait la demande de Montcalm en quelques semaines et transigeait ensuite avec le fédéral pour le partage des fonds du Programme d'aide financière à la suite de catastrophes.

On est dans les limbes, on ne sait pas ce qui va se passer. On ne fait plus de projets, on attend, parce que, si on n’a pas ce financement-là, il va falloir qu’on les laisse tomber, dit M. Gilmore.

Les municipalités oubliées?

Ces incertitudes quant au financement provincial sont les mêmes dans toutes les municipalités, qu’elles soient rurales ou urbaines, assure Joe Masi, directeur de l’Association des municipalités du Manitoba.

Nous avons tous le même problème : gérer la croissance des municipalités et s’assurer que les infrastructures suivent.

Joe Masi, directeur de l’Association des municipalités du Manitoba

Les gouvernements municipaux ont à leur charge 60 % des infrastructures, mais récupèrent moins des 10 % des taxes collectées pour les maintenir en état, dit-il.

Depuis trois ans, le gouvernement Pallister a gelé les fonds annuels destinés aux municipalités.

Selon l’ancien maire de Steinbach, Chris Goertzen, les villes dont la croissance stagne, comme c'est le cas notamment dans le sud-ouest du Manitoba, sont particulièrement touchées par cette mesure.

C’est toujours plus difficile dans les coins stables à cause de l’inflation, car il y a de moins en moins d’argent chaque année, explique-t-il.

Un homme en costume sourit dans les rayons d'une épicerie.

Selon l'ancien maire de Steinbach, Chris Goertzen, les municipalités en croissance trouvent plus facilement des fonds pour offrir des services à leur population, mais la situation reste difficile pour celles qui stagnent.

Photo : Radio-Canada / Chloé Dioré de Périgny

Si les villes en développement continuent à trouver des fonds, Joe Masi soutient que leurs besoins en termes d'infrastructures sont aussi en augmentation.

Entre 2011 et 2016, la population de Sainte-Anne a augmenté de 30 %, selon un recensement de 2016 de Statistique Canada. La ville de Steinbach et les municipalités rurales de Ritchot et La Broquerie ont également connu une hausse de population notable, soit 17 %, 22 % et 16 % respectivement, pendant la même période.

Les entreprises frappent à nos portes, comme à Portage-la-Prairie, mais cela nécessite d'avoir un acheminement d'eau, des autoroutes, etc.

Joe Masi, directeur de l'Association des municipalités du Manitoba

Portage-La-Prairie est par ailleurs engagée dans un projet de plus de 400 millions de dollars avec l'entreprise française Roquette, pour la construction de la plus grande usine de transformation de pois du monde.

Des recommandations électorales

Devant le gel budgétaire du gouvernement Pallister, le représentant des municipalités sollicite tous les partis politiques pour l'obtention de « fonds prévisibles et stables à long terme ».

Joe Masi propose une solution : que les villes aient un remboursement sur la taxe de vente provinciale de 7 %, comme c'est le cas pour la Taxe sur les produits et services (TPS) au niveau fédéral.

Ainsi, 25 millions de dollars pourraient être retournés aux municipalités [annuellement], dit-il.

Photo d'un homme qui porte des lunettes dans une rue résidentielle.

Les municipalités contribuent à une part importante de la croissance de la province et devraient avoir des fonds en conséquence pour réaliser leurs projets, dit le directeur de l'Association des municipalités du Manitoba, Joe Masi.

Photo : Radio-Canada / Daniel Gagné

Si on continue à avoir des coupures, les municipalités vont devoir réduire les fonds sur les infrastructures et les services, et cela va avoir un impact sur les communautés, prévient Joe Masi.

Les conséquences se verront surtout à long terme, explique Chris Goertzen, qui estime qu'elles pourraient avoir un impact direct sur la population.

La réalité, c'est qu'une municipalité a besoin d'argent et si elle n’en a pas du gouvernement, elle va devoir en trouver ailleurs, dans les poches des citoyens.

Chris Goertzen, ancien maire de Steinbach

En outre, Joe Masi explique que cela pourrait signifier davantage de taxes sur les habitations et les commerces, et moins de fonds pour les services de police.

Nous demandons un juste équilibre pour pouvoir faire davantage pour nos citoyens, résume Joe Masi.

Notre dossier sur les élections provinciales 2019 au Manitoba

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