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Avortement : « Je ne vais pas rouvrir le débat », assure Andrew Scheer

Le chef conservateur accuse les libéraux de soulever des enjeux qui divisent pour faire oublier leur bilan.

Le reportage de Louis Blouin

Photo : Radio-Canada

Sophie-Hélène Lebeuf

Prenant la parole pour la première fois depuis la controverse entourant une éventuelle tentative d'élus conservateurs de rouvrir le débat sur l'avortement, en début de semaine, le chef de la formation, Andrew Scheer, a accusé les libéraux de soulever des enjeux qui divisent.

Critiqué à répétition par le Parti libéral pour la confusion entourant ses intentions au cours des derniers jours, le chef conservateur est passé à l'attaque, reprochant au premier ministre Justin Trudeau de soulever des enjeux sociaux qui divisent dans le but de distraire les Canadiens de son bilan.

Il ne peut pas défendre toutes ses fausses promesses, ses déficits massifs, ses hausses d'impôts et ses scandales d’éthique. C'est pour ça qu'il ramène des enjeux sociaux conflictuels, pour tenter de détourner l'attention de ses échecs sans fin, a-t-il lancé au cours d'un point de presse à Toronto.

Affirmant que sa position avait toujours été claire, il a répété à plusieurs reprises que sa formation ne rouvrirait pas ce débat si elle prenait le pouvoir. Les Canadiens peuvent avoir confiance, a assuré M. Scheer, un catholique personnellement opposé à l'avortement.

L'attention du caucus conservateur se portera sur les enjeux qui nous unissent, a-t-il affirmé.

Je ne vais pas rouvrir le débat. Je vais m'opposer aux mesures ou aux tentatives visant à rouvrir ce dossier.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur

Accusant au passage les libéraux de mettre de l'avant des scénarios hypothétiques, M. Scheer a cependant confirmé que ses députés auraient le droit de déposer des motions ou des projets de loi dits d'initiative parlementaire. Les députés ont le droit de s'exprimer sur les questions de conscience, a-t-il soutenu.

C'est l'approche que privilégiait l'ex-premier ministre Stephen Harper. Sous son gouvernement, des projets de loi ont été déposés par des députés conservateurs d'arrière-ban, touchant notamment au statut juridique du fœtus. Soumis à un vote libre par le chef conservateur, ils n'ont pas été adoptés, en raison de l'opposition des membres du gouvernement.

Rien n'a changé pour notre parti. C'est la même chose aujourd'hui que c'était sous l'ancien gouvernement conservateur, a d'ailleurs fait valoir M. Scheer.

Interrogé sur le mariage entre conjoints de même sexe, M. Scheer a été plus clair. Cet enjeu a été réglé il y a longtemps, a-t-il dit. C'était une question ouverte, et tous les députés de tous les partis avaient tous des positions différentes là-dessus. Aujourd'hui, c'est une loi, et je vais toujours faire respecter cette loi.

La semaine dernière, les libéraux ont aussi ressorti une vidéo vieille de 14 ans dans laquelle Andrew Scheer, alors simple député, expliquait à la Chambre des communes son opposition au mariage gai.

Un vote libre qui s'étendrait aux ministres?

Alors que le chef conservateur n'a pas précisé si les membres d'un Conseil des ministres conservateur voteraient cette fois-ci selon leur conscience, son bureau a indiqué dans un courriel envoyé au Globe and Mail que M. Scheer s'attendrait certainement à ce que le Cabinet appuie la position du gouvernement.

Jeudi, les libéraux ont pourtant déterré une vidéo montrant le porte-parole de l'organisation anti-avortement RightNow, Scott Hayward, affirmer que M. Scheer lui a promis la tenue d'un vote libre non seulement pour ses députés, mais aussi pour les ministres conservateurs.

Notre but, à RightNow et pour le mouvement, est, lors des prochains cycles électoraux, de construire cette majorité pro-vie que nous connaissons sous le leadership d'Andrew Scheer avec le Parti conservateur du Canada, dit M. Hayward dans cette vidéo.

Lors de la course à la direction, en 2017, M. Scheer s'est targué d'avoir lui-même toujours voté en faveur des projets de loi pro-vie. Il avait remporté la course à l'investiture conservatrice grâce, entre autres, aux appuis de la droite religieuse et des groupes anti-avortement.

La sortie de M. Scheer laisse la responsable des relations avec le gouvernement pour la Coalition nationale pour la vie, Hanna Kepka, insatisfaite.

Nous sommes déçus de sa position parce qu'elle est ambiguë, a-t-elle dit en entrevue à Radio-Canada. Nous nous attendrions à ce qu'il déclare : "Oui, je suis pour la liberté d'expression, je reconnais les différents points de vue chez les électeurs canadiens et je leur permettrais de débattre de ces points de vue dans le Parlement du pays".

Notre dossier Élections Canada 2019

Un os que les libéraux ne veulent pas lâcher

De passage en Colombie-Britannique, le chef libéral est revenu à la charge, affirmant que tout candidat de sa formation se devait de défendre les droits des femmes et leur libre choix. Justin Trudeau a de plus accusé les conservateurs d'adopter un double discours, selon l'électorat qu'ils courtisaient.

J'encourage le chef conservateur à être aussi clair que ça et je l'encourage aussi à dire la même chose en français aux Québécois qu'il dit en anglais au reste du Canada.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

C'est un élément de base pour quiconque veut devenir premier ministre, a soutenu M. Trudeau.

En entrevue à Radio-Canada, la députée néo-démocrate Ruth Ellen Brosseau a accusé M. Scheer d'être hypocrite. Il dit [que] comme gouvernement, il ne veut pas rouvrir le débat sur l'accès à l'avortement, mais il va permettre aux députés d'arrière-ban de le faire. Donc, il va faire ça par la porte d'en arrière, a-t-elle déclaré.

Retour sur la controverse

La controverse a éclaté lundi dernier lorsque Sylvie Fréchette, candidate conservatrice dans la circonscription de Rivière-du-Nord, dans les Laurentides, a nié avec véhémence, au micro de l'émission de radio matinale de Radio-Canada Tout un matin, que les députés d'arrière-ban pourraient présenter des projets de loi ou motions qui touchent à l'accès à l'avortement.

Je peux vous confirmer que c'est faux. C'est faux, c'est totalement faux, a alors soutenu Mme Fréchette.

Dans une entrevue publiée dans le Journal de Montréal, samedi dernier, le lieutenant du chef conservateur pour le Québec, Alain Rayes, avait affiché la même fermeté. Andrew Scheer a confirmé qu’il ne permettrait pas à l’un de ses députés de présenter un projet de loi anti-avortement, avait-il déclaré.

Or, dans un courriel envoyé au HuffPost Canada, lundi, il a admis ne pas avoir présenté la bonne position de son parti sur cette question. Si j'ai eu une interprétation différente [des propos du chef], c'est mon erreur, et les propos du chef prévalent. Je suis désolé pour toute confusion, a-t-il dit.

Puis, mercredi, M. Rayes a admis en entrevue à l'émission Midi info que si un député conservateur voulait soumettre un projet de loi sur l'avortement, il pourrait le faire : Si un député décidait d’aller à contre-courant de son gouvernement, du premier ministre, de ses confrères, et décidait d’utiliser son privilège parlementaire, on ne peut pas l’empêcher.

En juillet, des candidates conservatrices au Québec ont indiqué avoir cherché à obtenir la confirmation que le parti ne rouvrirait pas le débat sur l'avortement avant d'accepter de défendre ses couleurs.

Avec les informations de La Presse canadienne

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