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La majore-générale Jennie Carignan se prépare pour l’Irak, où la menace de Daech ressurgit

La générale Carignan prononçant un discours sur une tribune lors d'une cérémonie militaire.

En juin 2018, Jennie Carignan est devenue la militaire de plus haut rang au Québec en prenant la tête de la 2e division du Canada et de la Force opérationnelle interarmées (Est).

Photo : 2e division du Canada / Cavalier Marc-André Leclerc

Promue au grade de majore-générale il y a près de deux semaines, Jennie Carignan, la militaire de plus haut rang au Québec, s’apprête à s’envoler en novembre pour l’Irak, où elle prendra la tête du commandement de la mission d’entraînement de l’OTAN. En pleine préparation physique et culturelle, elle fait part de ses priorités à Radio-Canada.

Première femme à avoir commandé une unité de combat dans l’histoire des Forces armées canadiennes, Jennie Carignan n’en est pas à sa première mission dans une zone de guerre à l’étranger. Mère de quatre enfants, la cinquantenaire a déjà servi en Bosnie-Herzégovine, sur le plateau du Golan et en Afghanistan, l’ancien fief des talibans.

Mais celle qui commandait jusqu’à tout récemment la 2e Division du Canada et la Force opérationnelle interarmées (Est) – qui est notamment intervenue auprès des sinistrés des inondations au Québec au printemps dernier – ne se fait pas d’illusions :

La grande leçon que j’ai retenue de mes missions précédentes, c’est qu’il ne faut jamais rien prendre pour acquis et ne jamais penser qu’on a déjà tout vu. Il faut garder une certaine modestie face aux situations [nouvelles].

Majore-générale Jennie Carignan
Jennie Carignan en uniforme militaire dans une zone désertique, en Afghanistan, en 2010.

Jennie Carignan a servi dans plusieurs missions à l'étranger, notamment en Afghanistan, en Bosnie et sur le plateau du Golan.

Photo : 2e division du Canada

Renforcer les forces irakiennes

La mission qu’elle dirigera a été mise en place il y a à peine un an par un autre haut gradé canadien, le major-général Dany Fortin, avec pour objectif de former et de renforcer les capacités militaires des forces irakiennes. La générale Carignan chapeautera pendant une année les efforts de près de 600 militaires et conseillers de l’Alliance atlantique, dont 250 soldats canadiens. Son équipe apportera conseils et formation au ministère irakien de la Défense pour ce qui a trait à la lutte contre les bombes artisanales, la coopération avec les civils, la maintenance de véhicules blindés et la médecine militaire, entre autres.

À un mois de son départ, les préparatifs vont bon train. Il y a avant tout l’entraînement militaire de base, appelé NIAC, ou « Normes individuelles d’aptitude au combat » dans le jargon militaire. Il s’agit de revoir « les notions de base que les soldats doivent connaître avant d’être déployés […] comme les premiers soins au combat, le maniement d’armes, les défenses biologiques et radiologiques », explique l’officière canadienne.

Vient ensuite la préparation culturelle et mentale pour « bien comprendre le contexte irakien et le mandat de la mission ».

Il faut bien comprendre la culture et le système de gouvernance irakien parce qu’on va travailler de près avec le ministère de la Défense là-bas et le conseiller à la sécurité nationale. […] Mais je dois dire que mes expériences passées au Moyen-Orient m’ont bien préparée pour ce déploiement.

Jennie Carignan

Une fois sur place, l’une de ses priorités sera de passer du temps sur le terrain avec le commandant Fortin et son équipe pour « m’aider à me faire une vision et de développer mes façons d’opérer là-bas ».

L’autre prérogative sera d’établir de « bonnes relations » avec ses partenaires irakiens et internationaux – issus de 29 nationalités différentes – sur le terrain. « D’après moi, c’est l’un des facteurs clés du succès de cette mission », dit-elle.

La majore-générale Carignan s'adressant à une audience de militaires canadiens dans une caserne.

Jennie Carignan est la première femme à avoir commandé une unité de combat dans l’histoire des Forces armées canadiennes.

Photo : 2e division du Canada

Ayant évolué au cours de sa carrière dans un milieu majoritairement dominé par les hommes, à savoir l’armée, la générale Carignan dit avoir développé son propre style de leadership qu’elle compte appliquer dans son nouveau rôle. « C’est difficile de changer parce que le leadership est basé sur la personnalité et je ne peux pas changer qui je suis en arrivant là-bas », explique-t-elle. C’est d’ailleurs son style qu’elle qualifie d’« ouvert » qui lui a permis d’être sélectionnée, selon elle.

J’ai un style de leadership basé sur le respect des personnes, le respect de la dignité. J’ai tendance à faire confiance à mon équipe, à donner beaucoup de place à l’initiative et à l’erreur aussi. Mais j’exige beaucoup au niveau de la rigueur et de la discipline.

Jennie Carignan

La menace de Daech palpable

Son déploiement intervient d’ailleurs à un moment critique où la crainte d’une résurgence du groupe armé État islamique, Daech, se fait de plus en plus sentir. Bien que le président américain Donald Trump ait annoncé fin 2018 la mort de l’organisation djihadiste en Irak et en Syrie, un récent rapport du Pentagone vient le contredire. Le groupe, fort de 14 000 à 18 000 hommes, dont 3000 étrangers, a renforcé ses capacités insurrectionnelles dans la région, selon le document publié début août.

Avec à son actif un fonds de guerre estimé à près de 400 millions de dollars américains, le groupe terroriste a perpétré plus de 140 attaques rien qu’en Irak, tuant 274 personnes, dont essentiellement des membres des forces irakiennes, selon un décompte révélé la semaine dernière par le New York Times.

Selon le Pentagone, Daech a pu « regrouper et soutenir des opérations » en Irak et en Syrie parce que les forces locales « restent incapables de maintenir des opérations à long terme, de conduire des opérations simultanément ou de garder le territoire qu’elles ont dégagé ».

Le contexte politique tendu dans la région, notamment entre les États-Unis et l’Iran d’un côté, et entre la Turquie et les Kurdes irakiens d’un autre, risque aussi de miner les efforts sur le terrain.

Des soldats irakiens assis sur l'avant d'un véhicule militaire, portant des armes automatiques.

Il y a un an, les États-Unis annonçaient la fin du groupe terroriste Daech en Irak et en Syrie. Sur cette photo, des soldats irakiens paradent dans le nord de la ville de Bassorah.

Photo : Reuters / Essam Al Sudani

La générale Carignan, qui ne souhaite pas s’exprimer sur la situation actuelle en Irak avant la prise en charge de ses nouvelles fonctions, assure toutefois qu’elle est bien au fait des développements politiques et sécuritaires dans le pays. Pour elle, il est important d’être à l’écoute des forces sur le terrain « pour bien comprendre le type de menaces auxquelles elles font face ».

Développer une armée professionnelle exige des années de travail extrêmement rigoureux. N’importe qui peut manipuler un fusil, mais avoir une armée intégrée avec le gouvernement en place et soutenue par la population, ça c’est très difficile.

Jennie Carignan

Selon elle, il faudra attendre avant de pouvoir mesurer le succès de la mission « qui est encore très jeune ». « Les critères de succès sont développés et raffinés au fur et à mesure que la mission avance, assure-t-elle. J’ai très hâte d’arriver sur place pour, on l’espère, faire une petite différence. »

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