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Washington veut assouplir les règles d'émission de méthane des pétrolières

Une colonne de fumée noire s'échappe de la cheminée d'un complexe industriel.

Le gouvernement américain projette de réduire les règles qui régissent les émissions de méthane de l'industrie pétrolière et gazière.

Photo : Getty Images/iStock/rui_noronha

Radio-Canada

L’administration américaine doit annoncer jeudi son intention d’assouplir significativement la réglementation qui limite les émissions de méthane, un des gaz responsables des changements climatiques, des sociétés pétrolières et gazières.

Selon Reuters, qui cite « un responsable du gouvernement », l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) doit déposer jeudi un projet de règlement qui éliminerait les règles qui obligent les producteurs de pétrole et de gaz américains à installer des technologies permettant de détecter et de colmater les fuites de méthane dans leurs installations.

Cette décision de l’administration Trump soulève de vives inquiétudes dans les milieux écologistes et environnementaux dans la mesure où le méthane est l’un des gaz considérés parmi les plus nocifs dans l’atmosphère en matière de changement climatique.

Selon les scientifiques, le méthane, lorsqu’il est libéré dans l’atmosphère, a une capacité de stockage de la chaleur 80 fois supérieure à celle du dioxyde de carbone (CO2), qui est déjà considéré comme l’un des principaux responsables du réchauffement de l’atmosphère terrestre.

En 2016, l’administration du président Barack Obama avait imposé des limites d’émission de méthane aux industries pétrolières et gazières américaines, qui sont les principales responsables de l’émission de ce gaz.

Les règles de l’administration Obama limitaient entre autres les émissions de méthane à partir des installations de fracturation des puits de pétrole et de gaz. Les installations de traitement et de transport des hydrocarbures étaient également soumises à ces règles qui obligent l’industrie à réduire significativement ses émissions de méthane.

Réglementation indirecte

Selon la proposition que s’apprête à déposer l’EPA, les émissions de méthane ne seraient plus réglementées en tant que telles, mais plutôt indirectement. Le méthane serait toujours contrôlé, mais désormais inclus dans une catégorie plus vaste de « composés organiques volatils » à surveiller.

Le méthane représente actuellement environ 10 % des émissions de gaz à effet de serre aux États-Unis, mais demeure l’objet d’une surveillance accrue étant donné son potentiel hautement néfaste sur le réchauffement climatique.

Selon la nouvelle réglementation de l’EPA, un assouplissement des règles entourant les émissions de méthane permettra aux compagnies pétrolières et gazières d’économiser des millions de dollars et des quantités considérables d’énergie.

Cela est extraordinairement nuisible, a pour sa part déclaré la représentante spéciale des Nations unies pour l'énergie durable, Rachel Kyte, au sujet de cette nouvelle initiative de l’administration Trump pour lever les barrières environnementales qui régissent l’industrie énergétique américaine.

Juste au moment où le gouvernement fédéral devrait avoir pour mission d'aider les localités et les États à progresser plus rapidement vers une énergie et une économie plus propres, a déploré Rachel Kyte dans les pages du New York Times.

Plusieurs groupes écologistes et mouvements environnementalistes américains ont également bien l’intention de bloquer cette proposition notamment en attaquant le gouvernement américain et l’EPA en justice si la nouvelle réglementation sur le méthane devait être adoptée telle quelle.

Nous ne pouvons tout simplement pas protéger nos enfants et petits-enfants de la catastrophe climatique si l'EPA laisse cette industrie [pétrolière] libre comme de l’eau de roche, a déclaré à Reuters David Doniger, spécialiste du climat et de l'énergie propre au Natural Resources Defense Council.

Si l'EPA va de l'avant avec cette proposition imprudente et sinistre, nous allons les voir au tribunal.

David Doniger, spécialiste du climat et de l'énergie propre au Natural Resources Defense Council

L'industrie défend les normes sur le méthane

L’industrie pétrolière, qui devrait normalement être ravie d’une telle annonce à venir, se montre au contraire prudente et plutôt favorable au maintien de mécanismes actuels de contrôle serrés des émissions de méthane.

D’importantes pétrolières, dont British Petroleum (BP), ont affirmé préférer la réglementation fédérale actuelle sur le méthane en expliquant qu’une certitude réglementaire claire est préférable à un ensemble disparate de règles qui varient d’un État à un autre et d’un pays à l’autre qui ouvrent la porte à des contestations judiciaires. BP a ajouté qu’elle travaillait déjà activement à limiter ses émissions de méthane.

Plus tôt cette année la présidente de BP America, Susan Dio, a d’ailleurs défendu la réglementation fédérale américaine sur le méthane dans les pages du Houston Chronicle, réglementation qu’elle a qualifiée de « meilleure façon » pour réduire et éliminer les émissions de méthane.

Les nouvelles normes qui seront présentées par l’EPA n'entreront cependant pas immédiatement en vigueur. Le projet devra entre autres être soumis à des séances publiques de consultation et d’examen avant d’être amendé et finalisé quelque part dans le courant de l’année prochaine, selon des analystes.

Avec les informations de Reuters, et New York Times

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