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Les aînés, soignés chez eux plutôt qu’à l’hôpital

Charles Carrier est dans sa cuisine bleue et la Dre Stéphanie Paradis, médecin à la Clinique des aînés du CIUSSS de la Capitale-Nationale, l'ausculte.

La Dre Stéphanie Paradis, médecin à la Clinique des aînés du CIUSSS de la Capitale-Nationale, ausculte son patient à domicile, Charles Carrier.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Marie-Laure Josselin

La clinique des aînés, lancée en février dernier à Québec par l’Hôpital Saint-François d’Assise, commence à faire ses preuves. Le projet pilote vise à diminuer les visites à l’urgence, à écourter les hospitalisations et même à les éviter. Nous sommes allés voir comment cela fonctionne.

Dans l’unité de courte durée gériatrique de l’Hôpital Saint-François d’Assise, des patients marchent dans les couloirs, d’autres sont alités et certaines chambres sont vides.

 Initialement, il y avait 31 lits d’hospitalisation [dans cette unité], et maintenant on est rendu à 18. Notre objectif, c’est 16, explique Nathalie Allaire, cogestionnaire de la clinique pour aînés.

Les lits sont libres parce que, depuis février, 50 personnes ont été renvoyées à la maison, tout en recevant des soins aigus de courte durée, plutôt que d’être hospitalisées. Car désormais, lorsqu’un patient aîné arrive à l’urgence et que l’urgentologue le dirige vers l’unité de gériatrie, deux options s’offrent : le médecin peut décider d’hospitaliser le patient ou lui dire de rentrer chez lui. Dans ce dernier cas, la clinique mobile des aînés viendra le soigner à la maison.

En 2011, la proportion d’aînés âgés de 65 ans et plus était de 15 %, alors qu’en 2030, elle sera de près de 25 %. L’an dernier, les personnes de 75 ans et plus représentaient près de 40 % des hospitalisations de courte durée au Québec. 

Moins de patients à l’unité gériatrique, c’est aussi du personnel libéré pour aller à domicile : des médecins, des infirmières, des ergothérapeutes ou encore des physiothérapeutes. Un changement radical de manière de faire, et à coût nul.

Le cogestionnaire de la Clinique des aînés Luc Tailleur raconte que lorsqu’il a commencé sa carrière, tout le monde croyait que l’hospitalisation était la meilleure chose à faire pour sécuriser le patient dans sa maladie.

Nathalie Allaire et le Dr Luc Tailleur dans leur lieu de travail.

Les cogestionnaires au développement et à l'implantation de la Clinique des aînés du CIUSSS de la Capitale-Nationale, Nathalie Allaire et le Dr Luc Tailleur.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

L’hôpital n’est plus l’endroit où les personnes âgées doivent se retrouver; c’est au contraire à la maison. À nous de trouver les outils pour réaliser des soins à la maison tout aussi bons qu’à l’hôpital.

Le Dr Luc Tailleur

Tout va mieux et plus rapidement

Après avoir déposé la glacière pour les prises de sang, la trousse de médicaments et son ordinateur pour les données des patients, l’infirmière Johanne Boivin s’installe derrière le volant de l’une des trois voitures électriques du projet obtenues grâce à des dons. À ses côtés, la Dre Stéphanie Paradis.

L'équipe se déplace dans véhicule électrique.

La clinique mobile des aînés possède trois voitures électriques pour le déplacement des équipes.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Direction chez Charles Carrier, un patient de 89 ans qui, après une hospitalisation de dix jours, a pu regagner son domicile plus vite que prévu, comparativement au système habituel.

Médecin et infirmière arrivent au domicile d'un patient avec leur matériel.

Les patients suivis par l'équipe médicale habitent à 15-20 minutes de l'hôpital.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Arrivée à la maison du patient. Dans l’entrée, les deux professionnelles chaussent de petits chaussons en plastique bleu pour prévenir les infections et éviter de transporter les bactéries d’un domicile à l’autre ou de l’hôpital. Six patients peuvent être vus chaque jour. Tous habitent à 15-20 minutes de l’unité gériatrique.

Des chaussons en plastique bleu recouvrent les pieds.

À domicile, le patient porte des pantoufles et, par mesure de sécurité, l'équipe médicale porte des chaussons en plastique pour prévenir les infections.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

La Dre Paradis montre du doigt le petit jardin de M. Carrier où il se reposait la première fois qu’elle est venue chez lui. Depuis, il y est retourné trois fois. Les marches quotidiennes dans la maison permettent de regagner plus rapidement en autonomie et en mobilité que celles effectuées dans le couloir de l’hôpital.

Pendant que M. Carrier se dirige vers la cuisine, où les soins sont donnés, Johanne Boivin et Stéphanie Paradis l’observent. Elles peuvent voir où sont les escaliers, comment il marche, si un tapis risque de le faire chuter.

Johanne Boivin et Stéphanie Paradis dans l'appartement de leur patient.

L'infirmière Johanne Boivin écoute attentivement le patient en compagnie de la Dre Stéphanie Paradis.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

C’est peut-être un peu plus long que si on allait jusqu’à la chambre d’hôpital, mais la foule d’informations qu’on a à domicile est considérablement plus grande et nous permet de sécuriser le maintien. Le temps accordé au patient par visite est plus grand, mais je pense que la qualité des soins et la sécurisation sont supérieures, explique la Dre Paradis.

Au tour de la question de l’alimentation. Je ne mangeais plus, je n’étais plus intéressé par la nourriture, raconte M. Carrier. Mais de retour à domicile, avec les petits plats que sa femme lui prépare et les conseils de la nutritionniste, ça va mieux, vraiment mieux.

D’ailleurs, grâce à la clinique pour aînés, il a pu fêter ses 89 ans à domicile, avec un gâteau moka, son préféré. Johanne Boivin était même là ce jour-là. Elle ne cesse d’observer à quel point il reprend du poids, est en meilleure forme, a une plus grande endurance et un plus grand sourire.

Des patients toujours en soins aigus

Les patients de la clinique mobile ne sont pas en convalescence, mais bien malades. En moyenne, l’équipe multidisciplinaire continue de soigner six problèmes de santé par patient. Des patients qui ne retournent pas, en général, à l’urgence, même si la moyenne d’âge est de 87 ans.

Après avoir écouté les poumons de M. Carrier, Stéphanie Paradis va chercher un petit flacon de médicament et pose des questions. Ici, comme à l’hôpital, la médication est ajustée régulièrement, ce qui permet d’éviter le prolongement du séjour hospitalier à cause de ces ajustements.

Dre Stéphanie Paradis vient changer la médication d'un patient à domicile pendant que l'infirmière Johanne Boivin prend la tension.

Un patient est traité par le personnel médical.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

M. Carrier taquine l’infirmière lors de la prise de sang, car il en a assez des piqûres. Il la connaît bien, puisqu’elle s’occupait aussi de lui à l’hôpital. Une proximité qui évite au patient de raconter son histoire à chaque fois et qui évite aussi que des informations soient perdues. Chaque jour, Johanne Boivin lui rend visite et, s’il y a un problème, l’infirmière de l’unité gériatrique de l’hôpital est joignable sur son cellulaire et peut même venir la nuit.

Le reportage de Marie-Laure Josselin sera diffusé dans le cadre de l'émission Désautels le dimanche.

Un succès pour tous

L’infirmière, qui n’était pas très convaincue par le projet au début, l’a complètement adopté. L’intervention est plus ciblée, notamment grâce aux ajustements apportés de concert avec différents membres de l’équipe de soins, que ce soit le travailleur social ou encore le physiothérapeute. Et le projet est utile à l’hôpital.

Quand elle se présente au domicile, l’infirmière n’a qu’à se préoccuper de ce patient, pas d’autres, ni de la cloche qui sonne dans le 514. Les proches aidants peuvent poser des questions, et cela peut éviter de l’épuisement pour eux. Et le ratio infirmière-patients a diminué [...], ce qui permet de mieux suivre le patient aussi à l’hôpital.

Nathalie Allaire, cogestionnaire de la clinique pour aînés

Augmentation de la qualité des soins aux patients, meilleure autonomie, moins de retours à l’urgence, donc désengorgement et meilleure sécurisation du domicile font partie des changements constatés par la Dre Stéphanie Paradis.

On a démontré qu’une personne demeure moins longtemps à l’hôpital, et que le lien avec le CLSC est meilleur, parce que ça nous permet de faire un pont plus solide entre l’hospitalisation et la prise en charge par le soutien à domicile, ajoute le Dr Luc Tailleur.

Quant à Charles Carrier, il ne tarit pas d’éloges sur le projet. L’hôpital, ce n’était pas si mal, mais il n’y a rien de mieux que la maison, souligne-t-il. Juste pour être dans ses affaires, pouvoir continuer de lire, de marcher, de se faire son petit sandwich préféré et voir bien plus souvent sa femme et ses filles. Tout cela, sans se soucier de l’aspect médical, puisque l’équipe vient chaque jour.

Charles Carrier songeur.

Charles Carrier a pu regagner son domicile et être soigné par la clinique mobile des aînés chez lui plutôt qu'à l'hôpital.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

4 000 aînés sans médecin de famille

Le projet va prendre de l’ampleur, notamment avec la mise en place d’une clinique de suivi en externe. L’objectif reste le même : moins de passages à l’urgence et moins d’hospitalisations, mais un meilleur suivi. Les patients pourront avoir rendez-vous dans la même matinée avec différents spécialistes et passer plusieurs tests, ce qui leur évitera des déplacements répétés.

L’objectif est aussi d’aller chercher sur le territoire couvert les 4 000 personnes âgées de 75 ans et plus qui n’ont pas de médecin de famille. Souvent, comme cette clientèle n’a pas de médecin, elle se présente aux urgences. Nous, on veut la suivre avant qu’elle vienne aux urgences, explique Nathalie Allaire. Ensuite, il s’agit d’aider ces aînés à se trouver un médecin de famille.

C’est un retour aux sources et une lueur d’espoir, lance la présidente et directrice générale de l’Association des proches aidants de la Capitale-Nationale. Ce projet permet d’accompagner les personnes qui vieillissent, et ça rompt avec [...] l’urgence, la civière, l’hospitalisation. Elle est persuadée que le projet sera aussi bénéfique pour les proches aidants. 

Plusieurs autres projets sont en cours au Québec avec le même objectif : éviter le passage à l’urgence ou l’hospitalisation. Mais aucun ne semble être aussi complet que celui-ci avec une clinique mobile à domicile, une unité d’hospitalisation dédiée aux aînés et une clinique de suivis en externe.

On essaie de changer les mentalités, explique le Dr Tailleur. Sans savoir si ce modèle est le meilleur, il est certain que ce sera une première pierre à cet édifice qu’on va essayer de construire pour recevoir les personnes âgées dans le réseau

Lorsque les aînés sont hospitalisés, ils sont plus à risque d’attraper d’autres infections, de perdre davantage d’autonomie et d’être confus. D’ailleurs, le délirium est un syndrome qui se manifeste chez plus de 30 % des personnes âgées hospitalisées, et ses conséquences sont graves.

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