•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Pierre Karl Péladeau répond par la critique aux appels à l'aide de certains médias

Le reportage de Louis-Philippe Ouimet

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Mathias Marchal
Mis à jour le 

La Presse, Québecor Média, Le Devoir, Groupe Capitales Médias (GCM), Cogeco, Télé-Québec : la commission parlementaire qui se penche sur l’avenir des médias entendait mercredi plusieurs des grands acteurs de l’industrie, qui ont fait entendre des voix discordantes.

Après avoir vu notamment défiler des syndicats et des associations professionnelles au cours des derniers jours, la Commission de la culture et de l’éducation a entendu les plaidoyers d'entreprises de radiodiffusion, de télédiffusion et de presse écrite.

S'ils ont des défis en commun, ils ne parlent pas d'une même voix, et ils l'ont démontré clairement lors de la troisième journée d'audience de la Commission.

Beaucoup semblent oublier, ici, qu’un journal – et monsieur de La Palice ne l’aurait peut-être pas dit mieux –, ce n’est pas seulement un journal, c’est également une entreprise, et une entreprise qui fait travailler bien d’autre monde qu’uniquement des journalistes. En d’autres mots, il faut générer plus de revenus que de dépenses, a lancé d'emblée le président et chef de la direction de Québecor, Pierre Karl Péladeau, qui ne s'est pas gêné pour critiquer ses concurrents en difficulté.

Évoquant entre autres au cours de son témoignage la faillite du Groupe Capitales Médias, création de Power Corporation (ancien propriétaire de La Presse), et le mauvais choix de la gratuité fait par La Presse, il a affirmé que son propre groupe avait su au fil des ans prendre les décisions qui s'imposaient.

C’est un peu invraisemblable de constater l’inertie et l’apathie de la direction des médias, a-t-il laissé tomber.

Deux années de lock-out ont été nécessaires pour éliminer les conditions de travail d’une autre époque, celles des années florissantes, a-t-il lancé, s'étendant longuement sur le conflit de travail décrété au Journal de Montréal, entre 2009 et 2011 et critiquant l'aveuglement syndical.

Contrairement à la plupart des intervenants qui ont témoigné devant la commission parlementaire, Québecor a désapprouvé l'idée d'une aide financière publique pour les médias en difficulté.

Les éditeurs ne se sont pas adaptés et sont devenus des quêteux, dont la pérennité dépend du bon vouloir de celles et de ceux qui sont aux commandes de l’État.

Pierre Karl Péladeau, président et chef de la direction de Québecor

Il a dit craindre que dans ce contexte l’indépendance des salles de rédaction [soit] fortement mise en péril, voire terminée.

Lyne Robitaille, qui occupe notamment les fonctions de présidente et éditrice du Journal de Montréal, a déploré l'aide de 10 millions accordée en 2017 à Groupe Capitales Médias, aujourd'hui acculé à la faillite. Cela est « venu fausser les règles de la concurrence et fragiliser encore davantage la presse écrite », a-t-elle allégué.

S'il devait y avoir un soutien financier de l'État, il devrait être universel et non pas favoriser certains groupes au détriment d'autres groupes, a-t-elle soutenu. Il y a deux semaines, le gouvernement Legault a annoncé une aide d'urgence de 5 millions de dollars à GCM.

La direction de La Presse+ est au contraire venue plaider en faveur d'une aide de l'État. Si le quotidien montréalais n'obtient pas une aide financière structurante de la part du gouvernement, c'est sa pérennité qui est menacée, a soutenu son président, Pierre-Elliott Levasseur.

La crise des médias n’est pas reliée à un problème de coût. La crise des médias n’est pas reliée à un problème de lectorat, au contraire. La crise des médias est un problème de revenus, des revenus siphonnés par des géants américains, comme Google et Facebook, a-t-il affirmé, comme plusieurs intervenants l'ont fait avant lui.

Le modèle d’affaires des médias traditionnels est brisé, ici et partout dans le monde, a constaté M. Levasseur, évoquant la décroissance du tirage, la chute des revenus publicitaires, le vieillissement du lectorat et le déplacement du budget vers le numérique.

Entre 2001 et 2011, l’âge moyen d’un lecteur papier en Amérique du Nord est passé de 47 à 62 ans, a-t-il illustré.

Rappelant que son média avait abandonné le papier pour offrir son contenu gratuitement sur une tablette, puis s'était ensuite transformé en organisme à but non lucratif, il a souligné que les médias québécois avaient dû innover. Tous les médias ont dû faire des sacrifices et des efforts immenses au cours des dernières années, a-t-il dit, semblant répondre à M. Péladeau, mais témoignant avant lui.

Québecor toujours intéressé par GCM... ce qui inquiète Québec solidaire

En marge de sa présence devant la commission parlementaire, M. Péladeau a réitéré en mêlée de presse son intérêt pour les six quotidiens de GCM. Québecor a déjà essuyé un refus, après avoir déposé une première proposition d'acquisition.

Nous sommes bien placés. Nous sommes probablement les mieux placés pour assurer la survie de ces médias, a-t-il affirmé.

Au moment de déposer son offre, M. Péladeau ignorait alors que l'éventuel acquéreur devrait composer avec un lourd déficit actuariel du régime de retraite des employés, qui atteint pas moins de 65 millions de dollars, ce qui a été révélé plus tôt dans la journée.

La perspective d'une telle transaction soulève l'enjeu d'une plus grande concentration de la presse, alors que Québecor possède déjà deux quotidiens, Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec, en plus de TVA, LCN et QUB radio. La députée de Québec solidaire Catherine Dorion n'a pas mis de gants blancs lorsqu'elle a interrogé M. Péladeau à ce sujet lors des travaux de la Commission.

Racontant son expérience de blogueuse pour le Journal de Québec de 2016 à 2018, elle a affirmé que son patron de l'époque l'avait menacée de mettre fin à leur collaboration après qu'elle eut critiqué l'entreprise puis une autre chroniqueuse du quotidien.

M. Péladeau, si vous achetez Capitales Médias, comment est-ce que vous pouvez nous garantir qu’il n’y aura pas six journaux de plus où il va être tabou de vous critiquer, vous ou Québecor, qu’il n’y aura pas six journaux de plus qui vont faire la promotion de Helix, de Vidéotron, du Centre Vidéotron et de toutes les autres affaires que vous possédez?

Catherine Dorion, députée de Taschereau

J’apprécie vos commentaires, je n’en ai pas à vous donner, Madame la Députée, a rétorqué le grand patron de Québecor. Vous êtes sûr? Il reste 13 secondes, a-t-elle répliqué. Je pense que vous avez décidé de vous donner en spectacle, bravo! Je n’ai rien d’autre à ajouter, a-t-il conclu.

Catherine Dorion questionne Pierre Karl Péladeau

Il vaut mieux une concentration de la presse que pas de presse du tout, avait affirmé en mêlée de presse M. Péladeau, y voyant un faux problème.

La possibilité de voir Québecor acquérir les quotidiens régionaux de GCM n'a pas semblé plaire à trois maires qui avaient fait le déplacement à Québec pour défendre les journaux régionaux. Ils se sont montrés soucieux de préserver la diversité de l'information et d'échapper à une concentration encore plus grande de la presse au Québec. Il importe de conserver une presse régionale la plus régionale possible, a martelé le maire de Sherbrooke, Steve Lussier.

Une crise qui touche aussi la radio

Campagne de dons pour sauver Capitales Médias

Le président de Cogeco, Michel Larin, a pour sa part souligné que la crise de l’information ne touche pas seulement les journaux, mais aussi la radio. Même si la crise touchant la radio n'a pas la même ampleur que celle des journaux, M. Larin a indiqué que les revenus publicitaires des radios de son entreprise ont chuté de 20 % à 25 % ces six dernières années.

Si la commission actuelle se penche sur l’avenir des médias d’information, je vous préviens que d’ici quelques années ce sera l’avenir des médias tout court qui sera en jeu, a prévenu de son côté Marie Collin, présidente-directrice générale de Télé-Québec.

Crédits d'impôt et investissements publicitaires du gouvernement

À l’instar de plusieurs intervenants qui l’ont proposé cette semaine, Groupes Capitales Médias, Le Devoir, La Presse+ et Cogeco ont tous préconisé la création d'un crédit d'impôt remboursable sur la masse salariale.

Selon le président de Cogeco, ces crédits d’impôt permettraient aux radios d’être plus concurrentielles face aux entreprises de conception de jeux vidéo quand elles cherchent à embaucher des développeurs web.

M. Larin a suggéré que ces crédits ciblent trois domaines : la production de contenu journalistique, la conception de contenu innovant comme les balados et la création d’applications numériques permettant la diffusion des nouvelles.

Pour Sylvain Chamberland, président d’Arsenal Media, qui gère 14 stations de radio en région, les crédits d’impôt doivent être instaurés dans le cadre d’une stratégie globale et non dans l’urgence. L’important, c’est que ça ne soit pas fait de façon inéquitable, a-t-il ajouté, en précisant que les médias régionaux sont souvent les grands perdants de ce genre de mesure.

Selon lui, le modèle d’affaires de bien des médias n’est plus valable.

Quand le modèle ne fonctionne plus, il ne suffit pas de changer le nom du propriétaire.

Sylvain Chamberland, président d’Arsenal Media

Le directeur du quotidien Le Devoir, Brian Myles, propose en outre la création d'un crédit d'impôt pour les particuliers qui souscriraient à un abonnement numérique aux médias d'information.

Le président de GCM, Claude Gagnon, qui a prôné la création d’une régie publicitaire provinciale, a aussi recommandé que Québec augmente ses investissements publicitaires dans les journaux.

L'an dernier, le gouvernement a dépensé 3,7 millions de dollars en publicités sur les plateformes des géants du web, au détriment des médias traditionnels, nationaux et régionaux.

La porte-parole libérale en matière de culture et communications, Isabelle Melançon, a demandé à la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, de donner dès maintenant une directive destinée à hausser de 75 % le budget publicitaire de l'État consacré aux médias traditionnels.

M. Myles, a suggéré plus précisément de limiter à 5 % le placement publicitaire du gouvernement auprès d'entreprises étrangères.

Ce dernier a en outre invité Québec à renoncer aux aides ponctuelles dans le domaine des médias, incitant le gouvernement à baser ses interventions ou programmes sur des critères d’universalité, d’équité, d’indépendance et d’intérêt public.

La Commission, qui a reçu 62 mémoires, entendra au total 36 intervenants d'ici vendredi. Elle poursuivra ses travaux la semaine prochaine pour siéger en région.

Elle entendra entre autres jeudi les représentants de Radio-Canada, de Montreal Gazette et de Transcontinental.

Avec les informations de La Presse canadienne

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Politique provinciale

Politique