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Une minière canadienne au cœur d'un mouvement de protestation en Turquie

Une foule de gens manifestent sur une colline au milieu des arbres.

Cette vue à Kirazli montre l'étendue de la manifestation, à laquelle auraient participé environ 5000 manifestants.

Photo : Reuters / Kemal Aslan

Freddy Mata

Des Turcs dénoncent l'impact environnemental que pourrait avoir le projet d'une filiale en Turquie de la minière torontoise Alamos Gold.

Des milliers de manifestants dénoncent notamment la déforestation de la région et l’utilisation du cyanure pour l'extraction de l’or à Kirazli, une petite ville du nord-ouest du pays.

Ils craignent que les cours d’eau soient contaminés.

Les protestataires avancent que l'entreprise aurait coupé quatre fois plus d'arbres que promis dans un rapport sur l'impact environnemental. Environ 5000 personnes ont notamment manifesté au début du mois d'août à la périphérie de Kirazli sur une colline près de l’emplacement de la future mine.

Un choix qui choque

Sur l'image on voit le visage d'un homme en gros plan

« Beaucoup de gens considèrent que ce n'est pas parce la Turquie est en crise économique qu'on doit brader ses patrimoines naturels », affirme Charles Mordret, consultant en développement et commerce international, spécialiste de la Turquie.

Photo : Charles Mordret/ Michele Casagrande

D’après Charles Mordret, consultant en développement et commerce international, spécialiste de la Turquie, qui s’exprimait mercredi à l’émission Y a pas deux matins pareils, la région dans laquelle Dogu Biga Mining, la filiale turque d'Alamos Gold inc. veut extraire l’or, est connue pour sa forêt préservée, ses cours d'eau limpides, sa flore ainsi que sa faune qui sont protégées.

Ça a beaucoup choqué de voir ces images des 200 000 arbres qui ont été coupés dans cette zone qui joue, dans la psyché turque, un rôle très important [...]. Les villages par exemple sont connus comme produisant les meilleurs fromages, la meilleure huile d'olive du pays et on n'est pas très loin des vignobles, donc ce n'est pas une région comme les autres dans laquelle on peut construire une mine.

Charles Mordret, consultant en développement et commerce international, spécialiste de la Turquie

Dans une lettre adressée au mois d'août à l'Association médicale canadienne, l'Association médicale turque (TTB) avance que le plan initial était de couper 45 000 arbres dans le cadre de travaux préparatoires. Mais à l'heure actuelle, avant même le défrichage de la zone où l'or doit être extrait, 195 000 arbres ont déjà été abattus, peut-on lire dans la lettre datée du 8 août 2019.

On reproche aussi à Alamos Gold inc. le fait qu’il n’y a pas eu de consultations, fait remarquer Charles Mordret pour qui l’entreprise n’a pas travaillé comme elle l'aurait fait au Canada, c'est-à-dire en prenant en compte l'acceptation sociale.

On juge cavalière l’attitude d’Alamos Gold inc. malgré que le responsable de l'entreprise essaye de rassurer en parlant du reboisement et de l’usage du bassin de cyanure comme technique d'extraction qui [est] est relativement sécuritaire, a déclaré M. Mordret.

Alamos Gold, la goutte de trop?

Deux manifestants turcs arborent le drapeau de leur pays devant un édifice sur lequel il est écrit "Canadiens, rentrez chez vous"

TEMA, un groupe caritatif axé sur la foresterie, affirme que 195 000 arbres ont été abattus pour le projet, bien au-delà de l’objectif des 46 000 annoncé précédemment par Dogu Biga.

Photo : Reuters / Kemal Aslan

D’après Charles Mordret, l’entreprise minière torontoise peine à calmer la tempête. Selon lui, la Turquie a connu plusieurs projets controversés.

La construction d’un troisième aéroport [qui] a littéralement détruit une grande forêt essentielle dans l'écosystème d'Istanbul pour l’eau potable et l'oxygène a marqué les esprits, note M. Mordret.

Ces événements ont suscité une mobilisation de la population turque de plus en plus forte, selon lui.

L’erreur de l’entreprise canadienne c’est d’avoir prêché par excès de confiance. Ils [Alamos Gold inc.] ont laissé tous les processus de consultations entre les mains des autorités locales et gouvernementales turques et ils vont en payer une partie du prix.

Charles Mordret, consultant en développement et commerce international, spécialiste de la Turquie

C’est malheureux pour Alamos Gold inc., car c’est son projet qui va devenir l'emblème d’une résistance face à des projets environnementaux, croit M. Mordret.

Alamos Gold inc. rejette toutes les accusations

Une carte représentant le projet Kirazli d'Alamos Gold inc.

Alamos Gold a acquis le projet minier à Kirazli, en 2010.

Photo : Capture d'écran/Vimeo / Alamos Gold inC.

Dans un communiqué publié ce mois-ci, l’entreprise torontoise affirme que les normes environnementales de haut niveau ont été appliquées dans toutes les phases du projet aurifère et argentifère de Kirazli.

La compagnie Alamos Gold inc. soutient s'être engagée à des consultations avec divers ministères et les collectivités locales, tout en travaillant à un processus pluriannuel d'examen environnemental et des consultations communautaires.

Elle qualifie d’erronées les informations qui circulent dans les médias et les réseaux sociaux sur son projet de Kirazli.

Concernant l’accusation liée aux coupes excessives d’arbres, la Société indique qu’elle a obtenu l'autorisation de raser 354 hectares de forêts.

Alamos Gold inc. affirme avoir déjà planté 14 000 arbres dans la région et s'engage à reboiser les 354 hectares.

L'engagement a été pris par la société et sera respecté à la fermeture de la mine, lit-on dans le communiqué.

Pour ce qui est du cyanure, la compagnie torontoise explique qu’elle suit des procédures strictes et n’utilise le cyanure qu’à l'étape du traitement et dans un circuit fermé, ce qui signifie qu'aucune quantité de cyanure ne peut être trouvée en dehors de la zone de traitement, selon l'entreprise.

Alamos Gold inc. affirme qu'elle agit sous la supervision des autorités gouvernementales turques.

Une pétition pour tenter d'arrêter les opérations minières de la compagnie a été lancée par la Fondation turque de lutte contre l'érosion des sols pour le reboisement et la protection des habitats naturels. Elle rassemble plus 500 000 signatures.

Industrie minière

Environnement