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Le patron de Capitales Médias propose une piste originale de financement

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Des journaux de Capitales Médias empilés de manière à ce qu'on en voit le titre.

Le reportage de Jérôme Labbé

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Mathias Marchal

Afin de concurrencer les géants du web tels que Google ou Facebook, qui sont passés maîtres dans l’art de segmenter le marché pour atteindre des clientèles précises, Groupes Capitales Médias (GCM) recommande notamment la création d’une régie publicitaire provinciale.

Cette nouvelle structure, qui regrouperait tous les médias du Québec, solliciterait les différents annonceurs afin d'optimiser leurs ventes publicitaires.

Pour une fois, on agirait ensemble et ça nous donnerait plus de force et de pouvoir face à ces grandes organisations [les GAFA], selon Claude Gagnon, président-directeur général de GCM, qui témoignait mercredi matin devant la commission.

Un peu à l'image de La Presse canadienne pour la rédaction de nouvelles, cette mutualisation de la force de vente des différents médias du Québec permettrait à la fois de réaliser des économies au niveau des effectifs et d’endiguer la fuite des revenus vers les GAFA, qui est le principal problème dans les médias , selon M. Gagnon.

Ce serait une façon de concurrencer les grands de ce monde.

Claude Gagnon, président-directeur général de GCM,

Il a toutefois convenu que ce n’est pas simple de réunir tout le monde autour d’une même table.

M. Gagnon a précisé que les revenus des quotidiens du groupe, qui comprend Le Soleil de Québec, La Tribune de Sherbrooke, Le Nouvelliste de Trois-Rivières, Le Droit d'Ottawa-Gatineau, La Voix de l’Est de Granby et Le Quotidien de Chicoutimi, ont diminué de plus de 50 % en 10 ans. Le déficit du régime de retraite de GCM est actuellement d'environ 65 millions de dollars.

Devant la commission, ce dernier a souligné que l’information n’était pas sujette au versement de droits d’auteurs, ce qui permet aux géants du web de reprendre le contenu des médias sans rien retourner à ces derniers ou à l’État.

M. Gagnon a aussi mentionné que les frais de recyclage imposés à ses quotidiens ont été multipliés par 10 depuis une dizaine d’années, alors que la quantité de papier mise dans le bac a diminué de 68 % sur la même période. C’est un problème majeur, selon le PDG de GCM.

Il recommande aussi de forcer légalement les organisations publiques à publier dans les médias traditionnels plutôt qu’auprès des géants du web qui décident d’eux-mêmes des règles qu’ils suivent.

Le gouvernement Legault refuse pour le moment de se lancer dans la taxation des géants du web, le temps que l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) remette son rapport attendu pour 2020.

Je n'ai pas tous les éléments pour juger de la complexité de tout cela [taxer les géants du web], mais, de notre côté, il faut que ça se fasse plus vite que plus tard, a-t-il répondu à une question de l'élue solidaire Catherine Dorion.

Une position partagée par le directeur du quotidien Le Devoir.

On a laissé une sorte d'éthique libertarienne investir nos sociétés démocratiques.

Brian Myles, directeur du quotidien Le Devoir

Selon M. Myles, ce laissez-faire a des effets dans différents domaines tels que l'hôtellerie, le taxi et le commerce de détail. Il recommande notamment la taxation des géants du web, mais aussi de limiter à 5 % les dépenses publicitaires gouvernementales à des entreprises étrangères comme Google ou Facebook. Une position partagée par Sylvain Chamberland, président d'Arsenal Média qui compte 14 stations de radio en région.

Concernant une nouvelle aide gouvernementale, Brian Myles a souligné l'importance de ne pas faire les mêmes erreurs qu'Ottawa dans la sélection des critères.

Ces derniers excluent la fondation Les Amis du Devoir de la possibilité de signer des reçus à des fins fiscales parce que Le Devoir n'est pas un organisme à but non lucratif.

Le vice-président de Métro Média, Andrew Mullé, recommande notamment à Québec d'accoter la future aide d'Ottawa qui pourrait représenter 25 % de la masse salariale des salles de rédaction, ce qui laisserait aux employeurs la moitié des salaires à payer. Les médias nourrissent la démocratie sur leurs territoires respectifs, a-t-il souligné.

Des appuis pour la régie publicitaire

Questionné sur l'utilité d'un regroupement des médias québécois pour avoir plus de pouvoir en termes de recherche de revenus publicitaires, M. Mullé a dit que même s'il y avait de gros ego au sein des patrons de l'industrie, la réalité c'est qu'on n'est plus en compétition les uns contre les autres, mais contre les GAFA.

L’idée d’une régie publicitaire est soutenue aussi par Claude Poulin, président de Néomédia, un réseau de journaux web régionaux. Ça fait trois ans qu’on en parle, a-t-il souligné devant les membres de la commission avant d’ajouter que cela faciliterait le travail des annonceurs.

Les clients se tournent à coup sûr vers la facilité qu’offrent Google et Facebook.

Claude Poulin, président de Néomédia

Comme la taxation des géants du web tarde, M. Poulin propose de taxer à 15 % les achats de publicité chez Google et Facebook par leurs clients québécois.

Le directeur de Néomédia a aussi souligné les difficultés à obtenir les 36 millions de dollars de l’aide gouvernementale annoncée, en décembre 2017, pour aider les médias à effectuer un virage numérique.

En décembre, ça fera deux ans qu’on attend l’aide et on n’a toujours rien reçu. On en est à notre troisième demande, a déploré le directeur de Néomédia. Il souligne que les projets de développement de son entreprise sont mis en veilleuse, car ils ne peuvent pas débuter tant que l’aide n’a pas été octroyée.

Les audiences de la commission se déroulent jusqu’à vendredi.

Les élus membres de la Commission de la culture et de l’éducation souhaitent dresser un portrait complet de la situation des médias et identifier des pistes de solutions en termes de financement des médias, de valorisation de l’information régionale et d’émergence de modèles numériques viables.

Avec les informations de La Presse canadienne

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