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La FPJQ décrète l'état d'urgence médiatique et interpelle les gouvernements

Le reportage de Louis-Philippe Ouimet

Photo : Ivanoh Demers

La Presse canadienne

Le monde de l'information est en péril, selon le principal regroupement de journalistes du Québec, qui lance un véritable appel au secours.

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) estime que la crise des médias a pris une ampleur telle que les gouvernements ne peuvent plus rester les bras croisés.

Les médias d'information ont besoin d'une aide rapide dans un contexte que nous qualifions sans hésiter d'état d'urgence, a indiqué la FPJQ dans son mémoire, présenté mardi à la commission parlementaire qui se penche toute la semaine sur l'avenir des médias, à la recherche d'un nouveau modèle d'affaires à inventer.

Si rien ne se passe, les fermetures de journaux, affrontant des difficultés financières croissantes, risquent de se multiplier à court terme, selon le regroupement fondé en 1969.

D'où l'importance de faire pression sur Québec et Ottawa, afin de voir les gouvernements prendre dès maintenant un train de mesures susceptibles de faire éviter le pire.

Le rôle du gouvernement

La FPJQ croit notamment que le gouvernement Legault devrait revendiquer auprès d'Ottawa la gestion des droits d'auteur et des redevances qui y sont associées au nom de la souveraineté culturelle du Québec.

On souhaite que les géants américains du web - Google, Amazon, Facebook et Apple (GAFA) - acquittent une redevance aux producteurs de contenu journalistique, actuellement repris sur leurs plateformes sans débourser un sou.

On reproche de plus aux GAFA d'avoir détourné à leur profit les revenus publicitaires des annonceurs qui auparavant constituaient une précieuse source de financement des médias.

Une personne utilise un téléphone cellulaire devant un écran affichant des logos de Google, Apple, Facebook et Amazon.

Selon la députée libérale Isabelle Melançon, Facebook et Google peuvent « aller chercher jusqu'à 75 % du dollar en publicité, qu'ils envoient directement en Californie ».

Photo : Getty Images / DAMIEN MEYER

Les géants du numérique ont réussi ainsi à générer des dizaines de milliards de dollars annuellement en revenus publicitaires, a évalué la FPJQ, qui était représentée par son président, Stéphane Giroux, et sa directrice générale, Catherine Lafrance.

Par souci de cohérence, selon l'organisation, les gouvernements devraient réduire leurs propres investissements publicitaires sur les plateformes numériques comme Google et Facebook, et choisir plutôt de faire leurs annonces dans les médias traditionnels.

Le Devoir révélait mardi que le gouvernement du Québec avait dépensé une somme record en publicité sur les plateformes des géants du web l'an dernier, à hauteur de 3,7 millions de dollars.

Le phénomène est en hausse : l'an dernier, 12 % des budgets publicitaires des ministères et organismes de l'État québécois allaient à ces plateformes étrangères, soit 3 % de plus que l'année précédente. Et ce, au détriment des médias traditionnels, nationaux et régionaux.

Les médias communautaires veulent leur juste part

L'Association des médias écrits communautaires du Québec a dit souhaiter elle aussi avoir sa part du gâteau publicitaire gouvernemental.

Il est primordial que les médias écrits communautaires reçoivent leur juste part de la publicité gouvernementale, comme il est décrit dans l'énoncé de politique gouvernementale concernant les dépenses de placement publicitaire, écrit-elle dans son mémoire.

Les ministères et organismes gouvernementaux doivent en principe consacrer au moins 4 % de leurs dépenses annuelles en placements publicitaires auprès des médias communautaires.

Il est impératif que le gouvernement respecte son engagement, peut-on lire dans le mémoire de l'association.

Mardi, en mêlée de presse, le député caquiste de Beauce-Sud, Samuel Poulin, un des membres de la commission qui se penche sur l'avenir des médias, a invité tout le monde à mener une réflexion sur la façon dont l'État gère ses budgets publicitaires.

Il a ajouté que le gouvernement devrait faire un effort supplémentaire pour privilégier les médias traditionnels, auxquels une importante source de revenus a échappé au fil des ans.

Pour sauver les emplois des entreprises de presse, le gouvernement devrait par ailleurs créer des programmes d'aide aux médias qui financent directement les journalistes, sous forme de crédits d'impôt, selon la FPJQ.

La fédération rassemble environ 1800 journalistes œuvrant dans plus de 250 médias écrits et électroniques.

Des chiffres alarmants

Selon un rapport du Forum des politiques publiques du Canada, pas moins de 225 hebdos et 27 quotidiens ont fermé leurs portes à travers le pays, depuis 2010.

La FPJQ revendique aussi que les gouvernements publient à nouveau les avis publics dans les médias régionaux. Si la société n'encourage pas ces journaux, ils vont mourir, a commenté la directrice générale de la FPJQ, Catherine Lafrance.

La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) est venue de son côté affirmer qu'une solution à la crise des médias devait passer par un renforcement du mandat confié à Télé-Québec en région.

Avec davantage de moyens, Télé-Québec pourrait produire des émissions d'affaires publiques et des bulletins d'information régionale, selon la centrale syndicale.

La commission entendra au total 36 intervenants d'ici vendredi. De plus, elle a reçu 62 mémoires de personnes, d'entreprises et d'organismes préoccupés par l'avenir des médias.

Mercredi, plusieurs gros acteurs sont attendus : le Groupe Capitales Médias (dont les six quotidiens régionaux sont au bord de la faillite), Québecor, La Presse, Le Devoir, Métro Média et Cogeco Média, notamment.

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