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L'écoterrorisme est-il un réel danger au Canada?

La cheminée d'une usine émet de la fumée.

De 1970 à 2012, huit cas d'« écoterrorisme » ont été répertoriés au Canada, selon un document du TSAS.

Photo : iStock / starekase

Alexandre Milette-Gagnon

Une semaine après que la GRC a confirmé que le câble de la télécabine Sea to Sky, en Colombie-Britannique, a été coupé délibérément, des citoyens se demandent s'il s'agit d'un acte d'écoterrorisme. La nature de l'acte de vandalisme du téléphérique reste inconnue, mais deux questions demeurent : qu'est-ce que l'écoterrorisme et quelle est son ampleur au Canada?

Délaissant les banderoles et les porte-voix, certains groupes environnementaux ont recours à des techniques plus radicales pour se faire entendre.

Du sable dans les réservoirs d’essence de machinerie lourde, des clous dans les arbres ou le sabotage de laboratoire scientifique sont quelques-unes des méthodes qu’utilisent des militants écologiques plus extrémistes. Ces méthodes peu orthodoxes ont été citées par le professeur adjoint en criminologie Garth Davies, de l’Université Simon Fraser (SFU).

Il affirme que cette situation est liée à l’augmentation des frustrations vécues par les citoyens en raison de l’inaction des gouvernements envers les changements climatiques. Comme c'est le cas pour d’autres causes menant à l'extrémisme, des insatisfactions d'ordre politique peuvent motiver certaines personnes à se radicaliser afin de faire passer leur message.

Un terme relativement récent

Ayant fait son apparition à la fin des années 1970 pour qualifier une forme d'opposition à l'industrie forestière et minière, le terme écoterroriste devrait être utilisé avec modération, pense le professeur de la SFU. Il estime que l'expression extrémiste écologique est plus appropriée à la majorité des cas.

La question, dans ce champ d’expertise, est de trouver la ligne entre extrémisme et terrorisme. Les extrémistes environnementaux ne visent généralement pas directement les êtres humains, contrairement aux terroristes.

Garth Davies, professeur associé en criminologie à la SFU

Même son de cloche du côté de Johanna Massé, l'une des membres de l'équipe de recherche sur le terrorisme et les extrémismes de l'Université Laval,à Québec. La distinction se fait souvent sur la question de la violence [envers les humains], dit la chercheuse.L'extrémisme écologique passe principalement par la destruction matérielle.

Cela dit, pour le directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (Cf2R) et auteur d'un livre sur le sujet, Éric Dénécé, les auteurs d'actes plus extrêmes peuvent être qualifiés d'écoterroristes.

Il faut rappeler qu'il y a de nombreuses organisations [de protection] animale ou écologistes radicales sur la liste noire des organisations terroristes aux États-Unis et en Grande-Bretagne.

Éric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement

La visibilité que connaît la cause environnementale dans les médias et le manque de précision de l'analyse de certaines données en lien avec l'activité humaine devraient être pris en compte, car ils tendent à effrayer les gens, soutient le spécialiste.

Les populations occidentales sont de plus en plus réactives, et le système dans lequel nous vivons fait en sorte que nous voulons tout, tout de suite. [...] Le sentiment d'inaction devient absolument insupportable, avance M. Denécé.

Bien sûr, ce qui se passe en Amazonie est absolument inadmissible [et] la torture sur les animaux [aussi] , affirme-il.

Au Canada

Johanna Massé explique que, au Canada, les actes d'extrémisme environnemental sont relativement marginaux. En près de 40 ans, il n'y aurait eu qu'une dizaine de poursuites pour des actes à dimension criminelle et écologique.

Un document publié en 2014 par le Réseau canadien de recherche sur le terrorisme, la sécurité et la société (TSAS) dénombre huit cas d'écoterrorisme au Canada entre 1970 et 2012.

Il y a très peu de groupes établis qui revendiquent des actes. L'un de ces groupes est le Front de libération des animaux du Canada, précise Mme Massé. Une des raisons de cette faible présence est que les groupes ne revendiquent pas nécessairement les actes qu'ils sont commis.

Toutes les actions ne sont pas revendiquées.

Johanna Massé, membre de l'équipe de recherche sur les terrorismes et les extrémismes de l'Université Laval

Une attaque en Colombie-Britannique

Le 30 mai 1982, une attaque menée par le groupe extrémiste The Squamish Five visait, avec des explosifs, une installation de BC Hydro de l'île de Vancouver. L'attaque avait causé des dommages considérables aux installations de la société et figure dans la liste des incidents liés à cette idéologie qui ont été signalés au Canada. (Source : TSAS (Nouvelle fenêtre))

Le gouvernement fédéral, lui, reste aux aguets. Dans son plan de lutte contre le terrorisme publié en 2012, Sécurité publique Canada consacre un passage aux actes extrémistes environnementaux, qui, dit-on, demeurent une réalité au pays, mais sans donner plus de détails.

Sécurité publique Canada a décliné notre demande d'entrevue, mais affirme ceci par courriel : Les organismes d’application de la loi, y compris la Gendarmerie royale canadienne (GRC), surveillent et répondent de manière constante à toutes les menaces possibles à la sécurité publique, indépendamment de leur idéologie.

Le professeur en science politique et écrivain Francis Dupuis-Déri se fait critique à l'égard des guides qui comparent l'extrémisme écologique à d'autres idéologies. Ces parallèles avec les mouvements radicaux religieux ou d'extrême droite sont ridicules , selon lui.

Cette comparaison permet d'amalgamer des choses qui, selon moi, d'un point de vue politique, n'ont absolument aucun rapport , explique M. Dupuis-Déri.

Si les autorités ont pour mandat de protéger la population, [il apparaît] clairement [que] ce qui menace la population [...] ce sont ceux qui produisent cette pollution et non pas les mouvements écologistes.

Francis Dupuis-Déri, professeur en science politique à l'UQAM et écrivain
Un marécage s'étend au pied d'une montagne, à côté d'une route.

Un marécage Maria à Seabird Island, en Colombie-Britannique

Photo : fournie par Ovila Mailhot

Un appui inconstant

Le caractère unificateur de la cause environnementale peut catalyser l'appui aux mouvements qui tendent vers l'extrémisme, pense Garth Davies.

Nous arrivons à un point où les questions environnementales n’ont jamais eu la présence qu’elles ont actuellement dans le monde [...] L’attention sur ces questions n’a jamais été aussi grande explique-t-il. Le professeur ne néglige pas non plus l'impact qu'ont Internet et les réseaux sociaux dans la médiatisation des actes commis par ces extrémistes.

Les gens qui font de tels actes reçoivent plus d’appui qu’auparavant. Cela dit, ce soutien peut se retirer très vite s’ils commettent des actes violents.

Garth Davies, professeur associé en criminologie à la SFU

Les écologistes, par principe, respectent la vie humaine, la vie animale et même, dans certains cas, la vie végétale , croit quant à lui Francis Dupuis-Déri. Il y a des milliers de scientifiques qui nous disent : "Ça va très très mal." Cela peut engendrer un sentiment de peur qu'il appelle écoanxiété.

Les questions environnementales peuvent rassembler, mais elles doivent respecter les limites de l'acceptabilité sociale, conclut M. Davies.

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Colombie-Britannique et Yukon

Terrorisme