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Avortement : confusion et flou chez les conservateurs

Le reportage de Philippe-Vincent Foisy

Photo : Radio-Canada / Benoit Roussel

Sophie-Hélène Lebeuf
Mis à jour le 

Le Parti conservateur du Canada permettra-t-il à ses députés de déposer un projet de loi sur l'avortement? Au lendemain des dénégations catégoriques d'une de ses candidats vedettes et de la volte-face du lieutenant du chef Andrew Scheer, pour le Québec, le parti, critiqué par les autres formations, se targue d'être « clair » sur cette question.

Andrew Scheer a toujours été très clair : un gouvernement conservateur ne va pas rouvrir ce débat et ne réintroduira pas de projet de loi à ce sujet, a assuré son lieutenant politique pour le Québec, Alain Rayes, sur Twitter mardi.

J’ai toujours été très clair avec tous les candidats conservateurs du Québec et lors de mes différentes interventions qu’un gouvernement conservateur ne rouvrira pas le débat, a-t-il poursuivi.

Il excluait cependant toute mention de la possibilité qu'un député conservateur dépose un projet de loi sur cet enjeu.

C'est pourtant sur cette question précise que s'était avancée, la veille, la médaillée olympique Sylvie Fréchette, candidate conservatrice dans la circonscription de Rivière-du-Nord, dans les Laurentides.

Interviewée à l'émission de radio matinale de Radio-Canada, Tout un matin, elle s'est montrée catégorique lorsque l'animateur Patrick Masbourian l'a interrogée sur le fait que certains députés d'arrière-ban pourraient décider de présenter des projets de loi ou motions qui touchent à l'accès à l'avortement.

Je peux vous confirmer que c'est faux. C'est faux, c'est totalement faux, a répondu Mme Fréchette.

Dans une entrevue publiée dans le Journal de Montréal, samedi dernier, Alain Rayes avait affiché la même fermeté. Andrew Scheer a confirmé qu’il ne permettrait pas à l’un de ses députés de présenter un projet de loi antiavortement, avait-il soutenu.

Or, dans une entrevue accordée en anglais au HuffPost Canada, lundi, il a admis ne pas avoir présenté la bonne position de son parti sur cette question.

Si j'ai eu une interprétation différente [des propos du chef], c'est mon erreur, et les propos du chef prévalent. Je suis désolé pour toute confusion.

Alain Rayes, lieutenant politique pour Andrew Scheer au Québec

Le directeur des communications de M. Scheer, Brock Harrison, a pour sa part déclaré que M. Rayes avait mal compris la position du parti, selon HuffPost Canada. Mais il a nié que les conservateurs disent une chose en anglais et une autre en français.

Sur Twitter, M. Rayes a par ailleurs rappelé qu'au cours des 10 années du gouvernement conservateur, dont 4 au sein d'un gouvernement majoritaire, il n'y a eu aucun changement législatif à ce sujet.

Les autres partis à l'attaque

M. Rayes a répété à de multiples reprises la position extrêmement claire de son parti au cours d'une entrevue qui réunissait des représentants de trois autres formations politiques sur le plateau de l'émission 24/60, sur les ondes d'ICI RDI.

Un gouvernement conservateur ne déposera pas de projet de loi sur le sujet, a-t-il insisté, éludant les questions sur d'éventuels projets de loi déposés par de simples députés.

Vérités et mensonges en politique ?

Pour une rare fois, les autres formations se sont montrées unies dans leurs critiques, accusant notamment les conservateurs de ne pas jouer franc-jeu et de tenir un double discours.

La ministre libérale Mélanie Joly a déploré la position floue des conservateurs sur l'avortement et a affirmé qu'ils avaient leurré leurs candidates au Québec.

M. Scheer dit une chose aux Québécois et aux candidates et dit son contraire à ses amis anti-choix partout à travers le pays.

Mélanie Joly, ministre libérale et députée d'Ahuntsic-Cartierville

Le député du Bloc québécois Xavier Barsalou-Duval a abondé dans le même sens, déplorant que son adversaire conservateur débite une cassette.

Le Parti conservateur s'est mis dans le trouble parce qu'il tenait un discours en français et un autre discours en anglais, a-t-il lancé.

M. Rayes n’a jamais dit qu’il va empêcher des députés de déposer des projets de loi privée et c’est là le problème, a pour sa part souligné le lieutenant politique du Nouveau Parti démocratique pour le Québec, Alexandre Boulerice. C'est ça toute la nuance, c’est ça que M. Sheer dit depuis 2016, que M. Rayes n’a pas dit à ses candidates quand il les a recrutées dernièrement.

Une frange du PCC est contre l’accès à l'avortement et contre le choix des femmes, a-t-il ajouté, notant que plusieurs députés conservateurs avaient participé à une manifestation contre l'avortement sur la colline du Parlement, au printemps dernier.

En mai, une motion du Bloc québécois stipulant que le corps de la femme n'appartient qu'à elle seule et [qui] reconnaît son libre choix en matière d'avortement pour quelque raison que ce soit avait été applaudie par les députés des autres partis, à l'exception des conservateurs.

Notre dossier Élections Canada 2019

Andrew Scheer et la libre conscience des députés

Lors de la course à la direction du Parti conservateur, en 2017, Andrew Scheer avait ouvertement courtisé les militants pro-vie.

Catholique opposé à l'avortement, il avait indiqué qu'un éventuel gouvernement conservateur ne rouvrirait pas le débat, sans toutefois promettre d'interdire aux membres de son caucus de présenter une loi pour empêcher ou restreindre l'avortement.

Sur son site web de campagne, retiré depuis, il soulignait dans une déclaration sur les enjeux liés à la vie avoir toujours voté en faveur des projets de loi pro-vie, selon CTV News, qui a retrouvé la cache du site. Dans un article de mai 2019, le réseau rappelait qu'Andrew Scheer avait dit vouloir que le Parlement réexamine un projet de loi afin que le fait de blesser ou de tuer un fœtus dont la mère a été agressée ou tuée soit une infraction pénale.

Il avait également soutenu le vote libre des députés sur certains enjeux auprès de sites antiavortement, comme Life Site ou Right Now.

C'est important que le dirigeant de notre parti [...] célèbre la tradition des votes libres sur les questions de conscience, avait-il dit à l'époque, au cours d'un entretien avec Right Now.

J'ai toujours voté en faveur des projets de loi pro-vie. Je peux assurer que je soutiens le droit des députés à s'exprimer et à mettre de l'avant des enjeux qui sont importants pour eux.

Andrew Scheer, à l'organisation Right Now, lors de la course à la direction

Depuis des années, la formation promet qu'un éventuel gouvernement conservateur ne rouvrira pas le débat, mais permet toutefois à ses députés de présenter des projets de loi d'initiative parlementaire en ce sens.

Lors des années Harper, il y a eu quelques projets de loi déposés par des députés conservateurs d'arrière-ban. Soumis à un vote libre par le chef conservateur, ils n'ont pas été adoptés.

Par exemple, le député conservateur Stephen Woodworth avait, en 2012, proposé de restreindre l'avortement. Le gouvernement Harper avait voté en bloc contre le projet, à l'exception de la ministre Rona Ambrose.

Réactions synchronisées

En juillet, des candidates conservatrices au Québec ont confié à La Presse canadienne qu'elles avaient voulu avoir l'heure juste auprès de M. Rayes avant de rejoindre les rangs conservateurs.

Malgré la controverse soulevée ces derniers jours, elles semblent avoir été convaincues par les explications données depuis par Alain Rayes et sont restées solidaires de la formation.

Celles-ci, ainsi que Sylvie Fréchette, ont assuré mardi sur Facebook ou sur Twitter dans des messages quasi identiques que M. Rayes avait toujours été clair sur la question de l'avortement et répété que le débat ne serait pas rouvert, reprenant ainsi le message du député.

Jessica Ebacher, aujourd'hui candidate dans Drummond, et Isabelle Lapointe, candidate dans La Prairie, ont en outre accusé les libéraux d'être désespérés. Mme Ebacher a par ailleurs souligné qu'elle était pro-choix.

Après avoir été recrutée par le PCC, Jessica Ebacher avait expliqué à La Presse canadienne qu'elle voulait s'assurer que le débat était clos et que ça ne ferait pas surface sous un gouvernement conservateur.

Mme Lapointe avait de son côté affirmé qu'elle n'aurait pas fait le saut si elle avait eu un seul doute sur la position des conservateurs.

Avec les informations de La Presse canadienne

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