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L'opposition réclame une compensation plus juste pour les chauffeurs de taxi

Le reportage de Russell Ducasse

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

Les trois partis d'opposition entendent talonner le ministre des Transports François Bonnardel pour assurer un dédommagement plus juste aux chauffeurs de taxi, pendant l’étude détaillée du projet de loi 17, qui reprenait mardi à Québec. Le Parti libéral exige d'ailleurs que le montant de cette compensation soit décidé par arbitrage.

La Commission des transports et de l'environnement avait commencé en juin à analyser le texte de la Loi concernant le transport rémunéré de personnes par automobile. Elle doit terminer l'exercice mardi prochain, soit le 3 septembre.

Le projet de loi 17, qui doit entrer en vigueur en 2020, prévoit l’abolition des permis de taxi et vise à moderniser la réglementation. Québec souhaite libéraliser davantage une industrie bouleversée depuis quelques années par l’arrivée de nouveaux joueurs, en particulier Uber, qui s'est installé au Québec en contournant l’obligation de détenir de tels permis. Leur abolition mécontente les chauffeurs, dont certains ont payé jusqu’à 200 000 $ pour en obtenir un.

Le Parti libéral, le Parti québécois et Québec solidaire estiment tous les trois que le ministre Bonnardel se montre inique en ne voulant leur rembourser que 720 millions de dollars.

Le porte-parole péquiste en matière de transports, Joël Arsenault, et son homologue solidaire, Ruba Ghazal, se sont dits d'avis, mardi matin, que Québec devrait leur rembourser la valeur de leurs permis avant l'arrivée d'Uber, en 2014, un montant qui tourne autour de 1,3 milliard, selon les principaux intéressés.

M. Arsenault a proposé d'indexer la valeur des permis, afin d'arriver à des chiffres plus équitables.

Et les nouveaux joueurs responsables du chamboulement de l'industrie devraient devoir mettre la main dans leur poche, ont plaidé M. Arsenault et sa collègue solidaire. Il faut aller chercher l’argent nécessaire pour compenser les détenteurs actuels de permis chez ceux [...] qui vont accaparer le marché, et évidemment, on parle ici d'Uber, Lift et compagnie, a affirmé le député péquiste des Îles-de-la-Madeleine, avant l'audience de la Commission des transports et de l'environnement.

Mme Ghazal a elle aussi demandé que la compensation vienne d’eux.

Il existe une compagnie – c’est à cause d’elle qu’on est ici aujourd’hui – qui fait énormément de dommages partout. Il y a des pays à travers le monde qui ont décidé, eux, de se tenir debout et de limiter l’arrivée d’Uber. Ce qu’on dit ici, c’est : est-ce qu’on peut arrêter de faire exactement tout ce que les lobbyistes d’Uber demandent?

Ruba Ghazal, porte-parole de Québec solidaire

Qualifiant les façons de faire du ministre Bonnardel de fondamentalement injustes, le libéral Gaétan Barrette a pour sa part déploré que celui-ci ait décidé de l'ampleur de la compensation seul dans son bureau, signalant qu'un processus d'arbitrage serait de loin préférable.

M. Barrette a soutenu que la procédure normale d'expropriation n'est pas respectée dans le plan de rachat des permis de taxi.

Ce n’est pas au ministre, de façon discrétionnaire, de décider quel va être le montant de compensation. Ça, c’est l’enjeu primordial.

Gaétan Barette, porte-parole du Parti libéral

Le gouvernement de Philippe Couillard avait promis un fonds de dédommagement de 250 millions de dollars, enveloppe que celui de François Legault a d'abord doublée, pour ensuite y ajouter 270 millions. Cette offre de 720 millions, que le ministre Bonnardel a plusieurs fois qualifiée de finale, demeure néanmoins trop basse pour les chauffeurs de taxi, qui réclament une pleine compensation de la perte de valeur qu’ont subie leurs permis.

Valérie Plante, mairesse de Montréal, a dit lundi comprendre la colère des chauffeurs. C’est correct de revoir les façons de faire ou de moderniser l’industrie, on est d’accord, a-t-elle dit. Mais ça doit se faire de façon équitable. Que celles et ceux qui ont payé des permis, par exemple, que ce soit honoré de façon convenable.

Mais le ministre Bonnardel estime que les sommes prévues sont justes et équitables. Aujourd’hui, la valeur marchande de ces permis est moindre que ce que nous donnons, avait-il lancé lundi.

Les représentants de l'opposition n'ont pas manqué de souligner que c'est justement parce que le gouvernement a laissé Uber s'imposer dans le secteur du transport de personnes sans respecter les règles que la valeur des permis de taxi a dégringolé.

J’ai dit que je n’allais abandonner personne, a répondu M. Bonnardel mardi matin. En remboursant le prix initialement payé à hauteur de 150 000 $ voilà deux ans ou de 50 000 $ voilà huit ans, je pense qu’on répond positivement à ces problématiques, à ces craintes, à ces bouleversements.

Convoi de taxis à l’aéroport

Outre ce dédommagement, les chauffeurs réclament des conditions d’exercice équivalentes entre les chauffeurs de taxi traditionnels et ceux issus des nouveaux modèles, notamment sur les classes de permis de conduire, les assurances, les catégories de voiture, leur âge et ainsi de suite.

Lundi, des dizaines de chauffeurs de taxi se sont rendus à l’aéroport Montréal-Trudeau, autour duquel ils ont perturbé la circulation pendant environ une heure.

Ils n’ont cependant pas bloqué le trafic, car une injonction obtenue par Aéroports de Montréal en 2016 et toujours en vigueur leur ordonne de s'abstenir d'obstruer, seuls ou en groupe, l'accès à l'aéroport [ou à] son stationnement.

Le choix de l’aéroport pour la manifestation n’était pas anodin : pour les chauffeurs de taxi traditionnels, le droit de desservir l’aéroport est octroyé par tirage au sort et il en coûte entre 100 $ et 200 $ pour y participer, selon le type de voiture. Les gagnants sont également tenus d’avoir certains modèles de véhicules, dont le coût d’achat est supérieur à la moyenne; ces voitures doivent de plus arborer la signature « Bonjour ».

Autant d’exigences qui ne sont pas imposées aux chauffeurs de nouveaux services.

Ils laissent Uber entrer et desservir l’aéroport avec n’importe quelle voiture, sans code vestimentaire, sans image de marque, sans rien. Ce n’est pas normal, pas normal du tout d’avoir ces deux poids, deux mesures. Tout le monde doit jouer selon les mêmes règles, a estimé Hassan Kattoua, porte-parole des chauffeurs.

Les chauffeurs de taxi ont assuré que d’autres moyens de pression sont à venir.

Avec les informations de La Presse canadienne

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