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analyse

Le G7 sort de l’insignifiance avec la percée iranienne

Le président américain Donald Trump en compagnie de son homologue français, Emmanuel Macron.

L'attitude d'Emmanuel Macron donne à penser qu'il veut démontrer que la France est déterminée à sauver l'accord iranien.

Photo : AFP/Getty Images / LUDOVIC MARIN

François Brousseau

Le G7 est-il une survivance de plus en plus insignifiante du 20e siècle? Beaucoup l’ont dit, alors que des contre-pouvoirs à ce « club des riches occidentaux » (plus le Japon) se sont levés et imposent désormais leurs vues au détriment des puissances de naguère, qui avaient fondé ce forum économique au début des années 1970.

Ce sont maintenant la Chine, la Russie, l’Inde. Ce sont les autres forums politiques et économiques, nombreux et influents : G20, APEC, Groupe de Shanghai, etc. Il y a également les pouvoirs financiers et industriels qui dictent souvent leurs vues aux gouvernements et qui échappent aux lois et aux impôts. Et puis les ONG plus ou moins radicales qui organisent des contre-sommets.

Sans oublier les dissensions internes dans le club lui-même. La cohésion au sein du G7 n’est plus du tout tenue pour acquise.

Le sommet de 2018 à La Malbaie, avec la fameuse tirade sur Twitter d’un Donald Trump à peine sorti du Manoir Richelieu, retirant in extremis sa signature, symbolisait en quelque sorte la confusion, voire l’impuissance de ce qu’était devenu le G7 dans la seconde décennie du 21e siècle.

Le président hôte, metteur en scène

Pour contrer cette tendance à l’insignifiance, le président du pays hôte du sommet de 2019, en l’occurrence la France, s’est démené pour lui redonner un sens et plaider son « utilité ». Utilité qui, selon Emmanuel Macron, « se démontre dans l’action ». Y compris l’action théâtrale...

Outre un nombre sans précédent d’invités extérieurs – dont une dizaine de présidents et de premiers ministres non membres du G7 –, le point culminant de ce sommet a été sans nul doute le retour, l’irruption spectaculaire de la question nucléaire iranienne. Thème imposé par le président Macron, avec un coup d’éclat qui a pris tout le monde par surprise : la visite inattendue du ministre des Affaires étrangères de l’Iran.

Rappelons que l’Iran est désigné aujourd’hui, par des pays comme les États-Unis, Israël et l’Arabie saoudite, comme le « fauteur de troubles », l’ennemi absolu dans toute la région du Proche et Moyen-Orient. Cette intransigeance avait inspiré le retrait unilatéral, en juin 2018, des États-Unis de l’accord international sur le nucléaire iranien, sous les applaudissements de Riyad et de Jérusalem.

Au début de l’été, après plusieurs incidents ayant impliqué des navires dans les environs du détroit d’Ormuz, et avec la rhétorique menaçante de Washington comme de Téhéran, on craignait une escalade violente, voire une nouvelle guerre du Golfe.

L’Iran se plaignait d’être mis au ban des nations, alors que ce pays avait – jusque-là – scrupuleusement respecté les termes du fameux accord de juillet 2015, qui limitait sévèrement les capacités nucléaires des Iraniens, en échange d’une levée progressive des sanctions.

Au seuil de l’été, Donald Trump y est allé de déclarations menaçantes, parlant d’utiliser une « force foudroyante » contre le pays des ayatollahs. Les répliques du guide suprême Ali Khamenei et même du président Hassan Rohani (réputé modéré) étaient du même ton.

La prochaine étincelle allait-elle mettre le feu aux poudres?

Trump bon prince, Macron diplomate

Au contraire, l’été 2019 se termine avec un G7 de consensus, avec un Javad Zarif (le ministre iranien des Affaires étrangères) en invité vedette, pendant que les deux présidents vedettes (l’Américain et le Français) multiplient les accolades, Trump parlant même d’une « réunion fantastique ».

Devant « l’initiative iranienne » d’Emmanuel Macron, qu’il aurait pu a priori recevoir comme une gifle, l’Américain a plutôt tenté de faire bella figura, allant même jusqu’à inventer qu’il avait autorisé au préalable cette invitation des Iraniens à Biarritz (alors que ses propres conseillers ne cachaient pas leur furie, lorsqu’ils ont vu arriver l’avion de Javad Zarif!)

Diplomatique, M. Macron n’a pas contredit M. Trump.

La volonté et les gestes du président français à Biarritz expriment au moins deux choses : primo, la volonté un brin narcissique de replacer la France au cœur de la diplomatie internationale, malgré le risque, toujours existant, de jouer à « la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf ».

Et secundo, au-delà de la France, il y a la détermination réitérée, par l’Europe, de sauver l’accord nucléaire iranien, d’affirmer sa différence avec les États-Unis, et d’éviter une nouvelle guerre au Moyen-Orient, qui pourrait être déclenchée dans le golfe Persique entre l’Iran et l’Arabie saoudite.

Du côté de Téhéran, le président Rohani se dit aujourd’hui prêt à envisager des contacts directs avec Washington. M. Trump lui-même se met (un petit peu) à parler de l’Iran comme de la Corée du Nord (qui elle, au contraire de l’Iran, a vraiment la bombe atomique). Il laisse entendre qu’il pourrait envisager un sommet Iran-États-Unis facilité par la France « quand les circonstances seront réunies ».

On peut rêver… On peut aussi, fort légitimement, douter du réalisme de tels objectifs, et imaginer que cette belle initiative finisse par faire pschitt.

Mais avec ce retour inattendu de la question iranienne – alors qu’on croyait l’accord de juillet 2015 mort et enterré – et les manœuvres diplomatiques de M. Macron à Biarritz, le G7 moribond se voit insuffler une nouvelle vie, une certaine vitalité diplomatique.

Reste à voir si ce sera plus qu’un feu de paille.

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