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Bolsonaro accepte finalement une aide financière de l'étranger pour l'Amazonie

Le récit de Sophie Langlois

Photo : Reuters / Adriano Machado

Radio-Canada
Mis à jour le 

Après avoir rejeté une offre du G7, le Brésil s'est finalement dit « ouvert » mardi à recevoir une aide financière « d'organisations étrangères et même de pays » pour lutter contre les incendies en Amazonie, à condition de contrôler les fonds.

« Le point essentiel est que cet argent, une fois entré au Brésil, n'aille pas à l'encontre de la souveraineté brésilienne et que la gestion des fonds soit sous notre responsabilité », a précisé un porte-parole de la présidence, au lendemain d'une offre de 20 millions de dollars émanant des pays du G7.

Un peu plus tôt mardi, le président Jair Bolsonaro avait conditionné l'arrivée de l'aide du G7 au « retrait de [ses] insultes » par son homologue français Emmanuel Macron, en référence aux accusations du président français selon lesquelles il avait « menti » sur ses engagements environnementaux.

Avant que nous parlions ou que j’accepte quoi que ce soit de la France, il [Macron] doit retirer ses mots. D’abord, il retire [ses propos], ensuite, il offre [une aide], et alors je vais répondre.

Jair Bolsonaro, président du Brésil

Les deux chefs d'État sont enlisés dans une guerre des mots depuis quelques jours. Jair Bolsonaro s'est moqué de la femme du président français, Brigitte Macron, sur Facebook et a accusé son homologue français de ne pas respecter la souveraineté du Brésil.

Lundi, Emmanuel Macron a jugé tristes les propos selon lui irrespectueux tenus par M. Bolsonaro à l'encontre de son épouse et a dit espérer que le Brésil ait très rapidement un président à la hauteur.

Dans des commentaires publiés lundi par le portail d'information brésilien G1, le chef du cabinet du président Bolsonaro, Onyx Lorenzoni, avait remercié le G7 pour son offre, avant de déclarer que ces moyens seraient peut-être plus pertinents pour la reforestation de l'Europe.

Le Brésil est une nation démocratique libre et n'a jamais eu de comportements colonialistes et impérialistes comme c'est peut-être l'objectif du Français Macron. D'ailleurs, avec un fort taux interne de rejet, avait-il ajouté.

Macron n'arrive même pas à éviter un incendie prévisible dans une église qui fait partie du patrimoine mondial de l'humanité, et il veut nous donner des leçons pour notre pays, avait encore dit M. Lorenzoni, dans une allusion à l'incendie qui a détruit la cathédrale Notre-Dame de Paris en avril.

Il a beaucoup à faire chez lui et dans les colonies françaises, avait aussi déclaré M. Lorenzoni, faisant référence aux départements et territoires d'outre-mer de la France, dont fait partie la Guyane, frontalière du Brésil et qui comprend une petite partie de la forêt amazonienne.

Personne n'a besoin d'une nouvelle initiative pour l'Amazonie, avait commenté le chef de la diplomatie brésilienne, Ernesto Araujo, soulignant qu'il existait déjà des mécanismes sous l'égide de la Convention du climat de l'ONU pour financer le combat contre la déforestation, et pour reboiser.

Le président américain Donald Trump ne s'est pas empêtré dans ce litige. Dans un tweet publié mardi, il a loué sans détour les efforts de M. Bolsonaro pour combattre les feux en Amazonie.

J'ai appris à bien connaître le président Bolsonaro. Il travaille très fort sur les feux en Amazonie et, à tous égards, fait un très bon boulot pour le peuple brésilien. Pas facile. Lui et son pays ont le soutien entier et sans réserve des États-Unis!, a-t-il commenté.

M. Bolsonaro n'a pas tardé à le remercier par le même canal. Nous combattons les feux de forêt avec beaucoup de succès. Le Brésil a toujours été et sera toujours une référence internationale pour le développement durable, a-t-il affirmé.

La campagne de désinformation contre notre souveraineté ne fonctionnera pas, a-t-il ajouté.

Des braises illuminent un tronc d'arbre effondré.

Une parcelle de la jungle amazonienne brûle près de Canarana, dans l'État de Mato Grosso, le 26 août 2019.

Photo : Reuters / Lucas Landau

Un plan d'aide en deux phases

Le plan d'aide offerte par le G7 se décline en deux phases. La première, plus urgente, consiste à envoyer une flotte pour éteindre les incendies. La France y participera en envoyant ses troupes basées en Guyane, territoire français frontalier avec le Brésil.

La deuxième phase, qui devra se discuter à la fin de septembre à l'ONU, vise une reforestation de l'Amazonie.

Cette initiative pour l'Amazonie requiert cependant l'accord du Brésil et des huit autres États amazoniens, en lien avec les organisations non gouvernementales et les populations locales.

En plus de cette aide du G7, le premier ministre britannique Boris Johnson a offert lundi une aide de 10 millions de livres (16,3 M$ CA) pour aider à la reforestation de la forêt amazonienne.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a aussi proposé son appui, à hauteur de 15 millions de dollars. Il a rappelé qu'au cours des dernières années, des pays comme le Mexique et l’Australie ont aidé le Canada à combattre des feux de forêt de grande ampleur.

Par ailleurs, le Brésil a accepté l'aide d'Israël, qui a proposé d'envoyer un avion, et compte sur l'aide du Chili et de l'Équateur, qui ont offert un soutien matériel et humain.

Un pacte pour la protection de l'Amazonie

Le Pérou et la Colombie ont appelé mardi les pays amazoniens à participer à une rencontre présidentielle le mois prochain sur les incendies qui font rage au Brésil et en Bolivie, et à conclure un pacte. Elle devrait se tenir le 6 septembre dans la région de Leticia, en Colombie.

Cela ne devrait pas être simplement une politique en réponse à l'urgence des incendies auxquels les pays voisins font face. Elle devrait plutôt avoir une vision à long terme sur la manière d'empêcher la déforestation, a expliqué le président péruvien Martin Vizcarra.

Les incendies circonscrits?

Le ministre brésilien de la Défense, Fernando Azevedo e Silva, a indiqué lundi que les incendies en Amazonie étaient maîtrisés. Selon lui, l’envoi de 2500 soldats et les pluies tombées dans plusieurs régions ont contribué à maîtriser les feux.

Le ministre a estimé que la situation « a été un peu exagérée », en précisant que le pays a connu certaines années « des pics d’incendies beaucoup plus graves ». Il a toutefois concédé que la situation est « un peu préoccupante » dans trois États du pays, dont celui de Rondonia, frontalier de la Bolivie.

Selon les derniers chiffres officiels, 80 626 incendies ont été enregistrés au Brésil cette année, dont plus de la moitié en Amazonie. C'est un sommet en six ans.

La déforestation accélérée sous le gouvernement de Jair Bolsonaro qui encourage les cultures et l'élevage de bovins en Amazonie, jumelée à la saison sèche, pourrait expliquer l'ampleur des feux.

Gestion diplomatique

Le président brésilien Jair Bolsonaro pourrait se rendre cette semaine en Amazonie pour évaluer les mesures, avait déclaré lundi un porte-parole.

Selon Reuters, le ministère brésilien des Affaires étrangères aurait demandé lundi aux ambassadeurs du Brésil en Europe et dans les autres pays du G7 de s'abstenir de prendre des congés dans les deux prochaines semaines afin de coordonner une réponse diplomatique à la vague d'inquiétude mondiale provoquée par les feux en Amazonie.

Cette décision aurait été prise dimanche, lors d'une réunion d'urgence entre MM. Bolsonaro et Araujo.

Avec les informations de Reuters, et Agence France-Presse

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