•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Boom culturel dans la Petite-Nation : quatre festivals naissent en l’espace d’un mois

Est-il possible de consommer de la culture en dehors des grands centres urbains?

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Un nouvel outil disponible sur le web en français et en anglais veut aider les jeunes qui entrent au collège ou à l’université à entamer avec sérénité cette nouvelle étape de leur vie étudiante.

Entre le 22 août et le 28 septembre 2019, de nouveaux festivals d’humour, de jazz/blues et de musique traditionnelle, ainsi qu’une fête des récoltes s’ajoutent au calendrier culturel de la MRC de Papineau. Pourquoi cette recrudescence de nouveaux événements dans la Petite-Nation et, surtout, pour qui? Regard sur un phénomène par lequel la culture semble vouloir prendre la clé des champs, hors des grands centres urbains.

Entre le 22 et le 25 août dernier, Thurso a accueilli plus de 2500 personnes à l’occasion de son tout premier événement d’humour, le Festival rires Petite-Nation.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Le premier Festival rires Petite-Nation

La municipalité de Montebello, réputée pour la tenue du Montebello Rock (anciennement Rockfest), se prépare quant à elle au lancement de Musika, un événement qui regroupera des spectacles de jazz, de blues et autres découvertes du 13 au 15 septembre. Simultanément, Ripon présentera un premier Festival de musique traditionnelle avec des prestations sous chapiteau, mais aussi dans des résidences privées, pour se distinguer. Puis, le 28 septembre, Saint-André-Avellin propose un Festival des moissons rassemblant les producteurs agroalimentaires de la région.

Quatre nouveaux festivals en autant de semaines, « ce n’est pas surprenant », selon le maire de Montebello, Martin Deschênes. Il y a un momentum, présentement, au conseil des maires, affirme-t-il.

M. Deschênes explique que l’ensemble de la MRC de Papineau - regroupant 24 municipalités - planche présentement sur une nouvelle stratégie identitaire visant à faire mousser le tourisme.

Le nouveau slogan « En Petite Nation, revenez sur terre » propose une stratégie dans laquelle la culture se trouve au premier plan en raison de son pouvoir d’attraction. Le patrimoine fait partie de notre histoire. Simplement s’asseoir et ne rien faire en espérant que les gens soient intéressés, c’est difficile de croire que ça va perdurer dans le temps, soutient le maire de Montebello. Il faut vraiment que ce soit une priorité.

« Une priorité » politique... surtout financée par le privé

Selon le maire de Thurso et préfet de la MRC de Papineau, Benoit Lauzon, la décentralisation de la culture est également en tête de liste des priorités du gouvernement provincial.

On travaille directement avec la ministre [du Tourisme, Caroline Proulx ], puis c’est un sujet qu’on va travailler dans la prochaine année : comment on peut mieux supporter les événements culturels en région, en dehors des grands centres urbains, précise celui qui préside aussi la Commission de la culture, des loisirs et de la vie communautaire de l’Union des municipalités du Québec.

Un couple portant des polos noirs sourit en regardant la caméra, placés devant un chapiteau blanc.

Yan Proulx et Isabelle Millette, propriétaires du journal Les 2 Vallées, ont lancé le Festival rires Petite-Nation en 2019.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Est-ce qu’ils donnent des subventions? Non. Nous, on est partis avec zéro, fait fièrement valoir Isabelle Millette, l’organisatrice du Festival rires Petite-Nation et propriétaire du journal Les 2 Vallées qui a financé la quasi-totalité de l’événement.

Pour la saison printemps-été 2019, le gouvernement du Québec a accordé 786 000 $ en subventions à des événements de l’Outaouais par l’entremise du programme d’Aide financière aux festivals et aux événements touristiques.

Sur huit événements ayant reçu un montant de cette enveloppe, le Festival western de Saint-André-Avellin (42 000 $) et le Festival de la fibre Twist (18 000 $) sont les seuls qui ne se déroulent pas sur le territoire de la Ville de Gatineau.

Source : Gouvernement du Québec  (Nouvelle fenêtre)

Ainsi, les quatre nouveaux rendez-vous de la Petite-Nation sont presque entièrement financés par des partenaires privés, à l’exception d’un coup de main des municipalités. Ces dernières peuvent entre autres contribuer par le biais de placement publicitaire ou en fournissant les infrastructures et les services nécessaires à l’entretien des sites de l’événement.

C’est difficile, en tant que municipalité, d’investir l’argent du public. Il ne faut pas oublier que l’argent disponible dans les municipalités provient des taxes.

Martin Deschênes, maire de Montebello

Soit on investit dans des activités, soit on investit dans des infrastructures, l'entretien du village, et des choses importantes et nécessaires comme l’eau potable, indique M. Deschênes. C’est difficile d’encourager et d’investir avec des promoteurs, alors on invite, on accueille, on s’assure que les infrastructures soient disponibles. On s’assure que ce soit le plus fonctionnel possible.

Un homme vêtu de pâle sourit devant un chapiteau.

« La culture fait partie du développement économique », avance le maire de Montebello, Martin Deschênes.

Photo : Radio-Canada

Malgré la difficulté de trouver du financement, les organisateurs d’événements s’entêtent à tenir la culture à bout de bras, convaincus que ce qu’ils offrent manquait au paysage culturel de la Petite-Nation.

Or, s’ils souhaitent rendre la culture plus accessible en région, ils aspirent également à faire découvrir leur coin de pays.

Pour les gens d’ici

Les organisateurs du Festival rires ont voulu d’abord et avant tout faire plaisir aux résidents de Thurso, une population « vieillissante », selon eux. Ils ont choisi leurs têtes d’affiche, dont Michel Barrette et André-Philippe Gagnon, pour plaire à leur public cible : les gens âgés de 35 ans et plus.

On voit l’engouement qu’il y a. Les gens sont contents. On se fait féliciter toutes les fois qu’on est dans la rue. Les gens de Thurso sont vraiment enthousiastes qu’on ait choisi leur ville, se réjouit Isabelle Millette.

L’humoriste et animateur Simon Lavergne, originaire de Ripon, a aussi participé au développement de la programmation de l’événement. Il assure qu’il n’a pas été difficile d’attirer de grands noms de l’humour en région, puisque la MRC de Papineau est reconnue pour son charme pittoresque et ses attraits touristiques.

Si les gens ne peuvent pas y aller, on va amener le spectacle à eux parce qu’ils vont le consommer! Ils veulent de la culture, ils veulent rire, ils veulent voir des bons shows de musique.

Simon Lavergne, humoriste
Un homme portant une casquette et un chandail foncés sourit, placé devant un chapiteau.

Simon Lavergne, animateur et humoriste originaire de Ripon dans le Patite-Nation.

Photo : Radio-Canada

Les gens de région ont le droit aussi d’avoir leurs spectacles. Ils ont le droit aussi de sortir, puis souvent, ils ne vont pas le faire parce que les spectacles sont en semaine, souvent dans les centres urbains. Ils doivent faire de la route après pour revenir à la maison et tout ça, déplore M. Lavergne. Là, on leur amène ça chez eux, puis on voit que les gens ont soif de culture parce que, justement, ils viennent, ils participent!

Mélanie Hotte, la présidente de la chambre de commerce Vallée Petite-Nation, applaudit quant à elle l’arrivée du Festival de musique traditionnelle à Ripon, un style très populaire auprès des jeunes familles.

Ça fait partie de nos racines, mais c’est impressionnant de voir les jeunes qui s’attribuent la musique traditionnelle, souligne-t-elle. Je pense que d’amener des festivals de leur catégorie d’âge aussi, ils vont sentir un lien d’appartenance, puis d’intérêt. Veut, veut pas, c’est l’fun la campagne, mais quand il n’y a pas grand chose qui se passe, bien, les jeunes vont souvent en exode à l’extérieur.

Une femme portant une robe à pois sourit à la caméra

Mélanie Hotte, présidente de la Chambre de commerce Vallée Petite-Nation, est d'avis que les nouveaux festivals comblent un besoin dans sa région.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Pour mousser l’économie locale

Yvan Tanguay est à la barre de la direction artistique de Musika et travaille de concert avec un conseil d’administration qui désire en faire un rendez-vous pour les mélomanes d’ici, mais surtout d’ailleurs.

On veut être une attraction. On veut faire connaître notre belle région, avance M. Tanguay, justifiant ainsi une programmation se déroulant principalement au Château Montebello et sur la rue principale du village.

Entretenir le monde de la place, c’est beau, c’est bon, puis c’est noble, mais ce n’est pas ça qui va faire connaître notre région!

Yvan Tanguay, directeur de Musika et ancien propriétaire du Théâtre des Quatre Soeurs de Saint-André-Avellin.

Le directeur artistique de Musika espère attirer les touristes avec une programmation « bonbon » pour faire de Montebello une destination où les gens consomment culture et produits locaux.

Le culturel, ce n’est pas des entreprises payantes directement. Les retombées ne vont pas dans l’entreprise, elles vont à l’extérieur, c’est-à-dire les restaurants, les hôtels, nuance l’homme d’affaires.

Une foule est assise sous un chapiteau.

« Avoir de l’appui politique, ça va tout le temps aider à faire vivre les festivals. C’est une chose, ça c’est clair. Mais il reste que la communauté doit participer », croit Isabelle Millette, cofondatrice du Festival rires Petite-Nation.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Les doigts croisés pour la pérennité

M. Tanguay était jadis propriétaire du Théâtre des Quatre Soeurs, une institution culturelle qui a forgé le paysage culturel de Saint-André-Avellin durant 60 ans. Il affirme que la fermeture de l’établissement a entraîné la disparition de sept restaurants des environs, renforçant sa conviction que culture et économie sont étroitement liées.

Avoir une institution culturelle que tu portes à bout de bras, c’est épuisant.

Yvan Tanguay, directeur de Musika et ancien propriétaire du Théâtre des Quatre Soeurs de Saint-André-Avellin

S’il croit qu’il faut des partenaires financiers aux reins solides pour assurer la survie des festivals, il est également d’avis qu’il leur faut se diversifier.

C’est cyclique, mais la mort des festivals arrive quand les festivals se ressemblent trop, ajoute Yvan Tanguay.

Un homme vêtu de noir et portant des lunettes.

Claude St-Jean est directeur de l'animation culturelle, des loisirs et des sports à la Municipalité de Saint-André-Avellin. En trois ans, il dit n'avoir constaté aucune augmentation des subventions accordées aux événements en région rurale.

Photo : Radio-Canada

Le directeur de l'animation culturelle, des loisirs et des sports à la Municipalité de Saint-André-Avellin, Claude St-Jean, abonde.Dans le Petite-Nation, on est près des centres urbains, donc on va rivaliser avec la salle Odyssée [de la Maison de la culture de Gatineau], le Centre national des arts. [...] On doit nécessairement faire quelque chose qui est complètement différent d’ailleurs, renchérit-il.

Pour Isabelle Millette, l’organisatrice du Festival rires, la viabilité d’un événement repose d’abord sur la participation de la communauté, qui se doit d’acheter des billets, mais aussi sur les organisateurs.Il faut tout le temps rester innovateurs, il faut tout le temps continuer au niveau de la recherche, puis ne pas avoir peur, puis foncer , conclut Mme Millette.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !