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Karine Trudel : de factrice à politicienne

Karine Trudel

Karine Trudel a été élue députée de la circonscription de Jonquière en octobre 2015.

Photo : Radio-Canada / Mélyssa Gagnon

Mélyssa Gagnon

« J’ai commencé mon mandat avec deux Denis, Lebel et Lemieux, et je vais le finir avec deux Richard, Hébert et Martel. Mais, moi, je suis toujours restée Karine! »

Les « Denis » auxquels la députée sortante de Jonquière, Karine Trudel, fait référence ont renoncé à leur siège en cours de mandat. Lebel a démissionné dans Lac-Saint-Jean à la suite de la déconfiture des conservateurs aux élections fédérales de 2015, tandis que le libéral Lemieux a invoqué des raisons familiales pour s’éclipser de Chicoutimi-Le Fjord deux ans à peine après sa victoire. Deux partielles ont ensuite fait élire Richard Hébert et Richard Martel dans les circonscriptions devenues orphelines.

À l’approche de la campagne électorale fédérale, nous vous proposons un regard sur le travail des trois députés de la région.

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Il y a quatre ans, alors qu’elle était la présidente régionale du syndicat des postiers, Karine Trudel choisissait de troquer son sac de factrice pour la mallette de députée.

C’est au terme d’une longue réflexion menée en 2014, conjointement avec les membres de sa famille, que la mère monoparentale de deux garçons, aujourd’hui âgés de 11 et 13 ans, a choisi de faire son entrée dans la sphère politique.

Elle ignorait que ce nouveau choix de carrière serait assorti d’une éreintante campagne électorale s’échelonnant sur 78 jours, la plus longue de l’histoire du Canada. Et, depuis, le marathon de la députée de Jonquière se poursuit.

Rythme effréné

Structure, organisation et optimisation : trois mots qui définissent bien Karine Trudel, selon la principale intéressée. Les lundis à 5 h 30, elle monte à bord d’un avion en direction de Montréal et prend ensuite une correspondance vers Ottawa.

Aucune minute n’est perdue, y compris celles pendant lesquelles la députée incline son siège et enfouit une paire d’écouteurs au creux de ses oreilles pour se laisser bercer par la voix d’Ariane Moffatt. C’est une relaxation assurée et la récupération d’une petite heure de sommeil, ce qui constitue, à son avis, un bon investissement de temps.

Chaque escale permet à la députée de lire des documents et de prendre contact avec ses cinq adjoints : quatre à Jonquière, un à Ottawa.

Je leur parle chaque heure. Je suis en communication constante avec eux. Surtout quand il y a des discussions importantes en Chambre et que je dois rester à Ottawa, comme c’était le cas quand il y a eu les débats entourant la loi spéciale sur Postes Canada, note-t-elle.

Jérémie Tremblay, son adjoint, confirme. On est le prolongement de Karine. Il y a 168 heures dans une semaine. Elle ne peut pas tout faire seule.

Karine Trudel et son adjoint, Jérémie Tremblay.

Karine Trudel déteste les retardataires. « C’est ce que j’ai trouvé le plus dur quand je suis devenue députée. Il y a tellement d’impondérables dans les horaires et, parfois, les choses déboulent. Pour moi, être à l’heure, c’est une question de respect pour notre rôle et pour la personne qu’on reçoit », martèle-t-elle.

Photo : Radio-Canada / Mélyssa Gagnon

La discipline de l’athlète

À Ottawa, où elle passe 26 semaines par année, Karine Trudel est aussi disciplinée qu’une athlète olympique.

Au Parlement, elle se fait aussi un devoir de marcher 30 minutes par jour, sa façon à elle de maintenir la forme.

Malgré un quotidien en mode accéléré et une série d’allers-retours entre Jonquière et Ottawa, Karine Trudel assure que son désir de servir et de s’investir est toujours aussi intrinsèque. Ce mode de vie frénétique est désormais ancré en elle.

Je suis débarquée de l’avion le 21 juin à 11 h après la fin de la session. Depuis ce temps-là, ç’a été un feu roulant. On ne décroche jamais. On est toujours soit au bureau ou dans des rencontres avec les citoyens. On est toujours dans l’action, lance Karine Trudel, rencontrée à son bureau de circonscription du secteur Arvida au milieu de l’été.

Tissée serrée

La politique, c’est un choix de vie. C’est aussi une mise à nu.

Karine Trudel

Quand tu mènes une vie publique, tout devient public. Quand je vais faire l’épicerie avec mes enfants et que j’ai besoin de les discipliner, je ne me gênerai pas pour le faire parce que je suis une personnalité publique, insiste la députée.

Reste qu’en entrevue, la députée de 41 ans préfère ne pas nommer ses garçons. Ils se retrouvent forcément dans l’espace public, eux qui accompagnent leur mère lors de divers événements. Karine Trudel tente néanmoins de les maintenir à l’écart des projecteurs. Elle veut aussi assurer leur sécurité.

C’est mon petit carré d’intimité. Je ne fais pas exprès pour les placer à l’avant-plan, confie-t-elle.

Sur le sujet de la famille, la députée Trudel admet que malgré ses nombreux déplacements et son agenda débordant, ses enfants demeurent la priorité. Lorsqu’elle est à Ottawa, ses parents veillent au bien-être de ses deux fistons.

Je les appelle tous les soirs, peu importe ce qui arrive. Je suis à l’écoute. Au cours du mandat, je sentais qu’un de mes garçons n’allait pas bien et qu’il avait besoin de moi. Pendant trois jours, j’ai annulé tous mes engagements pour être avec lui, relate-t-elle.

Annuler des engagements implique nécessairement de tirer un trait sur plusieurs items à l’horaire. Car il faut comprendre qu’à partir du moment où Karine Trudel se pose dans sa circonscription, les sorties se multiplient, de Jonquière à Sainte-Rose-du-Nord.

Reconnue pour sa présence sur le terrain et sa participation assidue aux activités de nombreux organismes, Karine Trudel tente le plus possible de ratisser large, qu’il s’agisse d’une rencontre avec les membres de l’Association féminine d’éducation et d’action sociale (AFEAS), d’un souper chez les Chevaliers de Colomb ou d’une visite au mouvement des Acadiens du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Si son rôle de parlementaire la satisfait pleinement, Karine Trudel admet que c’est lorsqu’elle a les deux pieds campés dans sa circonscription qu’elle a l’impression d’être entière.

À Ottawa, je vis le challenge de pouvoir transmettre ce que j’ai appris et de poser des questions. Mais je me sens vraiment bien dans ma circonscription. J’ai grandi ici. C’est mon monde!

« Ma petite fille »

En quatre ans de service public, Karine Trudel a appris un tas de choses. Plongée tête première dans une pléiade de dossiers dont les tenants et aboutissants ont un impact direct sur le quotidien de ses concitoyens, comme les tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium, la crise du bois d’œuvre et la gestion de l’offre, elle a voulu, le plus possible, prendre la parole en leur nom.

Quand un parlementaire d’expérience associé à un autre parti lui a dit ma petite fille, tu ne sais pas de quoi tu parles, Karine Trudel s’est juré qu’elle lui prouverait le contraire. Elle n’a jamais entendu de commentaires de la sorte depuis.

Pour s’illustrer à la Chambre des communes, Karine Trudel a fait le choix de s’investir à fond. Pour moi, c’est une question d’engagement, de service et d’intégrité. Mon défi est de bien représenter mes concitoyens à Ottawa et de laisser une image positive aux gens que je représente, dit-elle.

Sur 338 députés, je suis arrivée 80e pour le nombre d’interventions en Chambre, fait-elle remarquer. En 2018, la députée jonquiéroise s’est aussi retrouvée parmi les finalistes pour l’obtention d’un prix remis par le magazine Maclean’s dans la catégorie Meilleure représentation des commettants.

À l’approche de la campagne électorale fédérale de 2019, Karine Trudel entend continuer de défendre les mêmes valeurs et les mêmes lignes de parti, soit celles du NPD. Même si elle a été courtisée à trois reprises par les libéraux en cours de mandat, notamment par l’ex-ministre responsable de Patrimoine Canada, Mélanie Joly, pas question de virer capot, assure-t-elle. Son allégeance au parti de Jagmeet Singh demeure, et ce, même si certains électeurs lui ont parfois laissé entendre qu’ils aimeraient qu’elle se colle davantage au pouvoir.

Ce qui est malheureux, et on va le voir avec l’élection, c’est que parfois, on a tendance à élire les gens parce qu’ils sont avec le parti qui va être au pouvoir. Après, c’est avec le ou la députée qu’ils vont devoir travailler. Je trouve qu’en campagne électorale, il faut s’attarder aux personnes, aux actions, aux façons de faire pour ne pas juste élire par vagues, pense-t-elle.

Yes, no, toaster

Bien que les discussions en Chambre se déroulent dans les deux langues officielles, Karine Trudel a dû se familiariser avec les rudiments de la langue de Shakespeare. À ce chapitre, elle se souvient du début de son mandat, une époque où elle n’avait aucune idée de ce qui allait se retrouver dans son assiette après avoir passé une commande au déjeuner.

Des cours d’anglais hebdomadaires l’aident à parfaire ses connaissances, tout comme l’apport de ses collègues du NPD, qui lui donnent un bon de coup de pouce. Deux élues anglophones ont d’ailleurs pris l’engagement formel, auprès de Karine Trudel, d’apprendre à leur tour le français.

Être soi-même et bien

En juillet, Karine Trudel s’est offert une pause de trois jours en famille dans une pourvoirie. C’était le rêve de sa mère d’y emmener fille et petits-fils.

Ça fait trois ans qu’elle me le demande. Cette année, on y va tous ensemble pour se réunir et prendre du temps de qualité, a-t-elle indiqué, lors de l’entrevue réalisée quelques jours avant l’escapade.

Elle avait alors la ferme intention de profiter de la pause pour faire le plein de « câlins ».

J’ai besoin d’être au cœur de mon monde et de rester moi-même. Quand je suis dans les réceptions d’organismes communautaires, j’aide à débarrasser les tables. Si je suis présidente d’honneur d’un événement et qu’on manque de bénévoles, je me lève pour vider les poubelles. Que je sois députée ou que je sois Karine, c’est plus fort que moi. C’est en moi, conclut-elle.

Saguenay–Lac-St-Jean

Politique fédérale