•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
analyse

Une récession… vraiment?

Le président Donald Trump s'adresse aux médias.

Le président des États-Unis, Donald Trump, au Sommet du G7 à Biarritz, en France, le 26 août 2019.

Photo : Reuters / Carlos Barria

Gérald Fillion

Sincèrement, je ne croyais pas qu’on allait lancer une 12e saison de RDI économie après un été où l’expression « inversion de la courbe des taux » aura été aussi populaire! J’exagère peut-être, je ne suis pas convaincu que vous en avez beaucoup discuté dans vos BBQ. Mais, quand même, ces mots ont marqué l’actualité économique des dernières semaines. Voici pourquoi.

Les gouvernements empruntent régulièrement sur les marchés pour financer des investissements publics. Ils émettent des obligations qui seront remboursées à différentes échéances, à court, à moyen et à long terme. Généralement, les investissements à court terme offrent des taux d’intérêt plus bas que les taux à long terme. L’investisseur qui détient plus longtemps une obligation sera gratifiée de rendements plus élevés.

Mais, quand le taux d’intérêt de l’obligation à échéance dans 10 ans tombe sous le taux d’une obligation à court terme, on assiste alors à ce qu’on appelle « l’inversion de la courbe de taux ». Et ça signale qu’une récession pourrait survenir d’ici 12 à 24 mois. Ce n’est pas une science exacte, mais, depuis plus d’un demi-siècle, les épisodes où on a assisté à une inversion de la courbe ont été suivis dans les 2 ans par une récession économique.

Or, les courbes des obligations à 2 ans et à 10 ans se sont inversées à la mi-août aux États-Unis pour la première fois depuis 2007. Ça veut dire que, du point de vue des opérateurs de marché, une récession est possible. La confiance s’érode, les investissements ralentissent, les tensions commerciales prennent de l’ampleur. Les « marchés » s’attendent à un ralentissement économique, voire à une récession aux États-Unis en 2020 ou 2021, avec des effets potentiels sur le Canada et l’économie mondiale. Déjà, en Europe, on évoque une récession en Allemagne.

Pourquoi en sommes-nous là?

Il est clair qu’après 10 ans de croissance économique, les risques de récession sont plus grands. Mais il faut dire les choses telles qu’elles sont. Le constat est implacable : les politiques du président américain Donald Trump augmentent ces risques de récession et ses solutions n’ont qu’un très faible impact à court terme. À quelques reprises, le président a clairement dit qu’il avait un travail à faire pour rééquilibrer le commerce avec la Chine et qu’il était résolu à aller jusqu’au bout.

Donald Trump a beau rendre coupable à l’avance la Réserve fédérale américaine (Fed) d’une éventuelle récession, la réalité est tout autre. La Fed a baissé ses taux en juillet alors que la croissance économique est encore forte et que le taux de chômage est faible. Ce geste inédit de la Réserve fédérale vise à adoucir le ralentissement qui se dessine et à prévenir une récession. Et si la Fed agit ainsi, c’est parce que les tensions commerciales alimentées par le président des États-Unis ralentissent l’économie mondiale et créent de l’incertitude.

Vendredi dernier, dans le cadre de la réunion des dirigeants des grandes banques centrales du monde à Jackson Hole, aux États-Unis, le président de la Réserve fédérale Jerome Powell a expliqué que les perspectives de croissance se détériorent et qu’il n’y a pas de recette toute prête pour faire face à des guerres commerciales, allusion directe à la politique du président des États-Unis.

Donald Trump a réagi violemment sur Twitter, se demandant si l’ennemi numéro un des États-Unis était le président chinois ou le président de la Fed, un propos qui, dans les deux cas, est parfaitement contre-productif et peut avoir des conséquences de grande ampleur. La politique du président est anticommerciale, a le potentiel de déstabiliser les chaînes de production et d’approvisionnement, de faire monter certains prix, d’annuler des investissements, de réduire la création d’emplois et même de provoquer des pertes d’emplois.

Le président demeure convaincu que sa stratégie avec la Chine, l’Iran ou la Corée du Nord est la bonne manière de faire bouger les choses, de provoquer des changements. Mais à quel prix? Dans une note économique publiée vendredi, l’économiste Matthieu Arseneau de la Banque Nationale rappelait que les entreprises américaines sont loin d’être immunisées face aux guerres commerciales alors que les ventes à l’étranger représentent 43 % des revenus totaux des entreprises du S&P 500.

La croissance du PIB demeure soutenue aux États-Unis, même si elle n’atteint pas les niveaux promis depuis des années par Donald Trump, à savoir une croissance annuelle de 3 à 6 %. On a eu quelques pointes au-delà de 3 % depuis 2 ans, mais la croissance du PIB tourne davantage autour de 2 %. Le taux de chômage demeure très faible, sous les 4 %. Les États-Unis sont dans une bonne position pour négocier avec leurs partenaires. Mais, jusqu’où le président peut-il aller? Jusqu’à quel point sa politique ne devient pas néfaste pour l’économie, les entreprises, les citoyens américains et pour l’économie mondiale?

Les choses vont vite. Les Chinois ont décidé d’ajouter des tarifs douaniers sur des biens américains. Le président Trump a répondu que les entreprises américaines devraient cesser de faire des affaires en Chine. Cette spirale extrêmement nocive enfonce l’économie.

Récession made in America?

Bref, on a l’impression que la prochaine récession, si elle devait se concrétiser, aura été fabriquée made in America, télégraphiée des mois à l’avance. La volatilité des marchés boursiers exprime une véritable incertitude face aux résultats des interventions du président face à la Chine. Et l’inversion de la courbe de taux sur les marchés obligataires signale qu’on s’attend réellement à une récession.

Il est peu probable, de plus, que la Réserve fédérale ait un impact déterminant sur l’économie en abaissant ses taux. Déjà, les taux d’intérêt sont historiquement très faibles. Le président des États-Unis peut, peut-être, annoncer une nouvelle baisse d’impôt, qui pourrait avoir le même effet que la réduction faite pour les entreprises notamment en 2017. Mais, l’effet sera de courte durée, surtout si la guerre commerciale entre Washington et Pékin perdure.

Économie