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La rivière Rimouski, une fenêtre sur la gestion du saumon face aux changements climatiques

Saumon de l'Atlantique.

Des travaux de recherche sont en cours dans la rivière Rimouski pour connaître les effets des changements climatiques sur les saumons de l'Atlantique.

Photo : Radio-Canada / Luc Paradis

Miriane Demers-Lemay
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Si la population de saumons dans la rivière Rimouski se porte bien, la situation pourrait changer avec les effets des changements climatiques dans cette rivière, considérée comme l’une des plus chaudes du Québec.

Une grande cage verte flotte au-dessus de la rivière, soutenue par un treuil. Une petite entrée en forme d’entonnoir indique la voie aux saumons, qui continuent leur course contre le courant à l’intérieur du grillage.

Cage de capture de saumons.

Lors de la montaison, des centaines de saumons sont capturés dans cette cage et transportés en amont du barrage La Pulpe, dans la rivière Rimouski.

Photo : Radio-Canada / Miriane Demers-Lemay

La cage est remontée plusieurs fois par jour pendant la montaison, explique Luc Dorion, vice-président de la ZEC Saumon Rimouski. Les saumons sont transvidés dans une citerne sur un véhicule, mesurés, et transportés en amont du barrage La Pulpe.

Depuis près de 20 ans, cette montaison artificielle a permis d’ajouter une vingtaine de kilomètres d’habitat pour le saumon au-dessus de la chute harnachée par le barrage et qui était auparavant infranchissable à simples coups de nageoires.

Jusqu’au canyon des Portes de l'Enfer, les eaux saumoneuses de la rivière attirent bon an mal an entre 800 et 1200 pêcheurs qui dorment à l’hôtel et qui mangent dans les restaurants, calcule Luc Dorion.

Rivière Rimouski à la hauteur du barrage La Pulpe.

Chaque été, des centaines de pêcheurs taquinent le saumon de l'Atlantique dans la rivière Rimouski.

Photo : Radio-Canada / Miriane Demers-Lemay

Un peu plus loin, un biologiste du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) parle de la gestion du saumon à des visiteurs. Sur un graphique, une belle courbe ascendante fait état de l’augmentation de la population de saumons dans la rivière au cours des 30 dernières années.

La population va tellement bien que le nombre de saumons est même légèrement au-dessus de la capacité de support de l’habitat et que l’ensemencement annuel de jeunes saumoneaux issus d’élevage prend fin cet été.

Mais les changements climatiques pourraient changer la donne. Et il est probable que les changements observés dans la rivière Rimouski soient précurseurs de ceux à venir dans les autres rivières du Québec.

Des rivières qui réchauffent

De toutes les rivières de la province, c’est dans la rivière Rimouski que Raphaël Bouchard, étudiant à la maîtrise en biologie à l’Université Laval, a décidé de réaliser ses travaux de recherche sur le saumon.

C’est l’une des rivières les plus chaudes de la province, explique-t-il, en indiquant que la température de l’eau peut même monter jusqu’à 27 °C : une température presque tropicale pour le saumon, qui préfère des températures variant entre 14 °C et 20 °C.

L'étudiant à la maîtrise Raphaël Bouchard.

L'étudiant en biologie Raphaël Bouchard cherche à comprendre les effets de la remise à l'eau des saumons dans un contexte de réchauffement climatique.

Photo : Radio-Canada / Miriane Demers-Lemay

Le saumon, qui vit déjà un stress thermique, subit ainsi des stress supplémentaires lorsqu’il est pêché, puis remis à l’eau.

Le saumon a une réserve limitée d’énergie pour assurer sa reproduction, explique le chercheur. Il part de la mer, il revient dans sa rivière d’origine pour aller se reproduire et, pendant tout ce temps, il cesse de s’alimenter. Alors quand on vient puiser dans ses réserves d’énergie, c’est là qu’il risque d’avoir un effet sur le succès reproducteur du saumon.

Depuis l’an dernier, l’étudiant étudie le succès reproducteur des saumons adultes au-dessus du barrage et compare les poissons ayant été remis à l’eau ou non par les pêcheurs.

Il utilise, pour ce faire, des échantillons d’ADN collectés par la ZEC et les pêcheurs, ainsi que l’ADN d’alevins qu’il a collectés dans la rivière.

Ses résultats, qui seront publiés l’an prochain, pourraient indiquer aux équipes de gestion si elles doivent adapter les pratiques de pêche, comme la remise à l'eau, qui a touché 179 000 saumons en 2017, selon Raphaël Bouchard.

Pour l’instant, le saumon de la rivière semble tolérant à ces températures plus élevées que la moyenne, observe Luc Dorion, vice-président de la ZEC Saumon Rimouski. La population s’est même maintenue au cours des deux dernières années, où la rivière était anormalement basse et chaude.

Le vice-président de la ZEC Saumon Rimouski.

Le vice-président de la ZEC Saumon Rimouski, Luc Dorion, explique que plusieurs acteurs participent à la conservation du saumon dans la rivière Rimouski.

Photo : Radio-Canada / Miriane Demers-Lemay

On n’en dormait pas la nuit, raconte Luc Dorion, qui s’exclame que le poisson semble tout de même avoir bien dormi, lui. Pendant ces périodes chaudes, le saumon profite de « refuges thermiques », comme des endroits profonds ou pourvus d’une résurgence d’eau froide souterraine.

La présence des refuges a été constatée récemment par une équipe d’experts de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), raconte Luc Dorion, qui insiste sur l’importance de ces connaissances scientifiques pour la gestion de la ressource, qui se poursuit avec la même rigueur chaque année.

Barrage La Pulpe, à Rimouski.

Les saumons sont transportés au-dessus du barrage La Pulpe depuis des années, ce qui a permis d'accroître l'habitat de l'espèce.

Photo : Radio-Canada / Miriane Demers-Lemay

À l’automne, des valves du barrage s’ouvriront de nouveau sur des cascades artificielles, permettant aux jeunes saumons de descendre le barrage et de rejoindre le milieu marin.

Au printemps, les saumons capturés pour remonter le barrage pourraient bien détenir, au sein de leur ADN, une partie de la réponse aux questions qui se posent avec les changements climatiques.

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