•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Ratio patients-infirmières : un projet pilote prometteur à l'urgence de Hull

Une affiche devant l'Hôpital de Hull en annonce le nom.

L'Hôpital de Hull

Photo : Radio-Canada

Florence Ngué-No

Alors que des infirmières épuisées tirent la sonnette d’alarme à l’Hôpital de Gatineau, un projet pilote implanté à l'urgence de l'Hôpital de Hull montre des signes encourageants, selon la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ).

Le « projet ratio », implanté au printemps à l’urgence de Hull, visait à fixer un nombre maximum de patients qu'une infirmière peut prendre en charge. À titre d'exemple, le nombre de patients par infirmière qui travaille seule est limité à quatre ou cinq à l'aire des civières.

Radio-Canada a obtenu des analyses préliminaires du syndicat par rapport à ce projet pilote. Les progrès sont nombreux, selon la FIQ.

Baisse du temps d’attente au triage

  • Le temps d'attente au triage pour les patients qui arrivent par leurs propres moyens est passé d'environ 9 à 6 minutes.
  • Le temps d'attente au triage pour les patients qui arrivent par ambulance est passé de 12 à 7 minutes.

Réduction du temps supplémentaire

  • Le temps supplémentaire obligatoire (TSO) est pratiquement inexistant. Il n’y a eu qu’un seul cas de TSO en quatre mois. 
  • Le taux de temps supplémentaire, qui oscillait entre 10 et 14 % a chuté et se situe maintenant entre 8 et 9 %.

Diminution des congés de maladie

  • Le taux d'assurance salaire qui se situait entre 6 et 7 % a diminué pour s’établir entre 2 et 4 %. Ces chiffres incluent les congés de maladie de courte et de longue durée.

Amélioration du climat de travail

  • Le syndicat a observé un plus grand sentiment d'appartenance des équipes à l'urgence.
  • Les postes à l'urgence sont tellement en demande que le gestionnaire doit refuser des candidatures par manque de places disponibles.

Ce sont des effets super positifs sur le département de l'urgence de Hull, même si on parle de résultats préliminaires, fait valoir le vice-président de la FIQ, Jérôme Rousseau.

Selon le syndicat, le département compte 85 infirmières et une dizaine d’infirmières auxiliaires. Le projet ratio a permis l'ajout d'une vingtaine de professionnels en soin.

Pour la FIQ, cela permet notamment aux travailleurs de la santé d'offrir des soins plus humains et plus sécuritaires.

Les coûts du projet ne sont pas encore connus.

Le projet doit s’étendre partout, croit une infirmière

La jeune femme en entrevue devant un hôpital.

Amélie Lalonde Lacaille est infirmière clinicienne à l’urgence de Hull depuis quatre ans.

Photo : Radio-Canada

Amélie Lalonde Lacaille est infirmière clinicienne à l’urgence de Hull depuis quatre ans. Pour elle, les ratios sécuritaires sont essentiels.

Avant, on pouvait avoir 10 patients pour une infirmière et une auxiliaire. Maintenant, ça se traduit par huit patients pour une infirmière et une infirmière auxiliaire qui travaillent ensemble. Avant, pour une infirmière seule, on avait jusqu'à six patients. Maintenant, on plafonne à quatre ou cinq patients... Ça fait qu'on a beaucoup de personnel en place pour répondre aux besoins, explique l'infirmière clinicienne.

Depuis l’implantation du projet au printemps dernier, elle observe que les gens sont moins fatigués, moins malades.

Un [seul] temps supplémentaire obligatoire en quatre mois, c'est vraiment extraordinaire, c'est du jamais vu.

Amélie Lalonde Lacaille, infirmière clinicienne à l’urgence de Hull

Selon elle, le projet ratio devrait s'appliquer à tout le Québec, une position partagée par le syndicat. D’ailleurs, la FIQ réclame l'adoption d'une loi qui garantirait des ratios sécuritaires.

Si le projet ratio de l'urgence de Hull est officiellement terminé depuis le 17 août, les équipes devraient rester en poste jusqu'à ce que la ministre de la Santé se prononce quant à leur avenir, selon la FIQ.

Au total, 20 « projets ratio » financés par le gouvernement et gérés par des comités paritaires de la FIQ et de la FSQ-CSQ ont été implantés au Québec.

Une situation « préoccupante » à l’urgence de Gatineau

À l’urgence de l’Hôpital de Gatineau, qui n’a pas fait l’objet d’un projet pilote, la situation reste problématique, d’après des infirmières.

L’assistante infirmière-chef à l’urgence de l’Hôpital de Gatineau, Caroline Dufour, évoque une situation particulièrement difficile.

Depuis le début de l'été, on roule à 150-200 % de capacité en termes de patients couchés. On a du mal à voir les patients qui sont dans la salle d'attente et on fonctionne à effectifs réduits avec les vacances et les maladies. Plusieurs collègues sont en épuisement professionnel, déplore Mme Dufour.

La jeune femme en entrevue devant un hôpital.

L’assistante infirmière-chef à l’urgence de l’Hôpital de Gatineau, Caroline Dufour, évoque une situation particulièrement difficile.

Photo : Radio-Canada

Cette dernière a du mal à retenir ses larmes quand elle témoigne de ses conditions de travail.

C'est difficile… C'est difficile d'avoir à sortir tout le temps pour exiger que ça change, parce que ça n'a aucun sens la façon dont c'est géré. Et puis on sait qu'il y a des solutions, lâche-t-elle.

Sa collègue Nancy Roy, infirmière auxiliaire à l’urgence de Gatineau, abonde dans le même sens.

Je vois mes collègues tomber, épuisées, fatiguées (...) On joue avec la vie des gens, c’est pas juste des papiers qu'on brasse.

Nancy Roy, infirmière auxiliaire à l’urgence de Gatineau

Selon les deux infirmières, le projet ratio mis en place à Hull fait partie de la solution.

Ça va super bien à Hull. Pourquoi on ne pourrait pas avoir aussi ce projet ratio ici. En bout de ligne, c’est la population qui va bénéficier de tout ça, fait remarquer Nancy Roy.

Des analyses à venir

La porte-parole du CISSS de l’Outaouais, Marie-Pier Després, reconnaît que la situation est « difficile » et se dit « préoccupée » par le fort taux d’achalandage à l’urgence de Gatineau. Elle assure que les gestionnaires travaillent sur des solutions.

Toutefois, Mme Després n’a pas souhaité commenter le projet ratio déployé à l’Hôpital de Hull.

Le ministère de la Santé a décliné nos demandes d’entrevue au sujet des projets ratio, expliquant qu’il était trop tôt pour commenter.

Le ministre responsable de la région de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, a rappelé qu'à court terme il privilégie le paiement de temps supplémentaire pour garder les urgences ouvertes.

Au cours des prochains mois, la FIQ et la FSQ-CSQ vont analyser les résultats des projets ratios et présenteront chacun un rapport au ministère de la Santé.

Ottawa-Gatineau

Santé publique