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En Gaspésie, l’érosion menace les trésors archéologiques encore enfouis

Des fouilles archéologiques ont été réalisées au parc Forillon à l'été 2016 avant de débuter les travaux.

Fouilles archéologiques réalisées au parc Forillon à l'été 2016 avant de débuter des travaux de réfection.

Photo : Radio-Canada

Brigitte Dubé

Comme ailleurs dans le monde, les changements climatiques et l’érosion qui en découle menacent le patrimoine archéologique gaspésien encore enfoui, s’inquiètent des archéologues.

L’archéologue Roland Tremblay a notamment travaillé à d’importantes fouilles à La Martre et lors de la réfection de la promenade de Percé. Il mentionne que 95 % des sites archéologiques gaspésiens se trouvent sur le littoral et qu’ils sont donc en péril.

Fouilles archéologiques à Percé

Fouilles archéologiques à Percé

Photo : Radio-Canada / Bruno Lelièvre

Si jamais il y a une volonté de conserver le patrimoine, dit-il, il faut considérer que l’érosion est en train de faire disparaître énormément de sites partout autour de la Gaspésie.

L’archéologie devrait figurer dans les éventuelles prises en considération de ce qu’il faudrait faire pour se prémunir contre l’érosion.

Roland Tremblay, archéologue

Par contre, l’érosion peut être un avantage quand elle permet de dégager des sites. Toutefois, ajoute M. Tremblay, si on ne peut pas aller les documenter, ça ne donne pas grand-chose. On sait que ça va disparaître dans l’espace de quelques années. L’archéologie exige un protocole rigoureux et du temps.

La plage de Penouille vue d'en haut

Parcs Canada a aussi fait des fouilles sur le site de Penouille, dans le parc Forillon.

Photo : Parcs Canada

Une journée de sensibilisation à l’archéologie à Nouvelle

Si on ne s’en occupe pas, c’est toute une histoire qui va disparaître, approuve l’archéologue Mylène Parisé, qui a organisé dimanche une activité de sensibilisation à l’archéologie dans le cadre du 150e anniversaire de Nouvelle.

Les gens qui ont fait des découvertes fortuites étaient invités à les présenter pour authentification. Leur participation pourrait mener à la découverte de nouveaux sites.

Les enfants pouvaient assister à des fouilles simulées pour en apprendre sur le travail des archéologues. Quatre archéologues étaient présents, dont Roland Tremblay qui a donné une conférence.

Deux cailloux taillés dans le fond d'une main.

L'âge de ce caillou trouvé à Percé est estimé à 9000 ans

Photo : Ville de Percé

Cette journée, c’est aussi un peu pour sensibiliser la population, les municipalités et les MRC à la situation, explique Mylène Parisé.

Un potentiel rassembleur pour les communautés micmaque, francophone et anglophone

L’archéologie nous fait mieux voir notre territoire. Elle apporte une profondeur, une perspective plus vaste sur la Gaspésie, argumente Mme Parisé.

Pousser davantage l’étude de notre patrimoine enfoui a aussi un grand potentiel rassembleur, selon elle.

Ce serait une bonne façon d’impliquer les gens de nos communautés micmaque, francophone et anglophone dans un projet commun, de connaître notre histoire collective, peu importe nos origines, d’en savoir plus sur ceux qui nous ont précédés. C’est un devoir de respect envers eux, soulève-t-elle.

En archéologie, ce qu’on veut, c’est comprendre un contexte, précise Mylène Parisé. C’est un assemblage d’objets, de vestiges, qui permet d’en savoir plus sur l’occupation humaine. À quelle période ces gens-là ont-ils occupé le territoire? Pourquoi ils étaient là? Qu’est-ce qu’ils ont fait? Qu’est-ce qu’ils ont mangé? Est-ce que les objets qu’ils utilisaient venaient d’ici ou d’ailleurs?

Un archéologue filtre la terre pour trouver des artefacts.

Un archéologue fait des fouilles à Percé en 2017.

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

Prendre son archéologie en main

La Gaspésie [les MRC, les municipalités] aurait intérêt à prendre en main sa propre archéologie parce que les projets arrivent d’ailleurs. Il reste beaucoup de choses à faire, plus de trous à combler que de connaissances acquises, estime Roland Tremblay.

M. Tremblay indique toutefois qu’en raison de la Loi sur les biens culturels, des recherches se font systématiquement dans des sites où Hydro-Québec ou le ministère des Transports, par exemple, planifient des travaux. Les interventions sont donc plus nombreuses qu’avant, grâce à cette loi.

Tout comme Mylène Parisé, Roland Tremblay souligne le très fort potentiel archéologique de la Gaspésie, qu’il soit lié à la préhistoire, à l’histoire des Micmacs ou encore à celle des premiers habitants venus d’Europe.

Un homme balaie de la terre à l'aide d'un petit balai près de la cloche du monument.

Fouilles archéologiques menées par Parcs canada en 2016, à Cap-des-Rosiers dans le parc Forillon.

Photo : Courtoisie Parcs Canada

Il a travaillé entre autres à La Martre à l’analyse de très anciens vestiges datant de 8000 à 9000 ans, dits paléoindiens.

La Haute-Gaspésie est très intéressante parce qu’elle a été le site des premières occupations humaines (ou presque) au Québec, indique l’archéologue.

C’est une des plus grandes concentrations de sites en Amérique du Nord pour cette époque, ajoute-t-il. On pense que cette population aurait suivi le mouvement de retrait des glaciers en passant par la vallée du Saint-Laurent. Ces gens seraient venus de l’ouest en suivant les animaux.

En 2017, des fouilles ont aussi révélé la présence d’un site paléoindien datant de 9000 ans à Percé.

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Changements climatiques