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  • Envoyée spéciale
  • « Prêts à mourir » pour Hong Kong

    De retour d’un séjour dans ce territoire semi-autonome, Céline Galipeau et son équipe retiennent le désespoir qui anime la jeunesse hongkongaise.

    Une manifestante tient une étiquette sur laquelle il est écrit un message en cantonais.

    Photo : Radio-Canada / Caroline Girard

    Radio-Canada

    Les rues de Hong Kong ne se calment pas depuis juin dernier. Dans la foulée de la présentation d’un projet de loi facilitant les extraditions vers la Chine, le territoire est secoué par d’intenses confrontations entre policiers et jeunes Hongkongais, qui craignent plus que tout d’être intégrés à la Chine continentale.

    La chef d'antenne du Téléjournal de Radio-Canada Céline Galipeau s’est rendue sur place afin de rencontrer des militants prodémocratie qui se trouvent au cœur du mouvement de contestation. Le désespoir et la peur des manifestants ont marqué ses entretiens.

    Des personnes disparaissent ou peuvent être enlevées, raconte Ernie, un jeune Hongkongais. Ils veulent détruire notre langue, ils veulent détruire le cantonais.

    Nous ne voulons pas que Hong Kong devienne la Chine. Nous voulons protéger notre liberté et protéger nos droits, affirme le militant prodémocratie.

    Ernie devant un immeuble clôturé à Hong Kong.

    Ernie, un manifestant prodémocratie à Hong Kong

    Photo : Radio-Canada / Caroline Girard

    Ernie explique la situation particulière de la région semi-autonome : Hong Kong peut prospérer et compter sur une certaine liberté économique, mais politiquement nous sommes sous le contrôle direct du régime le plus brutal et le moins civilisé de la planète.

    Le jeune homme est absolument déterminé à aller jusqu’au bout pour ne pas que Hong Kong meure.

    Certains l’appellent la dernière bataille de Hong Kong, la dernière manifestation. [...] De nombreux manifestants sont psychologiquement prêts à mourir si cela fait avancer notre cause.

    Ernie, militant prodémocratie

    Cette crainte d’intégrer la Chine continentale est également présente chez John et Leon, deux manifestants de première ligne. Les deux Hongkongais désirent préserver leur anonymat pour une raison bien précise : ne pas finir dans un camp de concentration chinois.

    Ils utilisent la reconnaissance faciale et l’intelligence artificielle pour reconnaître votre visage, vos yeux, votre nez, votre bouche et même la manière dont vous marchez, explique John. C’est ce que la Chine fait dans le Xinjiang, plus d’un million de personnes ont été mises dans des camps de concentration. [...] C’est pour ça que nous allons dans la rue manifester.

    Des manifestants masqués pointent des faisceaux laser devant eux.

    Des manifestants à Hong Kong utilisent des pointeurs laser pour contrecarrer les systèmes de surveillance vidéo dans les rues de la ville.

    Photo : Getty Images / Billy H.C. Kwok

    John fait référence aux nombreux Ouïgours envoyés dans des camps d'internement dans la région du Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine, une situation récemment dénoncée par l’ONU et de nombreux pays, dont le Canada.

    John portant un casque, des lunettes de protection, une cagoule et un masque à gaz.

    John, un manifestant qui se retrouve souvent sur la première ligne lors de confrontations avec les policiers.

    Photo : Radio-Canada / Caroline Girard

    Nous croyons en la démocratie, nous croyons aux belles choses de la vie, la liberté, l’amour, sans quoi il n’y a plus aucune raison de rester en vie, ajoute John. Même si nous n’avons plus d’espoir, nous devons nous battre pour cela.

    Pour sa part, Leon est né et a vécu quelques années en Chine continentale, son père étant membre du Parti communiste. Depuis le début des manifestations, sa relation avec sa famille s’est grandement détériorée.

    Il croit que la Chine doit être unie, il n’écoute que le gouvernement [chinois] et croit que le Parti communiste a raison. Je ne veux pas argumenter avec lui, alors je ne lui parle plus.

    Cinq demandes fermes

    Les manifestants dans les rues de Hong Kong réclament cinq engagements de la part du gouvernement :

    1. La libération des manifestants qui ont été arrêtés depuis le début du mouvement;
    2. La reconnaissance officielle qu’ils ne sont pas des émeutiers;
    3. Une réforme de la police de Hong Kong;
    4. Des élections libres;
    5. La démission de Carrie Lam, la chef de l’exécutif de Hong Kong.

    Je crois que la demande la plus importante est celle d’obtenir des élections libres, estime Ernie. Car même si Carrie Lam démissionne, sans élections, nous nous retrouverons avec une autre marionnette.

    Inégalités et problèmes de logement

    Pour la jeune Sonia, les problèmes que vivent les Hongkongais sont également très concrets et s’incarnent dans la vie de tous les jours.

    C’est difficile pour nous d’acheter ou de louer [un logement]. On fait face à beaucoup de compétition en provenance de la Chine, explique-t-elle. Ils aident les immigrants chinois, ils paient leur électricité, mais nous ne bénéficions pas de ces politiques.

    Une femme tient deux morceaux de papier sur lesquels sont écrits des messages en cantonais.

    « Peu importe ce que tu fais, nous restons unis » et « Peuple de Hong Kong, tiens bon » sont les deux slogans qui apparaissent sur les papiers que tient Sonia.

    Photo : Radio-Canada / Caroline Girard

    Un point de vue que partage Jean-Pierre Cabestan, professeur de science politique à l’Université baptiste de Hong Kong.

    Hong Kong est une société extrêmement inégalitaire. Vous avez des gens qui sont immensément riches et d’autres qui sont pauvres. Il n’y a pas de salaire minimum à Hong Kong, alors vous avez tous les types d’exploitations possibles et imaginables.

    M. Cabestan explique qu’il y a une arrivée régulière de 150 Chinois par jour depuis 1997, moment où l’ex-colonie britannique a été rétrocédée à la Chine par le Royaume-Uni. Ce flux migratoire fait ainsi grimper les prix des logements, ces immigrants étant principalement de riches citoyens provenant de la Chine continentale.

    Des papiers de couleur sur lesquels sont écrits des messages en cantonais.

    Les jeunes manifestants de Hong Kong veulent préserver la liberté de la région semi-autonome et éviter une intégration à la Chine continentale.

    Photo : Radio-Canada / Caroline Girard

    Ironiquement, c’est possiblement cette richesse au sein de Hong Kong qui pourrait ralentir les ardeurs de Pékin, souligne le professeur.

    Ça reste une place financière incontournable. Si Hong Kong se trouvait déstabilisée par une intervention militaire, toutes ces compagnies partiraient pour Singapour, Tokyo ou ailleurs en Asie. Ce serait une perte sèche pour la Chine.

    M. Cabestan pense également que le président chinois, Xi Jinping, et la chef de l’exécutif hongkongais, Carrie Lam, pourraient être tentés d’attendre la rentrée universitaire et espérer que le mouvement s’essouffle.

    Politique internationale

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