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Rage au volant : des cyclistes attaqués entament des procédures civiles

des vélos sur une piste cyclable de Toronto

Des cyclistes attaqués entament des procédures civiles pour obtenir gain de cause.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Un nombre grandissant de cyclistes torontois impliqués dans des incidents de rage au volant estiment que le système de justice les laisse tomber. Certains choisissent de se tourner vers le droit civil pour obtenir justice.

James Cavalluzzo, un musicien de 51 ans, espérait que le chauffeur de taxi accusé de l'avoir happé sur la rue Richmond en juin dernier, soit jugé.

C’était en pleine heure de pointe, il y avait un embouteillage. Le chauffeur a emprunté la piste cyclable pour éviter la congestion. Ensuite, il a essayé de revenir dans la voie pour les voitures, se souvient James Cavalluzzo.

Il se promène à vélo depuis 30 ans.

Lorsque je l'ai dépassé, je lui ai dit : " tu vas tuer quelqu'un en conduisant de la sorte. Je comprends que c'est embouteillé, mais tu ne devrais pas rouler à 100 milles à l'heure sur la piste cyclable ", poursuit-il.

James Cavalluzzo porte une casquette noire, il semble rasé en-dessous, il a des lunettes à monture noire également. Il est dehors, proche d'une piste cyclable.

James Cavalluzzo, un musicien de 51ans, fait du vélo depuis 30 ans.

Photo : Radio-Canada / Spencer Gallichan-Lowe

Le chauffeur l’aurait ensuite percuté avec son taxi puis aurait pris la fuite, raconte James Cavalluzzo.

Grosso modo, il a utilisé son véhicule comme une arme.

James Cavalluzzo, cycliste

Après le visionnement des images captées lors de l'incident par des caméras de surveillance, le chauffeur a été accusé de conduite dangereuse et de voie de fait.

Jeudi dernier, James Cavalluzzo était prêt à témoigner à l'audience, mais le chauffeur ne s'est jamais présenté en cour.

J'attendais impatiemment ma journée au tribunal, explique-t-il.

Il y a désormais un mandat d'arrestation qui vise le chauffeur. J'espère qu'il fera face à la justice, d'une manière ou d'une autre, ajoute M. Cavalluzzo.

Cette semaine, James Cavalluzzo a entrepris de déposer une plainte devant la Cour supérieure de l’Ontario pour dommages et intérêts.

Il n’est pas le seul cycliste à demander réparation en justice après une présumée attaque délibérée.

Mazda Amiryar porte une casquette bleue, il a une barbe courte noire

Mazda Amiryar, 30 ans

Photo : Radio-Canada / Spencer Gallichan-Lowe

Mazda Amiryar, 30 ans, roulait sur le sentier Martin Goodman, le long du boulevard Lake Shore lorsqu'il a réalisé qu'une voiture immobilisée bloquait la piste cyclable.

Au moment de contourner le véhicule, il a secoué la tête, avec désapprobation, en direction de l'automobiliste.

Mazda Amiryar portait une caméra sur son casque, ce qui lui a permis d'enregistrer la scène qui a suivi.

L'automobiliste serait allé se stationner plus loin et aurait attendu que le cycliste passe devant son véhicule pour le happer.

J'avais un mauvais pressentiment quand je l'ai vu attendre là-bas. Il ne bougeait plus. Ensuite, je pense qu'à la dernière seconde, je me suis préparé à l'impact, raconte-t-il.

Il m'a percuté. Je me suis retrouvé dans les buissons là-bas.

Mazda Amiryar, cycliste

Le conducteur aurait ensuite quitté les lieux. La police l'a finalement retrouvé puis accusé d'avoir enfreint le Code de la route.

Il a notamment omis de céder le passage et omis de signaler un accident.

Mais selon Mazda Amiryar et en fonction des images captées par sa caméra personnelle, le conducteur devrait faire face à des accusations criminelles plus graves.

Un côté de l’histoire

Selon le sergent Brett Moore de la police de Toronto, les vidéos peuvent être utiles dans le cadre d'une enquête, mais elles ne racontent pas toujours toute l'histoire.

Ce que nous voyons souvent avec des vidéos, c'est une version unidimensionnelle de l'histoire. Il y a parfois une autre facette que les enquêteurs découvrent et qui ne sort pas publiquement, indique Brett Moore.

C’est généralement la première chose qui retient l’attention des gens, puis lorsque nous creusons davantage, d’autres facteurs entrent en jeu.

Brett Moore, sergent de la police de Toronto
Le sergent Brett Moore est en uniforme, il a un casque écouteurs sur les oreilles et parle au micro de CBC il est en studio radio.

Le sergent Brett Moore, porte-parole des services de contrôle de la circulation de la police de Toronto, a déclaré que, même si elles peuvent être utiles, les vidéosurveillances ne montrent pas tous les aspects de ce qui s'est passé.

Photo : Radio-Canada

« Je me suis senti comme si le système juridique me laissait tomber. La loi m'a laissé tomber », explique Mazda Amiryar.

Il a donc intenté une action en justice contre son présumé agresseur.

Il demande une indemnisation totale de deux millions de dollars pour dommages corporels et psychologiques. Il affirme que depuis l'incident, il a essayé de remonter sur son vélo sans succès et souffre maintenant de dépression, d'anxiété, d'insomnie.

Me David Shellnutt, qui s'autoproclame l'avocat des cyclistes représente James Cavalluzo et Mazda Amiryar.

Dans les deux cas, il considère que ses clients souffrent toujours d'avoir été happés par ces véhicules.

Il allègue que les automobilistes impliqués ont utilisé leur véhicule comme une arme pour tenter de tuer ou dans l'intention de blesser.

Dave Shellnutt porte une chemise bleu clair avec une cravate bleu marine, il est dans la rue. Il a le visage glabre, des cheveux gominés plaqués en arrière, blonds vénitiens.

Dave Shellnutt, qui s’appelle lui-même l’avocat du vélo, affirme que le dépôt de plaintes civiles contre les conducteurs enverra un message indiquant que ce type d’attaques contre les cyclistes ne sera pas toléré.

Photo : Radio-Canada / Spencer Gallichan-Lowe

Bien souvent, les accusations ne sont pas portées ou elles tombent dans les mailles du filet.

Me David Shellnutt, avocat

Le civil, une voie alternative

Notre système de justice est déjà surchargé et les ressources sont insuffisantes pour mener à terme ce type de causes, croit Me Shellnutt.

L'avocat de 37 ans a travaillé sur quatre poursuites similaires au cours de la dernière année.

Il recommande à ses clients d'aider la police et de travailler avec les procureurs pour s'assurer que justice soit rendue devant les tribunaux pénaux.

Mais lorsque des accusations doivent être portées et qu’elles ne le sont pas, les poursuites au civil sont une option.

Le fardeau de la preuve n’est pas aussi lourd que pour les affaires pénales, selon lui.

Poursuivez-les. Forcez les compagnies d’assurances à prendre connaissance de la situation. Les usagers de la route ont vraiment besoin de se détendre et de laisser les choses aller. Je parle par expérience personnelle, conclut-il.

Toronto

Prévention et sécurité