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L'idée d'un fonds québécois pour le journalisme fait son chemin

Une presse imprime des journaux.

La commission parlementaire sur l'avenir des médias d'information doit s'ouvrir lundi à Québec.

Photo : Getty Images

Louis-Philippe Ouimet

En pleine crise des médias, la commission parlementaire sur l'avenir des médias d'information, dont les travaux auront lieu toute la semaine à Québec, entendra 36 intervenants à compter de lundi prochain. La première journée, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et la Fédération nationale des communications (FNC-CSN) proposeront la création d'un « fonds québécois pour le journalisme » et la mise en place d'un crédit d'impôt de 25 % sur la masse salariale des médias d'information. Plusieurs voix abondent dans le même sens.

Dans son mémoire de 34 pages, qui sera officiellement dévoilé lundi, la CSN et la FNC présenteront 11 mesures pour venir en aide aux médias d'information.

La première idée, celle d'un « fonds québécois pour le journalisme », pourrait être financée en partie par la taxe de vente (TVQ) prélevée par les entreprises numériques étrangères qui offrent leurs services au Québec, et par une nouvelle taxe de 1 % sur les équipements électroniques munis d'un écran, selon la CSN et la FNC. L'implantation de cette nouvelle taxe pourrait générer environ 17 millions de dollars, d'après les évaluations des deux organisations.

Jacques Létourneau en gros plan dans un atrium.

Le président de la CSN, Jacques Létourneau, dit que la commission parlementaire sur l'avenir des médias d'information tombe à point, alors que l'industrie traverse une crise.

Photo : Radio-Canada

En entrevue, la présidente de la Fédération nationale des communications, Pascale St-Onge, dit qu'il s'agit là de la voie à suivre. L'essentiel de notre propos c'est de dire qu'on doit constituer un fonds qui va servir à produire des contenus d'information. Honnêtement, ce fonds-là pourrait être mis sur pied par le gouvernement fédéral, puisque, normalement, ceux qui bénéficient des contenus devraient être ceux qui participent à son financement. On peut penser, par exemple, aux fournisseurs Internet.

Un crédit d'impôt et d'autres subventions

Une autre grande proposition de la CSN et de la FNC est la création d'un crédit d'impôt de 25 % sur la masse salariale globale, « sans [le] restreindre à des catégories d'emplois ».

Une idée qui sera aussi mise en avant lundi par Daniel Boyer, le président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ).

Daniel Boyer en gros plan devant une plaque de la FTQ.

Le président de la FTQ, Daniel Boyer, appuie l'idée d'un crédit d'impôt sur la masse salariale des journalistes.

Photo : Radio-Canada

On souhaite qu'il y ait un crédit d'impôt sur la masse salariale des journalistes. On n’a rien contre l'aide aux entreprises, mais il y a des conditions qui doivent être associées à cela. Quand on propose un crédit d'impôt sur la masse salariale, c'est carrément dans la main-d'oeuvre que seront investis ces sous et non dans la poche de grands argentiers. Sans cela, on voit mal comment les médias pourraient s'en sortir, affirme-t-il.

Autres mémoires déposés

Radio-Canada a consulté quatre des cinq mémoires qui seront dévoilés lundi à la commission sur l'avenir des médias d'information.

La journaliste de La Voix de l'Est et auteure Marie-Ève Martel sera la première intervenante à prendre la parole. Diplômée de l'Université Laval en communications, elle compte 10 ans d'expérience en journalisme. Elle a été témoin des récentes compressions budgétaires dans les médias. Comme plusieurs autres, elle milite pour l'implantation de crédits d'impôt sur la masse salariale des médias d'information.

Mais elle va plus loin en disant qu'il faut mieux sensibiliser le lectorat à l'importance d'une information de qualité, un rempart, selon elle, contre la désinformation. Dans son mémoire, elle souhaite aussi interpeller la population : La question de l'éducation du public est aussi super importante. Au bout du compte, c'est pour le public qu'on travaille.

Patrick White, professeur en journalisme à l'École des médias de l'UQAM et ancien rédacteur en chef et éditeur du Huffington Post Québec, prendra aussi la parole lundi lors de la commission parlementaire. Pour lui, la crise ne fait que commencer.

Je pense que d'autres médias canadiens ou québécois vont fermer cette année avant Noël ou même l'année prochaine. C'est difficile pour les radios, pour les télés et les sites Internet, prédit-il.

Patrick White photographié dans un parc.

Patrick White, professeur en journalisme à l'École des médias de l'UQAM, croit que la crise des médias pourrait faire d'autres victimes d'ici la fin de l'année.

Photo : Radio-Canada

Selon lui, il n'y a pas de solution magique.

Il faut que le gouvernement aide [les médias]. Il faut taxer les Google et Facebook. Il faut penser à donner un nouveau rôle à Télé-Québec pour l'information régionale. Il faut s'asseoir ensemble pour regarder ce qu'il faut faire.

Patrick White, professeur en journalisme

Un plan et un appel au public

La commission parlementaire sur l'avenir des médias d'information arrive à point nommé, soit une semaine après la crise qui a secoué le Groupe Capitales Médias (GCM), qui a reçu 5 millions de dollars d'Investissement Québec afin de maintenir ses activités pour les mois à venir en attendant de trouver un nouveau propriétaire. Le gouvernement québécois a déjà annoncé qu'il prendra en compte les différentes recommandations de la commission pour l'élaboration d'un plan à long terme afin d'aider les médias d'ici.

L'exercice est essentiel selon Brian Myles, directeur du journal Le Devoir, qui prendra également la parole. Cette commission-là est importante et elle le devient d'autant plus que Capitales Médias est au bord de la faillite. Il y a une crise au sein des médias. Je ne veux pas entrer dans les détails de notre mémoire [...] On est pour les programmes d'aide, mais on est pour les programmes d'aide équitables, normés, universels, a-t-il dit.

Le gouvernement ne peut pas avoir toutes les réponses à tous les problèmes. Si on place trop d'argent dans un groupe au détriment des autres, on va fausser les règles de la saine concurrence. C'est un des messages que je vais lancer.

Brian Myles, directeur du Devoir
Le directeur du journal Le Devoir, Brian Myles, dans la salle de rédaction du journal.

Le directeur du journal Le Devoir, Brian Myles, est favorable à la mise sur pied de programmes d'aide, mais exprime des réserves.

Photo : Radio-Canada

Le président de la CSN, Jacques Létourneau, compte aussi sur l'aide du lectorat.

L'appel qu'on lance est aussi aux communautés. Oui, bien sûr, il y a une responsabilité gouvernementale, il y a une responsabilité au niveau des investisseurs privés ou publics. [...] Mais il faut que les gens s'abonnent, qu'ils achètent le journal.

Jacques Létourneau, président de la CSN

La Commission parlementaire sur l'avenir des médias d'information aura lieu jusqu'au 30 août. Parmi les 36 intervenants, on notera aussi la présence de Télé-Québec, La Presse, Québecor Média, TC Transcontinental et Radio-Canada.

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