•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Incendies en Amazonie: Bolsonaro autorise l'envoi de l'armée

Des soldats défilent avec leurs armes.

Des soldats brésiliens lors du défilé de la journée du soldat, le 23 août à Brasilia.

Photo : Getty Images / SERGIO LIMA

AFP

Le président brésilien Jair Bolsonaro a autorisé vendredi la mobilisation de l'armée en Amazonie pour lutter contre les incendies, en réponse à la pression internationale croissante contre le Brésil.

La mesure, prise par décret par le président d'extrême droite, autorise à partir de samedi et pour une durée d'un mois les gouverneurs des États concernés à recourir à l'armée pour « l'identification et la lutte contre les foyers d'incendie », ainsi que pour « des actions préventives et répressives contre les délits environnementaux ».

Dans la foulée, Donald Trump a proposé au président brésilien l'aide des États-Unis. « Je viens de parler au président Jair Bolsonaro. Je lui ai dit que si les États-Unis pouvaient aider concernant les incendies en Amazonie, nous étions prêts à le faire! », a tweeté le président américain.

De l'autre côté de l'Atlantique, l'Amazonie est devenue « une priorité » à la veille du Sommet du G7 à Biarritz, dans le sud-ouest de la France, où le président Emmanuel Macron a accusé M. Bolsonaro d'avoir « menti » sur ses engagements climatiques et a décidé de s'opposer à l'accord de libre-échange UE-Mercosur.

Le premier ministre britannique Boris Johnson a estimé que les incendies constituaient une « crise internationale », avant le sommet de samedi et dimanche à l'issue duquel des « initiatives concrètes » devraient être mises en oeuvre.

Le président brésilien a répliqué en accusant sur Twitter son homologue français de vouloir « fomenter la haine contre le Brésil par simple vanité ». Peu avant, il tweetait : « Le feu le plus ardent est celui de notre souveraineté sur l'Amazonie ».

Les incendies se multiplient

Épais nuage de fumée provenant d'un incendie de forêt

Des nuages de fumée s'étalant sur deux kilomètres dans la forêt amazonienne près de Porto Velho, dans l'État de Rondonia, dans le nord du pays.

Photo : AFP/Getty Images / CARL DE SOUZA

La ville de Porto Velho, dans l'État amazonien de Rondonia (nord-ouest), était recouverte vendredi d'un fin nuage rougeâtre de fumée, a constaté un journaliste de l'AFP-TV. « Cette situation n'est pas normale, c'est à cause des feux de forêt », a commenté le réceptionniste d'un hôtel.

À une soixantaine de kilomètres de Porto Velho, d'épais rideaux de fumée grise étaient visibles au-dessus de la végétation tropicale où des flammes dévoraient des arbres. Le spectacle était impressionnant, avec des vents forts attisant la fournaise.

Le gouverneur de l'Acre, un État voisin lui aussi très touché, a décrété une situation d'urgence.

Dans le « poumon de la planète », quelque 700 nouveaux feux ont été enregistrés en 24 heures jeudi, selon les chiffres communiqués vendredi par l'Institut national de recherche spatiale (INPE).

L'INPE, dont le patron a été limogé début août après avoir publié des données sur la déforestation jugées mensongères par Jair Bolsonaro, a indiqué que 76 720 feux de forêt avaient été enregistrés dans le pays de janvier jusqu'au 22 août - soit 85 % de plus que sur la même période de l'an dernier. Plus de 52 % concernent l'Amazonie.

Des milliers de manifestants au Brésil et dans le monde

Des manifestants brandissant des pancartes et des banderoles

Des manifestants à Rio de Janeiro pour l'Amazonie

Photo : Getty Images / Bruna Prado

Dans un entretien à l'AFP vendredi soir, le chef indigène Raoni a demandé l'aide de la communauté internationale pour « faire partir le plus vite possible » le président brésilien qu'il juge responsable des graves incendies en Amazonie.

Des manifestations en défense de l'Amazonie ont rassemblé au même moment quelques milliers de personnes à Sao Paulo et Rio de Janeiro, d'autres ont eu lieu devant les ambassades et consulats du Brésil dans le monde, à l'appel de nombreuses ONG. Parmi celles-ci, le mouvement de la jeune Suédoise Greta Thunberg, Fridays for Future.

À Brasilia, Jair Bolsonaro, après avoir évoqué une « psychose environnementale », a tenu tard jeudi une réunion de crise avec une demi-douzaine de ministres, visiblement en réaction contre les pressions internationales croissantes pour sauver l'Amazonie, dont 60 % se trouvent en territoire brésilien.

Rudes échanges sur les réseaux sociaux

Les feux de forêt, essentiellement dus à la déforestation, aggravés par la saison sèche qui se poursuivra en septembre, ont pris une dimension internationale jeudi : l'ONU et Emmanuel Macron ont interpellé vivement Jair Bolsonaro, tandis que se multipliaient sur les réseaux sociaux les appels de la planète politique, sportive ou hollywoodienne en faveur du « poumon de la planète ».

La suggestion du président français selon laquelle les affaires amazoniennes seraient discutées au [Sommet du] G7 sans la participation de la région évoque une mentalité colonialiste dépassée au XXIe siècle.

Jair Bolsonaro, président du Brésil

Les alliés du président se déchaînaient sur Twitter, tel son fils Eduardo, député et possible prochain ambassadeur du Brésil aux États-Unis, qui retweetait une vidéo de violentes manifestations de gilets jaunes en France avec le texte : « Macron est un idiot ».

L'ex-chef de l'Armée de terre, le général Villas Boâs, a vu dans les propos de M. Macron des menaces « d'un recours aux forces armées ».

Risque économique

Le puissant secteur de l'agronégoce, gros exportateur au Brésil et jusqu'ici soutien politique actif de Jair Bolsonaro, commençait toutefois à s'inquiéter sérieusement des répercussions économiques de la montée de tensions avec les partenaires commerciaux de la première puissance économique d'Amérique latine.

Pour l'analyste Thomaz Favaro, Jair Bolsonaro a « aggravé le risque de sanctions et de représailles, y compris contre l'accord UE-Mercosur ».

Avec la France, l'Irlande a aussi menacé de bloquer l'accord si le Brésil ne réagissait pas en Amazonie.

Le président d'extrême droite, un climatosceptique assumé, a déclaré cette semaine avoir des « soupçons » sur une responsabilité des ONG dans les incendies en Amazonie. Il a provoqué l'ire de 118 ONG qui l'ont accusé d'« irresponsabilité ».

En début de semaine, il avait également accusé les gouverneurs des États amazoniens « de ne pas avoir levé le petit doigt » contre les incendies, et même d'être de « connivence ».

Politique internationale

International