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L’Acadie aura-t-elle un jour une certaine autonomie?

Riverside-Albert, au Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Nadia Gaudreau

Radio-Canada

Plus de 80 personnes ont participé à une journée de réflexion sur un projet d'autonomie régionale de l'Acadie, vendredi matin, à Cocagne, au Nouveau-Brunswick, à l’initiative du groupe Assemblée nationale de l'Acadie.

Le but du projet est de donner aux Acadiens des provinces de l’Atlantique une autonomie politique. Des représentants élus au suffrage universel exerceraient un pouvoir décisionnel, ils dirigeraient des projets de la société acadienne qui ne dépendraient pas du bon vouloir de la majorité anglophone.

Des participants ont souligné que l’Acadie milite de longue date pour faire progresser sa cause et défendre ses acquis. Selon eux, le moment est peut-être venu de donner aux Acadiens un moyen de prendre des décisions dans un lieu ouvert aux débats.

Des participants écoutent religieusement une présentation sur l'autonomie.

Environ 80 personnes ont participé, vendredi à Cocagne, à une journée de réflexion sur des modèles qui assureraient au peuple acadien une plus grande autonomie.

Photo : Radio-Canada

Des organismes établis dans chacune des quatre provinces défendent les intérêts des communautés acadiennes, mais les participants ont rappelé que ces groupes dépendent du financement fédéral et que leur pouvoir décisionnel est très faible. Les décisions qui concernent les Acadiens sont prises par les gouvernements.

Des exemples d'autonomie au Canada

L’un des experts présents, l’ancien ministre, ombudsman et défenseur des enfants et de la jeunesse du Nouveau-Brunswick, Bernard Richard, a parlé du Nunatsiavut à titre d’exemple. Ce territoire autonome est géré par des élus inuits de Terre-Neuve-et-Labrador qui exercent un pouvoir décisionnel.

Même au Canada, il y a des exemples intéressants qui n’ont pas exigé de modifications constitutionnelles. Ça s’est fait par ententes bilatérales, trilatérales [..] donc il y a des exemples intéressants au Canada et ailleurs, a-t-il lancé en entrevue.

Bernard Richard en entrevue.

Bernard Richard estime que tout projet d'autonomie devra être réaliste et réalisable en Acadie.

Photo : Radio-Canada

M. Richard copréside avec le constitutionnaliste Pierre Foucher une commission sur la gouvernance qui tentera de proposer, d'ici 2 ans, un modèle d'autonomie gouvernementale pour l'Acadie des quatre provinces de l'Atlantique. Ce modèle devra être réalisable et ancré dans la réalité locale, insiste-t-il.

Éviter les mirages

Le politologue Christophe Traisnel, de l’Université de Moncton, a parlé d’autres exemples en Europe, notamment celui de la Communauté germanophone de Belgique. Cette dernière a une autonomie fiscale et une assemblée qui peut négocier des traités internationaux.

Mais selon Denis Roy, doyen de la Faculté de droit de l'Université de Moncton, le modèle belge, avec ses assemblées législatives pour chacune des communautés qui composent le pays, ne doit en aucun cas inspirer les idéateurs acadiens.

Moi j'ai vécu près de deux ans à Bruxelles et je ne suis pas convaincu qu'on voudrait changer notre système pour celui-là. Les Flamands, les Wallons se détestent à mort et le système belge est à ce point décentralisé qu'il est presque ingouvernable.

Denis Roy, doyen de la Faculté de droit de l'Université de Moncton, en entrevue.

Denis Roy, doyen de la Faculté de droit de l'Université de Moncton, ne croit pas que l'exemple belge doive inspirer l'Acadie.

Photo : Radio-Canada

Travailler au sein du système existant

Selon lui, l'Acadie a tout intérêt à travailler au sein du système existant et de continuer à faire valoir ses droits devant les tribunaux.

La présidente de la Société nationale de l’Acadie, Louise Imbeault, estime que les Acadiens ont somme toute réussi à tirer profit du système politique et judiciaire existant, par exemple en faisant élire des députés qui ont bien représenté leurs intérêts et, dans le cas de la Nouvelle-Écosse, en insistant sur le maintien des circonscriptions dites acadiennes.

Elle estime tout de même que la journée de réflexion de vendredi avait sa raison d'être.

Une assemblée comme celle d’aujourd’hui nous amène à réfléchir : est-ce que les outils qu’on a utilisés depuis 50 ans sont les bons, est-ce qu’on pourrait faire des gains plus grands? Qu’on nous propose des modèles différents, je trouve ça fort intéressant [...]. Par contre, la faille, ce matin, selon moi, c’est qu’on ne nous a pas dit quels étaient les éléments négatifs de ces modèles-là.

Louise Imbeault, présidente de la Société nationale de l'Acadie, en entrevue.

Louise Imbeault de la Société nationale de l'Acadie, aurait voulu qu'on présente aussi les failles des modèles proposés.

Photo : Radio-Canada

Le but de l’Assemblée nationale de l’Acadie est de poursuivre la réflexion et de proposer d’ici l’automne 2020 un modèle d’autonomie régionale pour toute l’Acadie.

Avec les renseignements de Janique LeBlanc

Nouveau-Brunswick

Politique régionale