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Lebel-sur-Quévillon : le défi de tirer profit des projets économiques

Un complexe industriel.

L'usine Nordic Kraft de Chantiers Chibougamau à Lebel-sur-Quévillon

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Thomas Deshaies

Les projets de développement économique dans le secteur de Lebel-sur-Quévillon attirent des centaines de travailleurs. Pour éviter qu'ils ne soient que de passage, la communauté redouble d'efforts pour favoriser leur établissement à long terme. Un défi de taille alors que la crise du logement est à son paroxysme dans la petite communauté.

Le maire de Lebel-Sur-Quévillon, Alain Poirier, est convaincu de l'importance de favoriser le développement de nouveaux secteurs résidentiels et plus particulièrement de construire des immeubles à logements. Une manière de favoriser l'établissement à long terme des travailleurs.

Le besoin en logement est tel que certains citoyens craignent de devoir quitter la municipalité. C'est le cas de la citoyenne Françoise Rousseau, qui a fait de Lebel-Sur-Quévillon son milieu de vie il y a 44 ans.

En raison de son âge, elle sait qu'elle devra un jour vendre sa maison pour habiter dans un logement plus adapté à ses besoins. Tant que je vais pouvoir rester à la maison, je vais le faire, mais à un moment donné, il va falloir que je fasse un choix, mais je n'en ai pas de choix, déplore-t-elle.

C'est clair que je veux mettre les deux pieds sous terre à Quévillon, s'il y a moyen…

Françoise Rousseau, citoyenne

Les promoteurs immobiliers hésitent toutefois à investir, puisque le secteur est considéré à risque par certaines institutions financières, comme l'explique Alain Poirier.

Il faut s'assurer que les promoteurs qui viennent construire à Lebel-sur-Quévillon puissent construire à un coût raisonnable. C'est ça la grosse problématique. C'est la dévaluation des projets de construction au niveau de la Société canadienne d'hypothèques et de logements et des banques, déplore-t-il.

Alain Poirier accorde une entrevue à la caméra.

Alain Porier, maire de Lebel-sur-Quévillon

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Une situation géographique particulière

Le chercheur de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue Stéphane Grenier estime que le gouvernement devrait être d'autant plus attentif à la situation du logement à Lebel-sur-Quévillon, puisqu'il s'agit d'un marché immobilier fermé, c'est-à-dire qu'il n'y a aucune municipalité à proximité.

Quand on reste à Montréal puis que c'est trop cher pour se loger au centre-ville, bien on va dans les quartiers périphériques, mais à Lebel-sur-Quévillon, si c'est trop cher, bien il vous reste comme opportunité… le camping.

Stéphane Grenier, chercheur à l'UQAT

Lui et des collègues avaient produit en 2014 un rapport sur la situation du marché locatif dans la municipalité. Celui-ci concluait notamment en la pertinence de financer la construction de coopératives de travailleurs pour assurer un leg architectural durable à la municipalité.

Des solutions à court terme

En attendant, des mesures temporaires sont mises en place, comme la construction de maisons modulaires par l'entreprise Nordic Kraft. On a dû se revirer sur un 10 sous pour développer un quartier d'habitation résidentiel qui sera intégré aux zones résidentielles de Lebel-sur-Quévillon, explique Frédéric Verreault, directeur exécutif du développement corporatif pour Chantiers Chibougamau.

Une maison modulaire près d'une usine.

L'entreprise Nordic Kraft construit des maisons modulaires pour tenter de pallier à la pénurie de logements.

Photo : gracieuseté Chantiers Chibougamau

L'entreprise a porté une attention particulière au style architectural et a souhaité établir ses travailleurs au cœur de la ville pour qu'ils fréquentent les commerces et lieux de loisirs. On voulait que ce quartier urbain favorise une meilleure cohabitation, souligne M. Verreault.

Une solution transitoire dans l'espoir que les travailleurs s'établissent à long terme dans la municipalité. On travaille à ce qu'ils s'y établissent, mais c'est utopique de penser qu'ils le feront tous, admet toutefois M. Verreault.

S'assurer des retombées

C'est d'ailleurs la grande question que se posent les Quévillonais : est-ce que les centaines de travailleurs se serviront uniquement de leur municipalité comme d'un dortoir ?

Un plan large de la ville de Lebel-sur-Quévillon.

Lebel-sur-Quévillon voit passer des centaines de travailleurs et redouble d'efforts pour que le développement économique fasse profiter la ville.

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

L'entrepreneur général Ben Hassouna, qui a choisi Lebel-sur-Quévillon il y a 30 ans, souhaite que tout comme lui, les nouveaux travailleurs prennent conscience de la qualité de vie qu'on retrouve dans la municipalité. Ce que je souhaite, c'est que le monde qui vient travailler ici, qu'ils dépensent au moins une partie de leur paie ici pour qu'il y ait des retombées économiques, ajoute-t-il.

Si le monde travaille 7-7 puis qu'ils amènent une glacière pleine de prêt-à-manger, puis qu'ils ramassent leur paye et s'en vont, ça n'a pas de retombées économiques pour le village, ça.

Ben Hassouna

Si on se fie au témoignage de M. Hassouna, un travailleur moindrement conscient de son environnement n'aurait aucune raison de vouloir s'établir ailleurs qu'à Lebel-Sur-Quévillon.

Un homme accorde une entrevue à la caméra.

Ben Hassouna a choisi Lebel-sur-Quévillon il y a 30 ans et souhaite que les travailleurs fassent de même.

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Trouvez-moi une seule place où on peut partir à 7 h 55 pour se rendre à son travail, arriver à 8 h, partir à 16 h, faire un neuf trous au golf, sauter dans une chaloupe [la marina est collée sur le terrain], préparer son doré et le manger avec une bouteille de vin avant le coucher de soleil, s'exclame-t-il.

Reste maintenant à savoir si l'offre en logements sera suffisante pour permettre au plus grand nombre de choisir Lebel-Sur-Quévillon comme milieu de vie.

Abitibi–Témiscamingue

Développement économique