•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La deuxième vie de votre bac bleu à Gatineau

Chaque année, Tricentris reçoit, trie et met en marché quelque 200 000 tonnes métriques de matières recyclables recueillies auprès de 1,7 million de citoyens des Laurentides, de l’Outaouais, de la Montérégie, de Lanaudière et de l’Abitibi-Témiscamingue.

Pascal Gervais
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Il y a encore plusieurs personnes qui s'interrogent sur le sort des matières recyclées : sont-elles vraiment recyclées ou finissent-elles au dépotoir?

À Gatineau, avec l'arrivée de la poubelle de 120 litres le 15 septembre, les ménages devront multiplier leurs efforts pour qu'elle ne déborde pas. Afin d'y arriver, les citoyens devront utiliser leur bac bleu de recyclage efficacement.

La journaliste Stéphanie Allard est allée visiter l’organisme à but non lucratif Tricentris, où elle a constaté que le contenu de nos bacs de recyclage y est bel et bien acheminé et qu'il y a des clients prêts à le transformer.

L'usine Tricentris reçoit 250 tonnes de matières recyclables tous les jours des camions locaux, mais aussi des territoires de la MRC de Vallée-de-la-Gatineau, des Hautes-Laurentides et de l'Abitibi.

Pour être en mesure de recevoir toutes ces tonnes de matières recyclables, Tricentris a dû évoluer parallèlement à l'intégration par les citoyens du recyclage dans leur mode de vie.

Une courroie transporteuse contenant des matières recyclables au centre Tricentris.

Une courroie transporteuse au centre Tricentris.

Photo : Radio-Canada

En 2008, l’organisme Tricentris a poursuivi son expansion. Après avoir ouvert des centres de tri à Lachute et à Terrebonne, il a inauguré un nouveau centre à Chelsea. En février 2012, Tricentris a déménagé ses activités dans sa nouvelle succursale de Gatineau.

À l’usine de Gatineau, on produit environ 25 tonnes par heure. Dans un premier temps, les matières sont triées dans un séparateur cylindrique, appelé trommel.

Le trommel est un tamis rotatif géant qui accomplit une ségrégation au début de la chaîne de tri et permet, entre autres, d’en retirer le verre concassé.

Essentiellement, ce sont des particules de verre, explique Michel Smith, directeur de l'usine Tricentris de Gatineau. Ces particules sont par la suite acheminées à l’usine de micronisation de verre de Lachute.

« À cet endroit-là, le verre est nettoyé et épuré pour en faire notamment de la poudre de béton ou pour faire un abrasif pour nettoyer des articles. »

— Une citation de  Michel Smith, directeur de l'usine Tricentris de Gatineau
Michel Smith dans l'usine Tricentris.

Michel Smith, directeur de l'usine Tricentris de Gatineau

Photo : Radio-Canada

Qu’advient-il de ce qu’on met dans le bac bleu?

Les plus grosses pièces, essentiellement du carton, sont triées par ordre de qualité par quatre trieurs. Ceux-ci enlèvent les contaminants, et le carton est par la suite dirigé dans un entrepôt où il sera mis en ballot puis vendu à divers clients.

La majorité de la matière s’en vient au pré-tri. On enlève les rejets : les sacs de plastique — qu’on retrouve en bonne quantité — les gros métaux, ainsi que les gros plastiques. Par la suite, la matière est séparée entre les fibres et les contenants à travers deux séparateurs balistiques en parallèle. La partie journal est ensuite épurée avec des nouveaux lecteurs optiques qui, essentiellement, viennent lire chacun des articles sur un convoyeur. Si c’est non fibre, c’est éjecté, a expliqué M. Smith.

« La qualité de la fibre va atteindre environ 98 %, après que les trieurs, sur un convoyeur de papier journal, ont effectué le tri manuel final. »

— Une citation de  Michel Smith, directeur de l'usine Tricentris de Gatineau

Le directeur de l'usine explique les différents types de contenants. Il y a d’abord un électroaimant qui, lui, enlève tous les articles, les boîtes de conserve, les choses comme ça.

Une employée trie des matières recyclables.

Une employée trie des matières recyclables.

Photo : Radio-Canada

L’utilisation de la technologie du tri optique, de plus en plus présente dans les centres de tri, permet d’accroître le tri et le recyclage des contenants et des emballages en PET.

Ensuite, nous avons les deux contenants de plastique de catégorie 1 qui sont enlevés également par un lecteur optique — c’est-à-dire que la caméra va détecter les contenants qui sont de grade PET pour les éjecter du convoyeur. Même chose pour les contenants communs de HDPE [polyéthylène à haute densité] , a ajouté le directeur de l'usine de Tricentris.

Les plastiques HDPE sont les contenants opaques, notamment des contenants qui contiennent du liquide à lessive.

Deux personnes dans l'usine Tricentris.

La journaliste Stéphanie Allard écoute attentivement Michel Smith, directeur de l'usine Tricentris de Gatineau.

Photo : Radio-Canada

La technologie actuelle du tri optique ne permet pas de détecter les contenants et les emballages en PET noir et peut difficilement reconnaître ceux en PET opaque.

Les autres types de contenants sont retirés manuellement par des trieurs sur un convoyeur de contenants. Finalement, il y a un courant magnétique qui va éjecter — un peu à l’inverse d’un aimant — les articles qui sont non ferreux, comme l’aluminium qui sera à nouveau séparé en différents grades, soit les canettes et les contenants d’aluminium.

Combien de temps dure le processus au centre de tri pour une boîte de carton?

D'après Michel Smith, le processus de tri prend exactement trois minutes. « On le voit, nous, tous les jours, lorsque nous arrêtons la chaîne de production en fin de journée. On l’arrête trois minutes plus tôt, et puis ça prend trois minutes pour vider entièrement la ligne de tri, autant de façon mécanique que manuelle. »

Quels sont les objets à ne pas déposer dans le bac bleu?

Les matières recyclables sont triées et mises en ballot ou conservées en vrac (dans le cas du verre et de certains métaux) avant d’être envoyées chez un conditionneur, puis un recycleur dans le cas du plastique et du verre, et directement chez un recycleur pour ce qui est du papier, du carton et du métal.

Un homme tient un serpent dans ses mains.

Un travailleur de Tricentris à Gatineau a déjà retrouvé un serpent mort parmi les matières recyclables.

Photo : Tricentris

Or, chaque jour, de 10 % à 12 % des choses déposées dans des bacs sont des matières non recyclables et non valorisables.

« Ça peut être des pièces de bois, ça peut être des plastiques qui ne sont pas catégorisés comme étant recyclables — des jouets d’enfants, par exemple —, ça peut être du caoutchouc, du liège, ça peut être des types de bouchons qui ne sont pas vraiment recyclables. »

Quelles sont les répercussions d'un mauvais recyclage sur les travailleurs?

Ça nous amène à avoir besoin de plus de travailleurs qui vont être obligés de séparer ces objets-là qui sont non valorisables, a fait valoir Michel Smith. C’est beaucoup plus simple lorsque ce sont des articles, des objets qui sont recyclables, parce que nous, on est organisés pour pouvoir diriger chacun de ces articles-là vers une benne appropriée en matières recyclables et non pas nécessairement en déchets.

Qu’advient-il des ballots de carton et de plastique?

Pour chacune de nos matières triées, on a des clients. La majeure partie [d'entre eux] sont locaux, c’est-à-dire en Amérique du Nord. On a un plastique qui va aller pour la fabrication de tuyauterie industrielle, il y en a qui vont prendre du plastique de type polytéréphtalate d'éthylène [PET] pour refaire des bouteilles de plastique clair, ou des fibres seront utilisées dans la fabrication de tapis, explique Michel Smith.

« Toutes les matières que nous recyclons sont ensuite valorisées par nos clients. »

— Une citation de  Michel Smith, directeur de l'usine Tricentris de Gatineau

Le prix de vente moyen des ballots de PET — bouteilles seulement, consignées ou non, et PET —, de bouteilles, de contenants et d'emballages mélangés est susceptible de varier d’un mois à l’autre.

En consultant l’indice du prix des matières sur le site Internet de Recyc-Québec, on constate que les prix varient depuis les dernières années. En décembre 2014, le ballot de plastiques mélangés se vendait en moyenne 265 $ la tonne. Depuis le début 2019, le ballot de plastiques mélangés se vend plutôt 152 $ la tonne.

Du nouveau dans les bacs?

Avec toute l’évolution technologique de la diffusion de l’information, les gens n’achètent pratiquement plus de journaux papier, donc on en voit de moins en moins dans les bacs des citoyens.

Maintenant, avec toute l’évolution technologique, avec les achats en ligne et le carton ondulé dans lequel ils sont emballés pour la livraison, la composition des papiers mélangés a changé.

Selon le Centre facilitant la recherche et l'innovation dans les organisations (CEFRIO), en 2018, 64 % des adultes québécois ont effectué au moins un achat sur Internet, ce qui représente une hausse de 6 points de pourcentage comparativement à 2017.

Michel Smith, le directeur de l'usine, a tenu à préciser que, malgré l’arrivée des nouveaux bacs gris de 120 litres, les bacs bleus ne doivent pas être considérés comme une 2e poubelle.

Avec les informations de Stéphanie Allard

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !