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Une enseignante sikhe quitte le Québec en raison de la loi sur la laïcité

Elle est aussi vice-présidente pour le Québec de l'Organisation mondiale des sikhs du Canada, qui conteste cette loi devant les tribunaux.

Une jeune femme sikhe.

Amrit Kaur a quitté le Québec pour la Colombie-Britannique depuis l'adoption de la Loi sur la laïcité de l'État.

Photo : Radio-Canada / Maggie MacPherson

Geneviève Lasalle
Valérie Gamache

Assise au milieu de son nouvel appartement du Grand Vancouver, entourée des boîtes qu’elle n’a toujours pas eu le temps d’ouvrir, Amrit Kaur explique les raisons qui l’ont poussée à quitter le Québec et sa Loi sur la laïcité de l'État, et à commencer une nouvelle vie en Colombie-Britannique.

La femme de 28 ans est enthousiaste à l’idée d'occuper un nouvel emploi comme enseignante dans une école secondaire privée de Surrey, qui compte une grande communauté sikhe. Elle regrette cependant d'avoir dû quitter ses amis et la province où elle habitait depuis l’âge de 5 ans afin de poursuivre la carrière qu'elle aime.

Amrit Kaur vide des boîtes.

Les sikhs croient que les hommes et les femmes sont égaux, explique Mme Kaur. « C’est la raison pour laquelle les femmes aussi portent un turban. Pour nous, c’est un article qui nous rend fières de notre féminité », dit-elle.

Photo : Radio-Canada / Maggie MacPherson

Nouvellement diplômée en enseignement de l'Université d'Ottawa, Mme Kaur a appris que la Loi sur la laïcité de l'État avait été adoptée le 16 juin, le soir même où elle célébrait la fin de ses études.

Quand on vous dit que vous ne pouvez pas faire [votre travail] simplement à cause de ce qui est sur votre corps, vous ne vous sentez vraiment pas respectée.

Amrit Kaur, enseignante et vice-présidente de l'Organisation mondiale des sikhs du Canada

Pour faire carrière dans une école publique au Québec, elle aurait dû retirer son turban avant d'aller en classe. Par contre, elle aurait pu enseigner dans une école privée, ce qu'elle ne souhaitait pas. Elle aurait voulu travailler à Vaudreuil-Dorion, la ville où elle a grandi, ou encore à Montréal, dans une école d'immersion française.

Amrit Kaur n'est pas seulement une enseignante; elle est aussi une militante. Elle est vice-présidente pour le Québec de l'Organisation mondiale des sikhs du Canada, qui a ajouté sa voix à la contestation de la loi 21 devant les tribunaux.

Elle souhaite que la loi soit tout simplement abolie. Je le souhaite vraiment et pas seulement pour des personnes comme moi, mais aussi pour des gens qui veulent que leurs enfants étudient dans un environnement inclusif, dit Amrit Kaur.

La Loi sur la laïcité de l'État interdit à certaines catégories d'employés du gouvernement, dont les enseignants du primaire et du secondaire du secteur public, de porter des signes religieux durant l'exercice de leurs fonctions. Or, le turban qu'elle arbore, explique Mme Kaur, n'est pas un chapeau qu'elle peut retirer quand bon lui semble, mais plutôt un symbole identitaire.

Malgré l’appui de nombreux Québécois à la nouvelle loi, Amrit Kaur estime qu'ils ne sont pas racistes. Le programme politique du gouvernement de la CAQ, par contre, est raciste, dit-elle.

Le gouvernement abuse de son pouvoir et installe dans la société une peur qui n’est même pas réelle.

Amrit Kaur, enseignante et vice-présidente de l'Organisation mondiale des sikhs du Canada

Un cas isolé?

À quelques jours de la rentrée universitaire au Québec, les facultés des sciences de l'éducation veulent s'assurer que les étudiants soient bien informés des dispositions de la loi 21, pour qu'il n'y ait pas de surprise au moment d'intégrer le marché du travail.

C'est le cas de l'Université de Montréal, où la faculté prévoit communiquer avec l'ensemble des étudiants pour faire le point.

Même son de cloche à l'Université Laval, où on en fera mention sur le site web de la faculté. Il est peu probable que les étudiants n'en aient pas entendu parler, mais on ne sait jamais, il y a peut-être des étudiants étrangers qui l'ignorent, alors on veut s'assurer qu'ils connaissent bien la loi, dit Andrée-Anne Stewart, porte-parole de l'Université Laval.

Dans les deux institutions, on ne recense pas de cas connu de diplômés en sciences de l'éducation en 2019 qui ont quitté le Québec pour se soustraire à la loi 21.

J'espère que ça va rester des cas isolés, dit Leila Bensalem, une enseignante musulmane, suppléante à la Commission scolaire de Montréal, et militante pro-laïcité.

Quand on met dans la balance sa carrière, ses amis, sa famille, pour un signe religieux, pour moi, c'est de l'intégrisme, ajoute la femme d'origine algérienne qui a ouvertement appuyé la Loi sur la laïcité de l'État lors de la commission parlementaire tenue en mai dernier.

Une enseignante bienvenue en Colombie-Britannique

Le ministre de l'Éducation en entrevue à la caméra. Un drapeau du Canada figure derrière lui.

Le ministre de l'Éducation de la Colombie-Britannique, Rob Fleming, rejette l’idée que son gouvernement puisse adopter une loi semblable à celle de la Loi sur la laïcité de l'État du Québec.

Photo : Radio-Canada

En Colombie-Britannique, le ministre de l’Éducation, Rob Fleming, se réjouit de l’arrivée de la jeune enseignante.

Il rejette catégoriquement l’idée que son gouvernement puisse adopter une loi semblable à celle du Québec et soutient que l’inclusion et la diversité en Colombie-Britannique sont des gages de sa prospérité et de son succès.

Il invite tous les Québécois à considérer la possibilité de venir chercher du travail dans la province de l'Ouest, en rappelant qu’au cours de l’année scolaire 2018-2019, près de 900 enseignants embauchés n’étaient pas issus de la province. Si [Mme Kaur] a des amis qui aimeraient venir travailler en Colombie-Britannique et qui sont des enseignants professionnels, nous les accueillons également, dit-il.

Le cabinet du ministre de l'Éducation du Québec a indiqué à Radio-Canada que Jean-François Roberge n'était pas disponible à ce sujet. Le cabinet du ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, Simon Jolin-Barrette, a répondu qu'il lui était impossible pour l'instant de répondre à la demande d'entrevue de Radio-Canada.

Mise au point

Le titre et certains passages de la version initiale de cet article ont été modifiés ou développés pour apporter plus de contexte à l'histoire de Mme Amrit Kaur.

Définition : la Loi sur la laïcité de l’État

La Loi sur la laïcité de l’État prévoit que toutes les institutions parlementaires, gouvernementales et judiciaires devront respecter les principes de la séparation de l’État et des religions. Le texte réitère aussi la neutralité religieuse de l’État, l’égalité de tous les citoyens et les libertés de conscience et de religion pour chacun.

La loi prévoit notamment l’interdiction du port de signes religieux chez les employés de l’État en position de coercition (juges, policiers, procureurs, gardiens de prison) et d’autres employés de l’État, essentiellement les enseignants des écoles primaires et secondaires du réseau public et les directeurs d’école.

Pour répondre aux inquiétudes exprimées par les employés de l'État qui portent déjà des signes religieux, notamment les enseignantes musulmanes qui portent le voile, la loi est assortie d’une clause protégeant leurs droits acquis en date du 27 mars 2019, à condition qu’ils conservent la même fonction dans une même organisation.

La Loi sur la laïcité de l’État comprend aussi des dispositions de dérogation pour la soustraire à des articles des chartes canadienne et québécoise des droits et libertés. La charte québécoise a, en outre, été modifiée afin qu’elle stipule « que les libertés et droits fondamentaux doivent s’exercer dans le respect de la laïcité de l’État ».

La loi prévoit également que tous les services gouvernementaux doivent être offerts à visage découvert. Ils doivent aussi être reçus à visage découvert lorsque cela est nécessaire à des fins d’identification ou pour des motifs de sécurité. Aucun accommodement raisonnable ne peut être demandé pour contourner cette obligation, est-il précisé.

La Loi sur la laïcité de l'État n’inclut aucune sanction pénale ni monétaire pour les contrevenants.

Colombie-Britannique et Yukon

Croyances et religions