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La probabilité que la morue disparaisse du sud du golfe est « élevée »

Des morues.

Le stock de morues franches a considérablement diminué dans le sud du golfe de Saint-Laurent depuis 1997, principalement à cause de la prédation par les phoques gris.

Photo : CBC

Radio-Canada

Dans son plus récent avis scientifique, Pêches et Océans Canada estime « élevée » la probabilité que la morue franche disparaisse entièrement du sud du golfe du Saint-Laurent, en raison de la prédation par les phoques gris.

Considérant l’abondance actuelle du phoque gris dans cet écosystème, le rétablissement de cette population de morue ne semble pas possible et la probabilité de son extinction est élevée, peut-on lire dans le rapport du ministère, rendu public ce mois-ci.

Le rapport note que la prédation par les phoques gris est la principale cause de mortalité des morues dans cette zone depuis 20 ans.

La menace qu’ils posent a même poussé le stock de morues à se déplacer des eaux peu profondes du golfe vers des eaux plus profondes pendant sa saison d’alimentation, l’été. Cette migration n’a toutefois pas été bénéfique à la morue, puisque les nouvelles aires d’alimentation ne sont pas aussi riches.

Un déclin constant depuis 1997

Le stock reproducteur de la morue diminue constamment depuis 1997 : il était estimé à 13 900 tonnes au début de 2018, soit seulement 4 % des niveaux de biomasse élevés des années 1980.

Le moratoire sur la pêche à la morue dans le sud du golfe, imposé en 2009, n’a pas ralenti son déclin.

D'après un biologiste de Pêches et Océans Canada, Doug Swain, le taux de mortalité naturelle des morues adultes se situe normalement autour de 18 %. La prédation fait partie des causes naturelles.

Le grand coupable : le phoque gris

Or, selon l’avis scientifique du ministère, de 55 à 57 % des morues adultes meurent chaque année dans le sud du golfe, fort probablement à cause de l’explosion de la population de phoques gris, rapporte M. Swain.

Nous avons considéré plusieurs hypothèses et aucune autre ne nous apparaissait comme un facteur d’explication plausible.

D’ailleurs, le marquage par satellite et l’analyse du contenu de l’estomac de phoques gris ont démontré que ces derniers ciblent les morues. Nous avons constaté que les phoques gris se rassemblent près de zones où les morues se concentrent et qu’à ces moments de l’année la morue constitue une grande partie de leur régime.

Des phoques gris près de l'eau.

L'examen de l'estomac de phoques gris a démontré qu'ils sont de grands amateurs de morue.

Photo : Gracieuseté de Damian Lidgard, Ocean Tracking Network

Les scientifiques du ministère estiment que le déclin du stock de morue se poursuivra. Ils prédisent une diminution supplémentaire de 4700 tonnes d’ici 2023. Il ne serait plus alors que d’un peu plus de 9000 tonnes. À moins de 1000 tonnes, le ministère considérera l'espèce comme éteinte.

La probabilité que le stock disparaisse dans cette zone est très élevée, affirme M. Swain, d’autant plus que d’autres facteurs que la prédation, comme des conditions environnementales qui se dégradent, contribuent à son déclin.

L'impact de la pêche commerciale

La pêche commerciale représente aussi une certaine menace pour les morues du sud du golfe. Même si un moratoire a été imposé, Pêches et Océans Canada tolère les prises accidentelles de morue, à hauteur de 300 tonnes.

En réalité, elles n’ont atteint que 60 tonnes en 2017 et 2018, mais elles pourraient augmenter au cours des prochaines années, puisque des espèces peu pêchées ces dernières années, comme le flétan et le sébaste, sont en croissance, ce qui pourrait mener à une intensification de l’effort de pêche et donc à des captures accidentelles de morue.

Des pêcheurs amassent des morues pêchées dans leur bateau.

Les prises accidentelles de morue par les pêcheurs commerciaux sont autorisées à hauteur de 300 tonnes par année.

Photo : Radio-Canada / Gilbert Bégin

L'impact du changement climatique

Le changement climatique aura aussi une incidence sur les morues, estime le ministère. Une hausse de la température de l’eau dans le golfe du Saint-Laurent a déjà été observée; des eaux plus chaudes ne conviennent pas à cette espèce qui perd de l’énergie plus rapidement dans ces conditions.

Est-il possible de sauver la morue franche du sud du golfe, par exemple en abattant un grand nombre de phoques gris? Doug Swain est peu optimiste à cet égard. Si on pense à l’écosystème, il est probable que la situation va empirer, parce que même si on réduit la population de phoques gris, il faut se rappeler que d’importants changements climatiques vont survenir.

Avec des renseignements de Paul Withers

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