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Une productrice laitière victime de cyberintimidation par des militants véganes

Une femme dans une étable caressant une vache.

Mylène Bégin, copropriétaire de la ferme laitière Princy

Photo : Radio-Canada / Elisa Serret

Elisa Serret

Une jeune productrice laitière de la région de l’Abitibi est victime de cyberintimidation de la part de militants véganes, si bien qu’elle ne se sent pas en sécurité. Le militantisme radical végane serait un mouvement de plus en plus présent au pays depuis un an.

Mylène Bégin a 26 ans et est copropriétaire de la ferme laitière Princy à Sainte-Germaine-Boulé. La jeune femme énergique aux yeux pétillants considère cette ferme comme son bébé.

Son arrière-grand-père l’a construite dans les années 40. À l'instar de son grand-père puis de son père, c’est elle qui se lève désormais à l’aube pour traire ses vaches et en prendre soin.

Mylène a vu naître la majorité de son bétail. Elle connaît sur le bout des doigts le nom de chacune de ses 115 bêtes. C’est son amour pour les animaux qui l’a convaincue de prendre la relève.

La jeune femme, suivie par quelque 15 000 abonnés, publie sur Instagram des photos de son quotidien à la ferme.

Capture d'écran d'un message envoyé par Instagram où Mylène se fait accuser d'être une «exploiteuse d'animaux».

Mylène Bégin reçoit des tonnes de messages haineux de militants véganes d’un peu partout dans le monde, raconte-t-elle.

Photo : Radio-Canada

Son but est de contrer les messages souvent très négatifs qui visent son industrie, publiés notamment par des militants véganes radicaux.

Depuis un an, Mylène reçoit des tonnes de messages haineux de ces militants d’un peu partout dans le monde. Des fois, jusqu’à plusieurs centaines par semaine.

Ces militants l’accusent « d'abuser » de ses animaux, d’être « une psychopathe » et vont jusqu’à la traiter de « violeuse ». Des mots que Mylène trouve blessants et violents. Elle ne comprend pas comment on peut à la fois souhaiter le bien-être animal et être aussi violent envers les humains.

« La personne me dit que je vis en contradiction, mais elle-même vit en contradiction », juge Mylène Bégin.

Elle précise qu’elle n’a rien contre les gens qui font le choix d’être végane. Mais elle déplore ceux qui font du prosélytisme et du harcèlement.

« Je n'ai rien contre [le fait] que ce soit ton choix personnel de t’alimenter de cette façon-ci. Ce que je suis contre, c'est le véganisme extrémiste qui va jusqu'au harcèlement », dit-elle.

Un acte de violence, selon des militants véganes

Un des groupes sur Instagram qui a commenté les publications de Mylène vient de l’Équateur. L’une de ses membres, Emmeline Manzur, explique que son groupe considère que le fait d'inséminer artificiellement les vaches pour qu'elles soient enceintes à répétition dans le but de les garder en état d'allaitement constant est un acte d’une grande violence.

Bien plus violent, précise-t-elle, que la prose employée par ses amis dans les messages envoyés à Mylène Bégin.

Emmeline Manzur ne comprend pas comment une personne, comme Mylène Bégin, peut affirmer aimer autant ces bêtes et les envoyer ensuite à l’abattoir au terme de leur cycle de production.

Pour son groupe, Red Vegena de Guayaquil, c’est de l’exploitation. Elle croit que la science a démontré que les protéines animales ne sont pas indispensables à la santé. Rien ne justifie donc l'existence, en 2019, des fermes de productions laitières ou de viande.

Une femme à côté d'un veau

Emmeline Manzur, du groupe Red Vegena de Guayaquil

Photo : Courtoisie d'Emmeline Manzur

« C'est important d'informer les gens et qu'ils ouvrent les yeux. Et [de] se rendre compte de la violence normalisée de laquelle sont victimes la plupart des animaux du monde. C'est-à-dire des animaux exploités pour la consommation non nécessaire », plaide-t-elle.

Emmeline Manzur espère qu’avec le nombre croissant de véganes dans le monde, que d’ici quelques années, l’image d’une vache enchaînée ne sera plus considérée comme non-violente.

Le véganisme, un mode de vie

Ses adeptes ne consomment aucun produit animal et refusent d'acheter tout produit issu des animaux, dont les vêtements et les cosmétiques.

Il y aurait environ 460 000 véganes au Canada et environ 2 000 000 de végétariens.

63 % des véganes ont moins de 38 ans.

18 % des véganes habitent en Colombie-Britannique. 

Source : Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l’Université Dalhousie

Désinformation

La psychologue en milieu agricole Pierrette Desrosiers a remarqué que le militantisme végane est beaucoup plus présent au Canada et au Québec depuis un an.

« [C’est] un phénomène qui est important partout à travers le monde. Mais c'est cette année qu'on voit les répercussions chez les agriculteurs », observe-t-elle.

Pierrette Desrosiers s'inquiète de voir les répercussions sur les producteurs agricoles qui ont déjà beaucoup de pression pour garder en vie leurs entreprises.

Elle affirme que plusieurs de ses patients se demandent comment gérer cette nouvelle réalité et elle craint que cela puisse freiner la relève, déjà peu nombreuse.

Elle dénonce ce qu'elle considère comme de la désinformation de la part des militants radicaux qui font circuler des vidéos d’animaux maltraités dans certaines fermes qui sont des exceptions à la règle.

Souvent, si je dis aux gens : "Vous savez, si on ramassait les 10 pires minutes des pires parents au Québec puis on mettait ça bout à bout sur YouTube, on voterait pour stériliser tout le monde." Mais les gens ont le gros bon sens puis ils se disent que ça ne représente pas tout le monde.

Pierrette Desrosiers, psychologue

Pierrette Desrosiers affirme que plusieurs producteurs lui racontent qu’ils préviennent leurs enfants de ne pas dire à l’école que leurs parents ont une ferme afin d’éviter de se faire intimider.

« À l'école, qu'est-ce qui va arriver quand on va demander à un jeune ce que font son père et sa mère dans la vie, et puis l’enfant va répondre que ses parents sont des producteurs de lait ou de porc? On va lui répondre que ses parents sont des violeurs et des tueurs. Est-ce qu'on a pensé à cet impact-là? Ce n'est pas banal », souligne Pierrette Desrosiers.

Le sommeil plus léger

La jeune productrice avoue moins bien dormir la nuit. Elle craint que quelqu’un pénètre dans son étable. Par mesure de précaution pour la santé de ses animaux, mais aussi pour sa sécurité, Mylène a fait installer des caméras de surveillance.

La Sûreté du Québec, qui lui a rendu visite la semaine dernière, assure prendre la situation au sérieux .

Malgré tout, elle n’entend pas arrêter de publier des photos sur Instagram, inspirée par les messages d'encouragement reçus de partout dans la province. « J'ai tellement la passion animale que je ne lâcherai jamais mon métier », confie-t-elle.

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