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Éducation sexuelle : Doug Ford s’est-il aliéné l’aile droite de son parti?

Tanya Granic Allen, Présidente du groupe de parents conservateurs Parents as First Educators (PAFE) en conférence de presse.

Tanya Granic Allen, présidente du groupe de parents conservateurs Parents as First Educators (PAFE)

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Rozenn Nicolle

La version révisée du curriculum d’éducation sexuelle présentée par le gouvernement Ford mercredi a suscité de nombreuses réactions de part et d’autre de l’échiquier politique. Mais même parmi les partisans conservateurs, les opinions étaient mitigées. Doug Ford aurait-il perdu, avec cette mesure, l’appui d’une base de ses adeptes? Décryptage.


Promesse, trahison, compromis

Doug Ford a menti, a lancé Tanya Granic Allen depuis les pelouses de Queen’s Park, quelques heures seulement après le dévoilement du nouveau curriculum. L’ancienne candidate à la chefferie du Parti progressiste-conservateur n’a pas mâché ses mots. Pour elle, le premier ministre ontarien a absolument et à 100 % brisé ses promesses de campagne.

Tanya Granic Allen, Présidente du groupe de parents conservateurs Parents as First Educators (PAFE) s'exprime devant les caméras de la presse.

Tanya Granic Allen, présidente du groupe de parents conservateurs Parents as First Educators (PAFE)

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Militante de la droite religieuse, Mme Granic Allen rappelle que, lors du congrès annuel du parti en novembre dernier, sa résolution visant à définir l’identité de genre comme une théorie libérale, non scientifique et controversée a été adoptée.

Cette résolution, toutefois pas contraignante, indiquait que l’identité de genre ne serait plus incluse dans le curriculum scolaire de la province. Pour Mme Granic Allen, Doug Ford n’a pas seulement trahi les Ontariens, mais il a aussi trahi la base de son parti.

Un sentiment partagé par Jack Fonseca, directeur des opérations politiques du lobby pro-vie Campaign Life Coalition et militant conservateur. Je suis insulté et scandalisé que Doug Ford ait si aveuglément ignoré les électeurs qui l’ont élu et les parents qui lui ont dit très clairement et pendant longtemps qu’ils voulaient que ce programme pervers soit totalement abrogé et remplacé, a-t-il déclaré dans une entrevue à Radio-Canada.

Le pasteur évangélique et président du Collège Chrétien canadien, Charles McVety, a pour sa part accueilli avec un enthousiasme presque étonnant l’annonce du gouvernement. Il se bat depuis des années contre les curriculums présentés par les libéraux, mais s'est dit satisfait de la version très similaire proposée par le premier ministre. Pour lui, M. Ford a fait des compromis.

Vous faites beaucoup de promesses et ensuite vous faites ce que vous pouvez.

Charles McVety, président du Collège Chrétien canadien
Charles McVety,
Pasteur évangélique, président du Collège Chrétien Canadien s'exprime devant la presse

Charles McVety, pasteur évangélique, président du Collège chrétien canadien

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Je pense qu’il a fait beaucoup de ce qu’il pouvait et a découvert qu’il ne pouvait pas faire certaines choses, a nuancé M. McVety, ajoutant qu’il était trop tôt dans le mandat du premier ministre pour juger de la tenue, ou non, de ses promesses.

Pour Stéphanie Chouinard, professeure de sciences politiques au Collège militaire royal de Kingston, la trahison n’est pas évidente. Sa promesse de campagne était de retirer le curriculum de 2015 jusqu’à ce qu’ils aient au sein du Parti progressiste-conservateur une meilleure compréhension de ce que les parents souhaitaient, rappelle-t-elle.

Il y a eu consultation, les gens ont été appelés à donner leur opinion, et suite à cela, on a le curriculum que l’on a aujourd’hui.

Stéphanie Chouinard, professeure de sciences politiques au Collège militaire royal de Kingston

Division sur l’exemption

Outre les promesses, la possibilité pour les parents d’exempter leurs enfants des cours d’éducation sexuelle est un autre point de divergence. Pour le révérend McVety, il s’agit d’une grande victoire alors que pour Jack Fonseca, la mesure est insuffisante.

Les enseignants doivent suivre la politique de dérogation du conseil scolaire, il n’ordonne à aucun conseil scolaire d’autoriser les parents à exclure chaque enfant du programme d’éducation sexuelle, regrette-t-il.

Là encore, la politologue tempère. Si la possibilité de retirer ses enfants du programme a été présentée comme nouvelle, elle ne l’est pas. Les parents avaient déjà cette option, mais en effet, les conseils scolaires peuvent avoir différentes mesures de mise en œuvre.

Stéphanie Chouinard pose devant le lobby de Radio-Canada Toronto

Stéphanie Chouinard, professeure de sciences politiques au Collège militaire royal de Kingston

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Une partie du parti négligée?

Quoi qu’il en soit, la question de l’éducation sexuelle aura eu pour effet de mettre en évidence une certaine dichotomie au sein du Parti progressiste-conservateur et de faire ressurgir un conservatisme moral et socialement ancré plus à droite que la droite.

Cette situation s’explique, selon Stéphanie Chouinard, par le fait qu’il n’y a pas d’autre grand parti plus à droite que le Parti progressiste-conservateur. Celui-ci doit donc ratisser large sur l’échiquier politique.

Pour Jack Fonseca et Tanya Granic Allen, en choisissant le compromis sur l’éducation sexuelle, Doug Ford néglige sa base conservatrice, les racines mêmes du parti.

Doug Ford a abandonné le conservatisme.

Jack Fonseca, directeur des opérations politiques, Campaign Life Coalition

Il n’y a rien de conservateur dans un parti qui lave le cerveau des enfants avec une idéologie libérale, a lancé M. Fonseca.

Quel impact pour le parti?

M. Fonseca s’avère même alarmiste quant aux conséquences pour le premier ministre, affirmant que Doug Ford venait d’offrir la victoire aux libéraux en 2022 avec sa décision. Il avance que le parti devra changer de chef, sinon qu’un nouveau parti pourrait voir le jour, pour concurrencer les progressistes-conservateurs.

Pour la professeure en sciences politiques, ces propos doivent être relativisés : Dire qu’une campagne se gagne ou se perd sur un enjeu de curriculum éducatif, c’est une inflation de l’influence de cet enjeu-là.

Elle concède toutefois qu’il y aura un impact sur l’électorat conservateur, mais précise que les conservateurs moraux sont loin de représenter la majorité du parti. Quant à la création d’une nouvelle formation politique, le projet lui semble ambitieux. Certains existent déjà dans cette mouvance, dit-elle, mais ils n’ont, dans le cadre du système électoral qui est le nôtre actuellement, presque aucune chance de voir quelqu’un être élu à Queen’s Park.

Selon Stéphanie Chouinard, notre système uninominal à un tour force les partis plus au centre à trouver des compromis. Des fois ça fait grincer les dents, parmi les différents membres de ces partis-là, que ce soit les libéraux, les néo-démocrates ou les conservateurs. Mais au final ça donne des positions qui sont un peu moins radicales, conclut la politologue.

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